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Published on mars 10th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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« Twin Peaks »: cut, in the name of Lynch!

La légende (ou la vérité?) raconte que le montage initial de Twin Peaks: Fire Walk With Me plafonnait les 5h, pour finalement en arriver aux 2h15 que l’on connaît tous. Et ça fait beaucoup de gras.

En mode carte blanche, on sait que Lynch a tendance à moins tailler dans le vif, comme il suffisait de le voir dans Inland Empire ou avec la saison 3 de Twin Peaks. Sous contrôle, caler toutes les envies débordantes relève d’une autre paire de manche. Difficile de savoir s’il y a bien quasi 3h de scènes coupées de Fire Walk with me perdues à jamais: ce que l’on sait par contre, c’est qu’il y a, sur ces quasi 3h, déjà 1h30 bien visibles! Et c’est déjà beaucoup! Loin des yeux et loin du cœur, ces pièces manquantes ont beaucoup fait fantasmer, avant d’apparaître sur le coffret bluray The Entire Season, facilement un des meilleurs coffrets du monde (vraiment). À l’instar des scènes coupées de Blue Velvet, celles-ci ont été sauvé du naufrage dans une qualité rutilante. Et comme toujours, le jeu en vaut la chandelle.

Nombreux sont les fans de la série Twin Peaks se réclamant non-fans du film Twin Peaks. Sans doute heurtés à l’époque par le venin sombre coulant tout le long de ces sept jours de calvaire très éloignés de l’atmosphère parfois plus légère du show. L’autre regret desdits fans, c’est l’absence marquée de nombreux personnages de la série, dont on avait vent de la présence depuis longtemps dans ces fameuses «missing pieces». Pourtant, peut-on en vouloir à Lynch d’écarter des personnages annexes pour les besoins d’un long métrage entièrement voué à Laura Palmer? À y réfléchir, pas vraiment.

Au rayon des perso perdus puis retrouvés, citons Ed et Norma (ainsi que Nadine) qui ont droit à deux séquences, les parents de Bobby et ceux de Donna, Josie Packard, le Sheriff Truman et l’ensemble du commissariat, le Docteur Jacoby (recevant alors un appel de Laura) ou encore Mike le manchot. Les fans seront ravis, mais soyons honnêtes, les scènes n’apportent pas grand-chose à la densité dramatique du film. Du bonus en somme (ça tombe bien me direz vous). On retiendra surtout et avant tout un passage de Laura dans la maison de Donna: un curieux mot tendu à la jeune fille et c’est alors toute la scène finale qui s’éclaire. «Les anges reviendront, et quand tu verras celui qui doit t’aider, tu pleureras de joie». Sans doute la coupe la plus troublante et la plus émouvante du lot.

Les quelques extras concernant l’Agent Desmond et son acolyte Sam Stanley vont du superflu à une longue scène de combat entre Chris Isaak et le Sheriff Cable, timbré aux manières de bouseux qui adore tordre des barres de fer. Certes inutile, ce moment out of control confirmait déjà le goût de Lynch pour l’absurde étiré jusqu’à l’usure, comme il se plaira à le faire à loisir dans la saison 3. Le genre de longueur qui vaut la peine d’être savourée hors métrage.
Des flashbacks avec Teresa Banks un poil plus longs, un peu de coke, un peu de Bobby par ci, un peu de Bobby par là, un Dale taillant la bavette avec Diane (qu’on ne voit évidemment pas), un peu plus de Grace Zabriskie (qui cherche son gilet bleu), mais surtout une scène de repas où pour une fois, les Palmer ne sont pas au bord de l’hystérie, laissant entrevoir l’existence lointaine d’une harmonie familiale. Plus tard en faisant le mur, Laura recroise son père dans un face à face terrifiant, ou manque de se faire agresser par Bob en plein jour, dans une scène hautement hallucinogène comme on les aime.

La coupe la plus violente et la seule recyclée par Lynch reste l’apparition de Philip Jeffries, incarné par David Bowie et téléporté en catastrophe en plein bureau du FBI, dans une scène réduite à peu de choses dans le montage final. La séquence retrouvera – assez judicieusement – sa place dans la saison 3. Quant à la réunion entre «le bras» et Bob intervenant juste après, elle s’avérait bien plus longue. Autre ajout de taille pour les fans de la série, le cliffhanger de la saison 2 avait droit à plusieurs minutes supplémentaires! Mais il faut avouer que la séquence n’aurait pu être insérée que maladroitement au reste du métrage, censée justifier plus ou moins la présence d’Annie lors de sa scène d’apparition près de Laura. On y voyait alors la dulcinée de Dale ramenée aux urgences, se laissant mourir (ou évanouir?) sur son lit d’hôpital après avoir été soignée, avant de se faire subtiliser sa fameuse bague par une infirmière chapardeuse. Au grand Nord, le méchant Dale Cooper arrête d’exposer sa tronche sur le miroir et fait croire à ses camarades que tout va bien. Du rab toujours précieux.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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