Fox Populi

Published on mars 10th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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TOP 5 DES LECTEURS – MAXIME BUHLER ANTOINE #33

[FOX POPULI] Tout le monde peut publier son top 5 sur Chaos Reigns! Vous aussi, donnez vos 5 films chaos préférés au monde pour donner envie de (re)découvrir des chefs-d’œuvre. Sortez vos plus belles plumes, on a tous hâte de vous lire. En attendant, voici le top de Maxime Buhler Antoine. Sous vos applaudissements.

Hors-classement: Vertigo, Alfred Hitchcock (1958).
Déjà, parce que c’est mon film préféré et que je pense sincèrement que c’est un des meilleurs films au monde. Ensuite parce qu’il est devenu une sorte de grille de lecture à travers laquelle je déchiffre beaucoup d’autres films qu’il a probablement en partie inspirés, et qui auraient tous pu figurer dans le top chaos qui va suivre. Enfin pour la musique, l’obsession hypnotique latente qu’il dégage, sa poésie mortifère et ses surgissements maniéristes.

Operazione Paura de Mario Bava (1966)
«Il me fallait un italien fou, et même si c’était tentant de citer Argento, j’ai l’impression qu’il fallait rendre à César ce qui appartenait à Mario (si). On se fiche un peu du scénario ici, variation fantastique et gothique avec son lot d’invraisemblances et de kitsch, mais le film fascine profondément par ses éclairages maladifs et baroques, sa mise en scène quasi hystérique (les zooms qui font office de jump scare «à l’intérieur» de la caméra), et quelques scènes époustouflantes, une descente d’escalier nauséeuse qui rappelle les vertiges et les travellings compensés de Vertigo (tiens tiens), une fuite à travers une pièce qui devient une aberration spatio-temporelle (Lynch saura s’en souvenir, et quasi tous ses films auraient pu figurer dans ce top, bien sûr), un meurtre-suicide télékinésique qui se termine sur un empalement grotesque…»

Nouvelle Cuisine de Fruit Chan (2004)
«Passons outre le fait que le bonhomme s’appelle quand même Fruit (d’ailleurs je me demande si ça n’a pas joué dans l’envie que j’avais de voir ce film à sa sortie). Je me souviens de la critique intrigante de Première à l’époque. J’étais hélas bien trop jeune pour le voir au cinéma, j’ai donc profité quelques temps plus tard d’une diffusion sur Arte pour le trouver en téléchargement et sous-titré. Il ne m’a pas quitté depuis. C’est un de ces films fétiches, de chevet, que l’on montre à tous ses amis avec un enthousiasme forcené qui suscite parfois l’incompréhension (ou le dégoût) des dits amis une fois le choc encaissé. Un des mes profs de ciné me considérait comme fou pour vouer à ce film un culte pareil. Et je n’oublierai jamais la séance cannoise, lors d’un festival sur la bouffe au cinéma, qui faisait triple programme avec Les Bouchers verts (A-T. Jensen, 2003) et le Sweeney Todd de Burton. Buffet d’huîtres à l’entracte, une de mes amies obligées de sortir de la séance car le film la rendait malade, une autre qui passa tout le trajet du retour à rendre ses huîtres sur le bitume en ponctuant ses rejets de «des fœtus, non mais des fœtus!». Sinon, j’admire dans ce film l’atmosphère glaciale mais sensuelle, extrêmement charnelle qui lie au sexe presque dépravé un désir de mort. Un des meilleurs films sur l’anthropophagie, les actrices sont sidérantes, la toile de fond politique particulièrement pertinente et la photographie qui croise les verts et les rouges absolument sublime. D’ailleurs la présence d’une version raccourcie du film dans Trois Extrêmes me fait regretter de ne pas citer dans ce top un film coréen. Il faudrait un top du chaos juste pour les films coréens – et pour les japonais aussi tiens.»

Trois Femmes de Robert Altman (1977)
«Présenté à Cannes à l’époque, où il récolte un prix d’interprétation pour la prodigieuse Shelley Duvall, je découvre ce film grâce à une séance UGC culte (comme quoi!). Il fait partie de cette lignée de films que je vois volontiers comme des variations sur le thème de Vertigo, ici avec un dé-triplement du personnage principal et des références au Deep End de Skolimowski (chaos à mort, rien que pour CAN) et à tout une frange du cinéma surréaliste et halluciné de l’Europe de l’est. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, ni même qu’il faille absolument tout comprendre, mais l’atmosphère est enivrante, le film a un côté bad-trip sous champignons très intéressant qui rappelle aussi le Rosemary’s Baby de Polanski (encore un polonais) pour sa dimension cauchemardesque et les actrices sont exceptionnelles.»

Melancholia de Lars Von Trier (2011)
«Ce choix-là va peut-être faire grincer quelques dents, mais c’est pour moi le meilleur film des années 2010, et je trouve le geste artistique complètement dingue. Premier rang de l’auditorium Lumière à Cannes, deux heures après la maudite conférence de presse où Lars péta la durite de trop. Le silence de mort à la fin du prologue, rompu par des cris et des applaudissements assourdissants. Le banc-titre, très punk, et le récit qui démarre, presque comme un film normal, où tout se dérègle très vite. La férocité du mariage, des comédiens (Rampling en tête, délicieusement odieuse). L’attraction des astres, puissamment romantique. Le sous-texte baudelairien, la thématique de la sorcière en filigrane. C’est remarquable. Et puis ces visions d’artistes sidérantes qui flashent, le Brueghel en flamme, le cheval qui tombe et les cieux qui nous narguent avec du Wagner à fonds les ballons. Ca aurait pu être complètement foireux et raté, boursouflé et indigeste mais ça reste d’une élégance et d’une précision dingue, et c’est probablement le seul film du danois que personne ne pourra jamais qualifier de misogyne tant ce sont elles qui triomphent, chacune à leur manière, là où les hommes sont lâches et faibles.»

Enter the Void de Gaspar Noé (2010)
«Je pouvais citer des dizaines de réals et de films de toutes époques et de tous horizons, mais j’ai une affection particulière pour l’italo-argentin complètement frappé. Si tous ses films méritent droit de cité dans un top chaos, celui-là est mon favori, parce que le plus psychédélique de tous. Découvert au ciné au Mercury à Nice, séance tardive où nous étions deux, le choc dès le générique (je m’en suis jamais remis de ce générique) puis l’hypnose pendant deux heures trente, comme en lévitation et en apnée. C’est cradingue, c’est du gloubiboulga ésotérique si vous voulez, mais la radicalité du scénario et de la mise en scène forcent le respect, et il y a toujours chez Noé ce côté gamin sincère dans sa poésie romantique nihiliste à deux balles qui me touche, même dans Love. L’impression de voir parfaitement où il veut en venir, de comprendre son intention sans forcément la partager. Revu depuis à l’Institut Lumière, présenté par le bonhomme lui-même, après avoir passé la soirée à fumer des pétards gros comme des barreaux de chaise. C’était magique, j’avais l’impression que mon regard fondait littéralement dans la matière lumineuse, un trip absolu.»

The Devils de Ken Russell (1971)
«Parce que ce top est chaos, il a deux numéros un. Bon et aussi parce que je me suis rendu compte que j’avais oublié ce film et que j’avais pas envie d’effacer un des paragraphes. C’est mon film «La Redoute» à moi, le truc que je voyais dans le programme télé passer régulièrement et qui m’excitait parce que c’était -18 ans. Le film sulfureux que je m’étais juré de voir un jour parce qu’il fleurait bon le scandale. Et le film, qui indirectement, lorsque je découvre plus tard Tommy (1975) et Lisztomania (1975) du même Russell, me pousse à entamer un mémoire sur le cinéaste lors de son décès. Je me procure alors pas mal de films (grosse affection pour The Music Lovers, Women in love et Mahler). Peut-être que Ken Russell est le réalisateur chaos le plus méprisé et le plus sous-estimé du cinéma. Dans l’ombre improbable d’un Fellini auquel on le compara (sûrement pour des films comme le Satyricon plutôt que pour Roma ou Amarcord, d’ailleurs) ou de son compatriote Peter Greenaway, plus aimé de la critique. Mais ce Devils, inspiré de l’affaire des possédées de Loudun et du roman d’Aldous Huxley, est un intouchable film à part. Les décors de Derek Jarman, pas encore passé à la réalisation, sont ahurissants, et le casting semble réellement possédé, Redgrave et Oliver Reed en figures tragiques et déchues en tête. On parle quand même d’un film où des médecins charlatans tentent de soigner une pestiférée agonisante avec un crocodile empaillé inséré dans son vagin. Le scandale que provoque le film est à la hauteur de la réputation de ce dernier. C’est sans aucun doute possible le meilleur film de son auteur, et un cri de rage et de démence comme on en a rarement vu depuis au cinéma.»

BONUS CHAOS.

Je vous aime aussi: Herzog, De Palma, Ferrara, Bergman, Bong Joon-ho, Kim Jee-woon, Park Chan-wook, Na Hong-jin, Kobayashi, Miike, Sono Sion, Yoshida, Suzuki, Kinoshita, Teshigahara, Wakamatsu, Oshima, Greenaway, Refn, Carax, Franju, Tarr, Dumont, Weerasethakul…

Et voici quelques films chaos, mais dans le mauvais sens du terme:
Le jour et la nuit de BHL (1997) : Delon, Dombasle, Beauvois, Bacall, Rabal et… Karl Zéro. Le tout dans une montgolfière. Kamoulox.
Le clandestin de Greydon Clark (1988) : ET POUR FINANCER TON DOCTORAT EN BIOLOGIIIIIE!
The Room de Tommy Wiseau (2006) : Oh hi Mark / I did naaaat. Le film parfait pour une soirée space cake entre potes.
Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas (2012) : on avait dit pas les chiens, Carlos. Ah et les équipes de rugby non plus. Et les diables priapiques fluo, toujours pas.
Pieta de Kim Ki-duk (2012): no comment. (enfin si, c’est l’anti-Mother, de son compatriote.)

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