Fox Populi

Published on janvier 28th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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TOP 5 CHAOS DES LECTEURS – GUILLAUME GAS #24

[FOX POPULI] Tout le monde peut publier son top 5 sur Chaos Reigns! Vous aussi, donnez vos 5 films chaos préférés au monde pour donner envie de (re)découvrir des chefs-d’œuvre. Sortez vos plus belles plumes, on a tous hâte de vous lire. En attendant, voici le top de Guillaume Gas. Sous vos applaudissements.

Love Exposure de Sion Sono (2008)
Envie d’un cinoche taré, déjanté, émouvant, bizarre, drôle, extrême, sans tabou ni règle établie, qui navigue à contre-courant de toutes les modes et qui met le cœur en charpie par sa puissance émotionnelle ? Le film-fleuve de Sion Sono est un Graal cinématographique cinq étoiles, le premier – et meilleur – volet de sa « Trilogie du Chaos » (poursuivie avec Cold Fish et Guilty of Romance), qui déroule tout le champ lexical de la quête d’absolu (dans tous les sens du terme), tant narrativement que thématiquement. Presque un condensé génial de tout ce que le 7ème Art peut offrir en matière d’émotions contradictoires, et quatre heures de visionnage qui paraissent trop courtes au final. Si chaos il y a ici, il est intérieur, indicible, ininterrompu, impérial. Impossible d’en ressortir intact. Plus chaos que ça, je ne connais pas.

Mind Game de Masaaki Yuasa (2004)
Dans le registre du film d’animation, rien de plus chaos à mes yeux que cette relecture flower-power et quasi jodorowskienne du mythe biblique de Jonas. Ça se vit par les tripes – et non par l’intellect – comme la prise d’une toute nouvelle drogue (ni illégale ni mauvaise pour la santé, ça change !), c’est impossible à analyser dès la première vision (bon courage à ceux qui voudraient essayer), ça vous kidnappe les cinq sens pour mieux les (dis)tordre façon bigoudi, ça multiplie les audaces graphiques jusqu’à plus soif et ça vous piège dans une gigantesque centrifugeuse sensorielle où les règles les plus élémentaires de la narration et du découpage se muent en palimpsestes effervescents. Quant au titre du film, rien de moins qu’un appel au lâcher-prise et à la perte de repères, le long d’un chaos organisé avec un début et mille fins possibles. Du trip hallucinatoire en bonne et due forme, doublée d’une plongée en apnée dans les recoins les plus zarbis de la jouissance. Vous êtes prévenus.

Lucia Y El Sexo de Julio Medem (2001)
Chaud bouillant par sa photo caniculaire, par le sex-appeal hallucinant de Paz Vega et d’Elena Anaya, par l’érotisme fou de tout ce qui apparait dans le cadre (matières, chairs, objets, décors…), par son symbolisme évanescent, par son puzzle narratif et spatiotemporel qui décortique les méandres du désir en zigzaguant non-stop entre l’inconscient et l’onirisme, par sa bande-son envoûtante à plus d’un titre, par sa sensorialité jusqu’ici très peu égalée… Et surtout, au final, une mise en évidence très limpide de cette « chose » qui fait bouillir de l’intérieur, qui fait régner le chaos dans la tête et dans le corps. Trop de choses à dire – et à laisser infuser – sur ce monument du cinéma paella, mais très bien résumées par la tagline du journal Technikart retranscrite sur l’affiche du film : « Une grande et belle partouze des sens ». Pas mieux.

Tokyo Fist de Shinya Tsukamoto (1995)
Que le Fight Club de David Fincher soit ou non un remake inavoué de ce film, perso, je m’en fiche éperdument. Le thème a beau être le même (l’amorce d’une libération par la violence extrême pour un yuppie moderne soumis à la frustration), l’exécution est en revanche aux antipodes. Tout le génie de Shinya Tsukamoto, étiqueté peintre énervé du cyberpunk depuis la sortie de Tetsuo en 1989, est condensé dans ce film hallucinant, mixant un triangle amoureux bien tordu – car très sadomasochiste – à une transcendance de l’individu lambda par la pratique de la boxe, ici assimilée à un exutoire de démence que l’ouverture du film exprime d’ailleurs à merveille. La rage de Tsukamoto transpire ici du moindre petit photogramme, mettant une fois de plus en évidence sa vision subversive et ambiguë d’un monde urbain oppressant où se détruire permet de mieux se reconstruire, où le renouveau organique passe par la mut(il)ation du corps et de l’âme. Mention spéciale à la bande-son de Chu Ichikawa plaquée sur un Tokyo où tout va trop vite : ces quelques plans musicaux disent tout de l’état du monde contemporain. C’est très douloureux à regarder, certes, mais ça ne s’oublie pas. Un peu comme une cicatrice sur la gueule et les terminaisons nerveuses.

Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas (2013)
Le choix de ce format 4/3 inhabituel, transformé par l’ajout d’une lentille spéciale qui morcèle les bords de l’écran en plusieurs cercles concentriques, ne cesse de me hanter. Vision déformante d’un monde lui-même déformé ou incarnation d’une force invisible (celle de la nature) qui injecte de l’absurde dans le concret ? Qu’importe : le résultat, très autobiographique pour son cinéaste (à qui l’on devait le magique Lumière silencieuse) et très hué lors de sa sélection cannoise, accentue cette perception d’un univers terrien contradictoire, magnifié par l’impact de la nature et hanté par un Mal bizarre qui génère du chaos dans le cadre (vision sidérante d’un diable rouge en 3D qui pénètre la nuit dans le domicile familial avec une caisse à outils !). L’intrigue fuit la chronologie comme la peste, d’abord pour contredire l’inéluctabilité du destin, ensuite pour composer un fascinant labyrinthe de souvenirs et de fulgurances surréalistes qui prend peu à peu l’allure d’une rêverie. Celle d’un artiste qui matérialise ses pires angoisses : un désir qui s’éteint, un monde civilisé qui redevient primitif, une famille qui passe de la lumière aux ténèbres, un être humain qui s’arrache la tête (au sens propre !). Presque du Weerasethakul revisité par un disciple de Luis Buñuel. Ou l’inverse.

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