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Published on mai 7th, 2018 | by Jean-François Madamour

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[STAR DE CANNES 2018] LEE CHANG-DONG

Né en 1954 à Daegu, au cœur de la Corée du Sud, Lee Chang-Dong ne se prédisposait nullement au cinéma et encore moins aux cérémonies fastueuses d’une Croisette cinéphile.

En effet, d’abord engagé dans des études de Lettres dont il sortira diplômé en 1980 et impliqué politiquement, Lee Chang-Dong se passionnait et se préoccupait avant tout de littérature, de théâtre et de mise en scène. Et malgré les joies du métier d’enseignant qu’il exerça un temps, le cinéma ne figurait nullement dans ses plans. L’époque étant alors à un encadrement des plus autoritaires – dictature oblige -, son envie de s’exprimer était pourtant forte et s’avéra pour lui nécessaire au point qu’il choisisse l’écriture comme mode d’expression privilégié. C’est donc dans cette optique et en raison de cet inexpugnable besoin de regarder son pays dans les yeux que notre homme se dirigea vers le roman. Chonri fut le premier à y répondre en 1983, se moquant de la censure et exposant sa vision des émeutes du début de la décennie. Faisant polémique, le jeune auteur se fait néanmoins remarquer et au gré de l’œuvre qu’il compose par la suite (Burning Papers en 1987 et Nokcheon en 1992), ce dernier devient l’un des auteurs phare de la jeune génération sud-coréenne. Or, bien vite, sentant comme il le reconnait lui-même les limites de son art, Lee Chang-Dong sent le temps qui passe l’inviter à évoluer, à changer d’orientation artistique. Et c’est par la voie d’un cinéaste coréen reconnu, Park Kwang-Su, qu’il va y parvenir.
En effet, sollicité par ce dernier au début des années 1990 pour l’écriture de deux scénarii (To the Starry Island et A Single Park), le natif du centre du pays profitera à plein de cette expérience car devenu scénariste et assistant du cinéaste, il prend ainsi pied dans l’industrie de son pays, en premier lieu grâce à son talent de littérateur. Cependant, se prenant au jeu et comprenant très vite tous les ressorts du medium, Lee Chang-Dong se pique bien vite de réaliser et décide de ne plus se contenter d’être le scénariste de projets que d’autres pourraient tourner.
C’est ainsi qu’il commet en 1997, Green Fish, fresque sur l’éclosion délétère d’une jeunesse perturbée dans la Corée du crime organisé. Et contre toute attente, ce premier essai se transforme en un véritable coup de maître puisqu’en plus d’invitations à diverses manifestations internationales, le film recueille un certain succès. De fait, l’écrivain s’est mué en cinéaste et il se plaira à persévérer dans le sillon qu’il vient de tracer. En effet, trois ans plus tard, c’est au tour de Peppermint Candy de confirmer une si profitable orientation. Sélectionné dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs avec ce film et très vivement remarqué, Lee Chang-Dong devient alors pour les cinéphiles du monde entier, un réalisateur à surveiller. Ce que confirme vingt-quatre mois plus tard, l’immense Oasis qui vaudra à son auteur ses premières récompenses. Tant auprès des festivaliers d’ailleurs que des critiques et du public.
Honoré notamment par le Prix de la Critique internationale à la Mostra de Venise, Lee Chang-Dong devient alors une figure du cinéma de son pays tout en conservant l’aura vigoureusement politique de ses débuts. Dès lors, c’est à peine surpris que l’on apprend début 2003 que ce dernier rentre au service de son pays pour devenir le Ministre de la Culture coréen. Décidé à changer les choses, le cinéaste se trouve alors en prise directe avec les lobbys, l’industrie au sujet de l’évolution du système de quotas qui permet au cinéma coréen de se développer et de s’exporter. Hélas, loin des plateaux et des pages blanches où lui seul décide, cette activité nouvelle lui impose d’autres charges et un poids considérable, celui de trop accaparantes obligations. Rapidement exaspéré par ce qu’il y voit et loin de s’être douté de ce qui l’attendait, le natif de Daegu met logiquement fin à cette expérience en rendant son portefeuille au cours de l’année suivante. Libre et prompt à se lancer vers d’autres projets, Lee Chang-Dong retourne alors à ses activités, non sans avoir gagné un certain crédit et une plus juste reconnaissance auprès des édiles cinéphiles du monde entier. Sollicité et notamment élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur, l’heure est alors propice pour s’atteler à un nouveau métrage. Ce sera Secret Sunshine. Magnifique mélodrame retenu en Sélection officielle au Festival de Cannes 2007, ce portrait de femme marquera d’ailleurs fortement les esprits au point de voir son actrice principale, Jeon Do-Yeon, figurer au soixantième palmarès de cette édition anniversaire. Preuve de son accès au cercle très restreint des cinéastes contemporains qui comptent.
Aussi, après Poetry (2010), Lee Chang-dong revient pour une troisième fois en compétition à Cannes avec Burning, un thriller sentimental, entre polar et romance. Un film qui devrait confirmer l’appétence du cinéaste pour un cinéma tourmenté, comme il l’affirme en interview: «Mon cinéma doit se faire en collaboration très étroite avec le public. Beaucoup de films choisissent des happy end, ce n’est pourtant pas souvent le cas dans la vie. Si je suis celui qui pose des questions à travers mes films, je laisse le soin aux spectateurs d’y apporter des réponses. Dans l’idée que le cinéma doit être intimement mêlé à la vie, il faut que le film continue au-delà de la salle de cinéma. La réflexion doit se poursuivre après la projection.» Tout ce que l’on souhaite du cinéma, en somme.

Burning, en compétition au 71e Festival de Cannes.

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Ours plumitif.



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