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Published on mai 6th, 2018 | by Gérard Delorme

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[STAR DE CANNES 2018] GASPAR NOÉ

En surdoué de la caméra subjective, Noé devrait proposer avec CLIMAX, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs une expérience psychotronique à la hauteur de son talent

Fils du peintre Luiz Felipe Noé et d’une mère assistante sociale, Gaspar Noé naît en Argentine le 27 décembre 1962. Il passe son enfance entre Buenos Aires et New York jusqu’à ce la famille s’installe à Paris en 1976 pour fuir la dictature militaire en Argentine. A 17 ans, Gaspar étudie le cinéma à l’Institut Louis Lumière d’où il ressort diplômé 2 ans plus tard, mais son intuition lui suggérant qu’il est trop tôt pour s’engager dans la vie active, il s’inscrit en auditeur libre à la Sorbonne pour étudier la philo.
En 1985, il est assistant pour le metteur en scène argentin Fernando Solanas dont le film Tangos, l’exil de Gardel est présenté à Cannes. La même année, il réalise son premier court-métrage Tintarella di luna en 35mm scope noir et blanc. Son père y joue un tueur.
C’est à cette époque qu’il rencontre Lucille Hadzihalilovic qui deviendra sa compagne et pour laquelle il tient la caméra sur son court métrage La première mort de Nono en 1987. Ensemble, ils créent les Cinémas de la zone pour développer leurs projets en toute liberté. Gaspar réalise Carne avant de le présenter à Cannes en 91 où il reçoit le prix de la Semaine de la critique.
En 98, il revient à Cannes avec Seul contre tous, dont le tournage s’est étalé sur deux ans et demi, en partie à cause de la production simultanée de La bouche de Jean-Pierre que dirige Lucille Hadzihalilovic. Seul contre tous suscite des réactions admiratives ou scandalisées, mais toutes contribuent à la notoriété de Noé.
A cette époque lui vient l’idée d’Enter the void, centré autour du moment où un personnage passe de la vie à la mort. Mais le projet est très ambitieux, et son assemblage financier prend beaucoup de temps. En attendant, Gaspar imagine un projet plus modeste. Irréversible se monte alors très rapidement sur la promesse de sa distribution (Cassel, Bellucci, Dupontel), et le tournage démarre avec un scénario de seulement 3 pages. La caisse de résonance cannoise amplifie l’attente suscitée par le film qui totalise 600 000 spectateurs à sa sortie en 2002.
5 ans plus tard, le tournage d’Enter the void peut enfin commencer à Tokyo, après une série d’ajournements. Il se poursuivra sur plusieurs mois entrecoupés de pauses, avant de se terminer en mai 2008. Un an plus tard, la version présentée à Cannes n’est toujours pas définitive, quelques effets restant encore à finaliser.
A sa sortie, en 2010, Enter the void n’attire que 50 000 spectateurs, ce qui n’entame ni la réputation du cinéaste ni le soutien de Wild bunch qui lui donne le feu vert pour Love, un vieux rêve de film à vocation mainstream avec des scènes de sexe non simulées, le tout en 3D.
Noé sait ce qu’il veut et il sait comment l’obtenir. Il a trouvé un équilibre entre l’indépendance dont il a besoin et les contraintes que cette liberté implique, notamment au niveau financier. Carne comme Seul contre tous ont été produits dans des conditions artisanales. Il tournait quand il pouvait, c’est-à-dire quand il avait de la pellicule. C’est pourquoi trente jours de tournage pouvaient s’étaler sur deux ans. Même quand il avait des moyens plus confortables sur ses productions suivantes, il restait toujours une part d’incertitude qui nécessitait de tourner en plusieurs fois.
Noé est un expérimentateur déterminé et unique. Il a su s’entourer de collaborateurs doués capables de satisfaire ses exigences techniques (le format scope) ou esthétiques. Sur ce point, il a trouvé avec le directeur de la photo Benoît Debie un allié essentiel et fidèle, un peu comme Chris Doyle avec Wong Kar Wai.
Aucun aspect de la fabrication d’un film n’échappe au contrôle de Gaspar. Il passe des heures en post production pour étalonner ses images, et il accorde la même importance au son. Sans oublier ses scripts, dont le style musical et minimaliste est inimitable avec ses sentences qui claquent comme des slogans. Il va jusqu’à concevoir la charte graphique de ses génériques dont les lettrages ont inspiré plus d’un cinéaste. Enfin, il s’occupe de sa communication avec un soin particulier, lui qui connaît la valeur de la provocation et du scandale.
Mais si «le temps détruit tout», il fait aussi partie des contraintes industrielles qui menacent l’indépendance du cinéaste, dont la façon de travailler rappelle celle de Wong Kar Wai, avec les inconvénients qui vont avec. Chez eux, le film se révèle au montage: en évaluant la somme de matériel qu’il a tourné, Gaspar se fait une idée de ce qui est possible, mais aussi de ce qui est souhaitable, c’est-à-dire qu’il voit ce qui lui manque encore pour atteindre ce qu’il cherche. Jusqu’à présent, il a toujours réussi à se rattraper aux branches, mais cette méthode acrobatique favorise les retards, quand ce n’est pas de la rétention : Enter the void a été montré à Cannes dans une copie non définitive, en dépit du temps passé en post production.
Le mystère plane sur Climax. Est-ce même film qu’il a commencé à tourner au début de l’année sous le titre Psyché? Ce ne serait pas la première fois qu’il change de titre en cours de route : Enter the void s’était longtemps appelé «Soudain le vide». Si l’on s’en tient au synopsis de Psyché décrivait la dernière nuit festive d’une troupe de danseurs qui découvrent que quelqu’un leur a administré une substance psychotrope à leur insu, provoquant des réactions variées. Le tournage a dû être compliqué en raison du créneau étroit dont bénéficiait Benoît Debie, très demandé, entre le tournage (difficile) des Frères Sisters et le prochain Harmony Korine. A quelques jours de la projection programmée à la Quinzaine des réalisateurs, le film n’est pas encore terminé. On ne se refait pas.

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