Quartier Interdit

Published on avril 3rd, 2017 | by François Cau

0

QUARTIER INTERDIT. ZINDA. Sanjay Gupta, 2006

Sanjay Gupta est ce qu’on appelle dans le jargon un gros coquinou. Sans aucune espèce de vergogne, au cœur d’une industrie Bollywood pas super réglo question droits d’auteur, le type a bâti sa carrière sur des remakes non-autorisés de films étrangers. Pourquoi s’emmerder, après tout ? Son premier film, Aatish: Feel the Fire reprend ainsi les grandes lignes du Syndicat du Crime de John Woo. Jung « s’inspire » de L’Enjeu de Barbet Schroeder, Musafir du U Turn d’Oliver Stone. Mieux / Pire : son redoutable Kaante rejoue Usual Suspects dans sa première moitié, Reservoir Dogs dans sa seconde, avec comme transition une sorte de parodie de la scène de fusillade urbaine de Heat. En 2004, Sanjay voit Oldboy de Park Chan-wook. Il trouve ça pas mal. Il se dit que ce serait vachement mieux avec un filtre bleu dégueu, une bande-son pas terrible, et le bovin Sanjay Dutt en lieu et place de Choi Min-sik. Chers amis, voici… Zinda, un film original uniquement d’un point de vue bollywoodien : il dure moins de deux heures, n’a pas de séquence chantée-dansée, et contient des scènes carrément osées pour la censure locale.

Disclaimer : les captures viennent d’un DVD indien édité par l’incontournable firme Eros International, d’où les logos apparaissant à l’image. Comme souvent sur ce genre de produit, les sous-titres français ont été visiblement traduits automatiquement par un logiciel pas super fiable.

Bala, un ingénieur informatique, se la donne à Bangkok avec sa femme, la main leste sur la picole.

Son épouse part téléphoner, oh, deux minutes, et pouf pouf, Bala a disparu.

Trois mois plus tard, Bala supplie son geôlier dans un plan à la parenté plus que certaine.

Comme tu y vas, Bala, comme tu y vas.

L’exégète notera la subtile variation : ici, le héros est retenu un an de moins que dans Oldboy.

Mais ce sera tout pour la licence poétique.

On est vraiment dans du plan par plan. Bleuté, mais tout de même.

Les tatouages, la liste de personnes à qui il a fait du mal, le trou dans le mur, l’entraînement à coups de poings contre le mur, tout y est.

Ah si, le montage d’informations est adapté au public local.

Bala est donc libéré au bout de 14 ans, dans une malle, sur un toit où il ne croise pas de suicidaire OUHLALA Sanjay Gupta s’approprie le récit.

Ouais enfin pas longtemps : à peine dehors, Bala s’en va corriger un gang de voyous pour tester son entraînement.

Il ne va pas manger de poulpe, mais reçoit tout de même un coup de fil sibyllin de son kidnappeur.

Il retrouve la trace de sa prison grâce aux raviolis,

torture le livreur,

joue du marteau, of course,

puis arrive forcément le moment du combat en plan-séquence,

bien moins impressionnant en filtre bleu.

C’est pas Choi Min-sik, hein.

Excellente question.

OHMANDIEU apparition du grand méchant, joué par le bellâtre modèle homme John Abraham !

Hmmm oui j’imagine, oui.

L’édenté veut se venger, en torturant la chauffeur de taxi avec qui Bala a vaguement sympathisé auparavant – à noter un plan très olé-olé pour un Bollywood, qui joue pour beaucoup dans la mauvaise réputation du film en Inde.

Le grand méchant achète le copain de dentier de JoeyStarr pour qu’il laisse les tourtereaux tranquille.

First, they fight, and then they fuck. Et c’est un retour inexpliqué à la couleur, si ce n’est pour parodier encore plus la direction artistique du film de Park Chan-wook.

A l’échelle de Bollywood, on est en pleine pornographie, là.

Du coup, John Abraham se fait tabasser par ses hommes de main, pour expier, probablement.

On revient en territoire connu…

… à peu de choses près.

A son réveil, Bala se rappelle. Il a courtisé la sœur du grand méchant dans ses jeunes années, elle l’a envoyé paître.

Du coup, Bala lui a tissé une réputation de fille légère qui l’a poussé à s’immoler par le feu – même si on est dans la pornographie façon Bollywood, s’agirait pas d’aller aussi loin que la sous-intrigue incestueuse de l’original non plus.

D’où l’humeur soupe-au-lait du modèle homme, qui bute son pote d’enfance pour se passer les nerfs.

Pour passer le temps pendant qu’il prend sa douche, Bala tue des hommes de main au katana à contre-jour.

Tout le monde est prêt pour la phase 2 de la Vengeance de Morsay du grand méchant ? Ok, here we go. La fille de Bala, dont sa compagne était enceinte au moment de son kidnapping, est toujours vivante.

John Abraham a tué a mère après la naissance, puis l’a élevé comme sa propre fille,

avant de la mettre aux enchères à la merci d’une bande de gros dégueulasses.

Putain mec, t’es clairement pas Choi Min-sik mais tu pourrais faire un effort quand même.

Impossible, même dans ce film dégénéré pour son époque et son pays, de servir le même twist final que l’original.

L’exégète appréciera selon son degré de magnanimité et de résistance au filtre bleu l’effort d’imagination de Sanjay Gupta.

Bala crie. Il tabasse un peu evil modèle homme,

lequel peut balancer une ultime obscénité absconse, puis trébucher dans le vide, l’œuvre de sa vie accomplie.

La chauffeur de taxi déboule et reconnaît le lieu de la vente aux enchères.

qui ressemble quand même beaucoup au décor de la prison avec ce PUTAIN DE FILTRE BLEU

Bala démastique de l’homme de main puis reçoit un coup de fil de sa fille, qui l’attend sur le ponton où il s’est fait enlever.

En fait, le grand méchant lui a fait une grosse blague, sa fille n’a jamais été en danger.

Ce qui n’a absolument aucun sens avec tout ce qui précède, mais au moins, la morale est plus ou moins sauve.

Bien sûr, coquinou. Manquerait plus que quelqu’un te pique tes idées…

 

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone


About the Author

Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑