Quartier Interdit

Published on novembre 23rd, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. SPIDER LABYRINTH. Gianfranco Giagni, 1988

Et si, dans le cimetière grouillant du cinéma d’horreur italien de la fin des années 80, Michele Soavi, l’espoir, l’étoile, la comète, n’était pas seul dans cette galaxie dégoulinante? Au milieu des Pagagini Horror, Aenigma, Maya et autre Ratman, on pouvait tomber (mais vraiment si on est du genre fossoyeur) sur le très surprenant Spider Labyrinth, qui revient à l’essence du giallo fantastique tel que l’avait engagé Dario Argento avec sa trilogie des mères. À n’en pas douter, cette araignée là vaut d’ailleurs bien mieux qu’une certaine puta madre des larmes.

Enseveli sous un circuit bouché (Italie, Allemagne, Japon et… c’est tout), Spider Labyrinth aurait pourtant bien plu aux bisseux aux yeux embuées de larmes devant tant de bandes nanardesques, où chaque maquillage mal fagoté et chaque zombie terreux enfonçaient un peu plus la série b et z italienne dans son tombeau bien creusé. L’histoire ressemble à la fusion avouée des univers de Dario Argento et de Pupi Avati: de l’occulte, de l’ultra-violence, de la cruauté et une ville bien connue (ici Budapest) transformée en cité de l’étrange d’un côté; de l’autre, une enquête aux origines à priori banales, multipliant alors les personnages décalés et les silhouettes menaçantes pour sombrer vers une horreur inéluctable. On y envoie un costard cravate américain, le professeur Withmore, à la rencontre d’un de ses collègues qui, une fois sur place, semble être frappé de paranoïa. Le tout fignolé très schématiquement, le spectateur n’ayant même pas connaissance du domaine dans lequel les deux hommes établissent leur recherche. Pas impossible alors que l’absurdité de cette quête soit une volonté kafkaïenne. Et ça tombe bien, puisque Spider Labyrinth cause de transformation…

Évoquant parfois La neuvième porte avant l’heure, le long-métrage se plaît dans des décors ayant quitté toute les notions du réel et du confort comme chez Papa Dario, entre chambre sans fenêtres, grottes insalubres, rues désertes et escalier sans fin. On peut ajouter à cela un vrai trouble érotique qui n’a jamais été l’apanage d’Argento ou de Avati, comme dans cette scène incroyable où le héros observe sa mystérieuse guide en plein rituel exhibitionniste de l’autre côté de la rue, alors qu’en contrebas, un autre point de vue s’immisce. Et que dire de la très belle et vénéneuse étreinte qui fera son apparition plus tard…

Dans un hôtel louche et trop bien rempli, on croise alors Stephane Audran, inattendue et donc forcément chaos, en logeuse faussement accueillante trimbalant son air las par on ne sait quel miracle dans cette bande horrifique. Tout comme dans les films de la «Trilogie des mères», la question n’est pas tant «qui tue et pourquoi?» mais plutôt «qui sont-ils?», Spider Labyrinth retrouve de ce fait le goût des secrets d’outre-tombe et des sociétés secrètes comme les affectionnent Dario et Pupi.

Le temps d’une séquence démente, digne d’ailleurs du réalisateur de Suspiria, une pauvre servante se perd dans un couloir de draps fouettés par le vent nocturne, où des mains tentent de l’agripper, avant de finalement trancher dans le vif. Chose assez rare: la tueuse, dévoilée sans réserve dans la dite scène, est une créature arachnéenne et grimaçante, poussant d’atroces cris gutturaux et dotée d’une force monstrueuse. À la monotonie, parfois certaine, de l’enquête, Spider Labyrinth se rattrape dans un final laissant les clefs à Sergio Stivaletti, se lâchant dans les fx mécaniques et la stop motion creepy, avec des trouvailles délirantes plus proches du manga d’horreur que de Mario Bava. Une chose est certaine, c’est qu’on oublie pas ce qu’on a vu!

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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