Quartier Interdit

Published on mars 8th, 2016 | by Romain Le Vern

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QUARTIER INTERDIT. SOCIETY. Brian Yuzna, 1989

Le jeune Bill Whitney vit avec ses parents et sa sœur dans les beaux quartiers de Beverly Hills. Pour faire court, Bill, c’est Brandon; sa sœur, c’est Brenda. Mais depuis un certain temps, Bill suit une thérapie. Ses nuits sont peuplées par d’horribles cauchemars poisseux et dérangeants. La révélation d’un enregistrement compromettant et l’amour un peu trop tactile que ses parents portent à sa sœur l’incitent à penser que sa famille lui cache des choses monstrueuses…

soiiRien ne va plus à Beverly Hills: anthropophagie, orgies, manipulations, meurtres et incestes s’enchainent. Bon sang mais que se passe-t-il donc? Au départ, Brian Yuzna, dont c’était le premier long métrage et qui jusque là n’était alors que producteur de films de genre notamment pour son grand ami Stuart Gordon (Re-Animator, From Beyond, Dolls) a eu du flair en adaptant ce scénario azimuté cosigné par Rick Fry et Woody Keith. Dans un premier temps, il cherche à faire douter de la santé mentale de son héros en plastique (Billy Warlock, tellement mauvais acteur qu’il en devient formidable) persuadé que sa famille so Beverly Hills 90210 fait des choses peu catholiques dans son dos. C’est la découverte du monde et de sa monstruosité qui pourrait bien s’imposer à lui. Le spectateur, rompu à des films comme Vampire, vous avez dit vampire! (Tom Holland, 1985), est amené à penser que Bill se révèle un peu travaillé par ses hormones et qu’à la fin de l’été, tout ira mieux. La surprise vient du dernier tiers négociant un virage rappelant celui de Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968). Avec aplomb, Yuzna prend littéralement l’option que celui qui passait pour le fou paranoïaque n’avait peut-être pas foncièrement tort. Ainsi, ce qui se présentait jusqu’ici comme un teen-movie gentiment clicheton bascule dans une satire gore, presque baroque, pastichant de rouge les lois dadaïstes de nos chers soap opéra comme le consumérisme de l’Amérique wasp Ronald Reagan. Les adolescents fantasticophiles des années 80-90 ne s’en sont jamais remis.

De la même façon que Parents (Bob Balabian, 1988) où un enfant tourmenté soupçonnait ses parents si parfaits d’être en réalité d’affreux cannibales, Society correspond à l’exemple typique du petit film d’horreur retors et déviant, calibré pour un public européen sensible aux subtilités qui pourraient échapper au public américain. Preuve qu’on a raison, Society n’est sorti là-bas qu’en 1992, soit un purgatoire de trois ans sans qu’aucun distributeur US ne s’y intéresse. Il est vrai que ce n’est pas spécialement sympatoche de représenter les américains comme de vils partouzeurs (con)sanguinaires mais il faut aussi avouer que c’est assez fendard de se foutre de la gueule de riches trop propres sur eux et de voir leurs corps agités par des pulsions aussi exorbitantes, merveilleusement déchiquetés et distendus par le pro des effets spéciaux Screaming Mad George. Entretemps, Yuzna n’a pas perdu de temps, enchaînant avec Bride of Re-Animator (1992), co-scénarisé par le même duo gagnant.

Par chance, les rats de vidéoclub adeptes des délires goreux de Peter Jackson (Bad Taste; Braindead) ou de Frank Henenlotter (Basket Case; Elmer, le remue-méninges) auront su célébrer à sa juste valeur l’humour sale et bouffon de cette pochade délirante comme le réjouissant mauvais goût. Pour son coup d’essai, Brian Yuzna s’affirmait comme un cinéaste politiquement incorrect, peu enclin à composer avec le système. En dépit de séries B très amusantes (Le Dentiste en 1996 qui fonctionnait sur le même principe que Society en jouant sur la présence insoupçonnée du mal dans un écrin ensoleillé et rassurant), il a quelque peu perdu de vue cet objectif par la suite mais, en pourfendant là l’atroce normalité et en organisant des visions totalement surréalistes (Yuzna cite Dali pour le climax de Society), il a gagné notre reconnaissance éternelle.

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C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



One Response to QUARTIER INTERDIT. SOCIETY. Brian Yuzna, 1989

  1. Olivier says:

    J’adore! pour moi c’est surtout le jumeau monstrueux, lovecraftien, de Back to the Future sorti 4 ans auparavant. Les clins d’oeil abondent: l’acteur, outre sa ressemblance physique avec Michael J., a le même jeu nerveux et la même voix; il a aussi le même 4×4; quasiment la même paire de Nike; l’histoire se déroule en octobre, « le mois des inventaires »..
    Dans le sens inverse, on sent l’influence de « Society » sur un film comme « Starry Eyes »..

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