Quartier Interdit

Published on février 28th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. SLEEPWALKER. Saxon Logan, 1984

Au rayon du one-shot chaos, on demande Saxon Logan, protégé de Lindsay Anderson qui fit un très (très) court passage dans le cinéma de genre avant de se tourner vers le documentaire. Déterré par la BFI, son moyen métrage horrifique Sleepwalker est une vraie curiosité british, à une époque où le cinéma de genre anglais cherchait encore sa voie après la mort de la Hammer et de la Amicus. Loin des aînés gothiques, Sleepwalker hésite plutôt entre cinéma social (la présence du réalisateur Bill Douglas en tant que comédien met bien sur la voie) et horreur sans concession, avec une pointe d’onirisme, comme si on avait subitement croisé Mike Leigh et Dario Argento!

Dans une introduction confuse et bleutée, une jeune femme agitée rêve de sa propre mort: assassinat certes irréel mais apparemment commis par son propre mari; ce qui en dit long sur le rapport entre les deux larrons, plutôt du genre à faire chambre à part. Dans un cottage au parfum de bois pourri, l’orage s’approche, le tonnerre gronde, et le couple revient à sa morne réalité: alors que son mari s’isole, Marion attend un couple d’amis pour un repas à l’hypocrisie éclatante. On repense alors à l’atmosphère lourde des premiers instants, aux fausses pistes balancées ici et là (les antécédents inquiétants du mari, la citation du Valdemar d’Edgar Allan Poe) mais rien n’y fait : on ne sait ni quand ni comment l’horreur va surgir à nouveau.

C’est en réalité durant une longue scène de repas où chacun s’enferme dans ses positions, son égoïsme, ses névroses et sa classe (la femme écrasée, la provocatrice, le mari bafoué, le facho imbitable), qu’on frissonne. Ce repas forcé où personne ne se supporte, où chacun cherche à tirer la couverture vers soi, n’est ce donc pas cela le vrai film d’horreur? En résulte un spectacle malaisant et acide qui reprendra plus loin la route des hostilités, avec synthé maladif, érotisme vénéneux et gore cradingue. On peut s’amuser à y voir une métaphore sanguinolente et tordue de l’Angleterre Thatcherienne (le couple de personnage principal se nomme Britain!), pays autrefois livide et faussement endormie. Laissons donc le thé de la folie infuser dans cette si belle tasse chaos.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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