Quartier Interdit

Published on septembre 27th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. PENTIMENTO. Frans Zwartjes, 1979

Cinéaste d’avant-garde très actif durant les années 60-70, Frans Zwartjes a tourné plus d’une quarantaine de courts expérimentaux filmant l’humain dans ce qu’il a de plus grotesque et torturé, jouant avec le son et la caméra pour créer des atmosphères oppressantes et irréelles, le tout dans une abstraction totale. Son passage à un format plus long se fera dans une continuité absolue, sans toutefois céder à une quelconque construction narrative, sans répondre à une attente particulière… si ce n’est la sienne.

Sans notice et sans gants, Pentimento est un immense bassin d’eau glacée où il faut s’engouffrer jusqu’à pouvoir supporter sa température glaciale. C’est en tout cas l’impression littérale ressentie face aux images volontairement bleutées, jouant au yoyo entre carrelage blanc, boue grisâtre et obscurité veloutée. La trame, s’il y en a une, est réduite à son stricte minimum: un établissement ressemblant fort à une station thermale abandonnée, accueille des femmes qui n’en ressortiront jamais vivantes. Des infirmières aux lèvres noires s’affairent autour d’un médecin prenant son métier très à cœur, sans que l’on comprenne évidemment qui fait quoi, comment, pourquoi, et dans quel but. Zwartjes ne montre jamais la violence frontalement, laissant le montage faire son devoir: la vue de corps agités, d’entrejambes humides de sang ou de corps pâles parqués sur le béton froid, suffisent souvent à signifier l’horreur qui plane entre ces murs, le tout accompagné de sexe explicite.

En peinture, le terme pentimento signifie l’apparition subtile du dessin originel derrière la peinture qui le recouvre. Si on suit ce mouvement, on peut voir apparaître derrière les visions hagardes de Zwartjes la relation morbide entre le patriarcat et les femmes, la longévité de la torture dans notre société actuelle, le souvenir des camps de concentration ou peut-être la tragédie de l’unité 731, puisque le choix d’un homme d’origine nippone pour incarner le tortionnaire chef n’a sans doute rien d’un hasard. Pentimento happe par les sensations qu’il provoque en bataille, multipliant les bruitages maniaques (couloirs saturés d’échos et clapotis aquatiques), les tableaux crasseux, les détails obsédants (des femmes nues encore chaussées de leurs talons aiguilles, du verni rouge sur un sol noir) et les parallèles étranges (un repas monté en alternance avec une orgie de nourriture puante). Dans cette chair triste et confuse, l’expérience fait l’effet d’une visite à la morgue.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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