Quartier Interdit

Published on novembre 4th, 2017 | by Geoffroy Christ de Denis

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QUARTIER INTERDIT. PARTY MONSTER. Fenton Bailey & Randy Barbato, 2003

The bats have left the bell tower
The victims have been bled
Red velvet lines the black box
Andy Warhol’s dead

Oui, lui est bien dead, contrairement à Macaulay, qui malgré les assauts répétés des tweetos est toujours bel et bien en vie et incarnait en 2003 Michael Alig, roi de la nuit new yorkaise du début des 90’s. Ce genre de «blague» macabre aurait d’ailleurs sans doute été du goût de Alig, célèbre pour organiser des soirées à thème telles que «loue un esclave», «fête de la pisse» et autres joyeusetés borderline. Un rôle de composition pour l’enfant star déchu qui fait ici son come back en icône des boums illégales, finissant en taule après avoir découpé son dealer en morceaux. Une transformation qu’on avait pu sentir émerger dans le clip Sunday de Sonic Youth en 1998, dans lequel Culkin nous adressait une moue tellement lente que ça en devenait porno.

Cette profanation de l’image du petit garçon préféré de l’Amérique est renouvelée dans Party Monster, même si ici on est loin de la perfection esthétique du clip d’Harmony Korine. Car il faut le dire, ce film a ses hauts et ses bas, jusqu’à parfois tirer sérieusement dans le gnangnan téléfilmesque. Mais ce ton mélo naïf donne leur saveur aux gossips de ces club kids qui racontent leurs overdoses sur fond de petite musique pleine de connivence à la Desperate Housewives. C’est parfois campy jusqu’au grincement de dents, avec des scènes où Alig s’enfuit main dans la main avec sa target pour finir dans une benne à ordures tandis que Shannon scande Give me tonight. Ou encore lorsque Christina Superstar – jouée par Marilyn Manson siouplait – est nommée reine du bal avant d’être recouverte d’un slime verdâtre, dans une reprise de l’humiliation publique de cette pauvre vieille Carrie. Kill your idols qui disait. Voilà qui résume la teneur sucré/dégueux de Party Monster, où l’on sent autant d’amour pour Charlie et la chocolaterie que pour John Waters.

La deuxième vedette, c’est bien sûr l’auteur du livre dont s’inspire le film, James St. James, pygmalion dédaigneux de Michael, lui enseignant les us et coutumes de la vie material queer avec autant de finesse que d’ironie. Seth Green est parfait en tata à l’esprit aussi créatif que ravagé et forme avec Culkin un duo qui n’a rien à envier à celui du Lièvre de Mars et du Chapelier. On communique par sarcasme ou pas du tout et les blessures personnelles sont masquées sous trois tonnes de makeup. Un pathos systématiquement désamorcé par un mot d’esprit ou une chanson de Bonnie Tyler, pour être réinjecté dans la fête. Et c’est avec une perfusion dans le bras qu’on ira se griller un peu plus de neurones au Limelight, le déguisement et l’attirail médical bien réel fusionnant sous la lumière noire du club.

Comme c’est souvent le cas pour les films basés sur des faits divers, on glamourise quand même un peu une histoire d’abus de drogue et de meurtre. Mais employer Culkin était un choix tout aussi bad taste que le traitement de l’histoire, en cela Fenton Bailey et Randy Barbato suivent les pas du maitre à penser de leurs deux héros : Warhol. Lui qui exhumait les visages des stars disparues pour les sérigraphier et faisait tourner les siennes parfois quelques mois – voire moins – avant leur mort. A good star is a dead star et ça n’est pas cette nouvelle fausse annonce de la mort de notre ex-bambin home alone qui nous fera penser le contraire.

Party Monster est un objet imparfait au gout bizarre de pizza froide mangée durant une gueule de bois qu’on traine depuis deux jours, et que ce soit fait exprès ou non ça participe pleinement à l’intérêt du film. Alors oui, dans le fond ce n’est que l’histoire d’un combat d’égo entre deux divas atteintes du syndrome de Peter Pan et on a du mal à savoir si il faut aimer au premier, second ou neuvième degré, mais c’est ça qui est bien. N’oublions pas que Bailey et Barbato c’est aussi RuPaul’s Drag Race, émission hier révolutionnaire et cheap, aujourd’hui bulldozer de la mainstreamisation du queer. Alors que penser de cette indétermination gênante? «Ce que vous voudrez», comme aurait pu dire Warhol. Enfin non, il se serait sûrement contenté de répondre par un de ses célèbres : «Hummmmmmm mmmm hummm m mmm», mais vous avez saisi l’idée.

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