Quartier Interdit

Published on juillet 12th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. QUAND ON EST AMOUREUX, C’EST MERVEILLEUX. Fabrice du Welz, 1999

Quand on est amoureux, c’est merveilleux comme disait l’autre. Et c’est vrai hein. Chez Fabrice du Welz, ça colle, ça tâche, ça sent aussi. Et si ça ne commence pas dans le sang, ça finira bien dedans. Virevoltant aujourd’hui entre projets casse gueule (le déjà injustement oublié Vinyan) et commandes musclées (Colt 49 et Message from the King), notre réalisateur franco-belge 110 % chaos avait déjà donné en quelque sorte le LA de ce qu’il a appelé sa trilogie des Ardennes, dont on attend impatiemment le dernier volet. C’était en 1999 et après un court d’animation (devenu manifestement introuvable), il se lance dans Quand on est amoureux… qui aura beaucoup de mal à forcer les portes des festivals, en particulier en raison d’un plan venu d’un porno visionné sur une télé (un peu dommage non?). Son passage à Fantastic’Art sera au moins dignement remarqué, raflant le Grand Prix du court-métrage. Tellement remarqué que Gaspar Noé lui piquera au passage son chef op Benoit Debie, dont on retrouve là aussi tous les tics visuels: des noirs profonds, des néons cras, des jaunes pisseux, des rouges épais.

Comme dans Calvaire et Alleluia, Fabrice du Welz manie une tendresse borgne, caresse les perdus, les freaks, les déglingués. Amour tordu, puissant, naïf, comme une évidence qui donne le tournis. Vieille fille voûtée aux cheveux gras (géniale Edith le Merdy, l’infirmière face au vieux «qui chiait le jour, qui chiait la nuit, qui chiait toujours» dans C’est arrivé près de chez vous) Lara ne s’autorise que quelques sorties au boucher du coin (où l’apprenti au crâne difforme l’observe amoureusement). Pour son anniversaire, elle se paye un strip-teaseur belliqueux, qu’elle tente de séduire avec son gâteau fourré à la crème. Mais la situation dérape, comme la fourchette de Lara, qui blesse mortellement le chippendale de prisunic : pas du genre désespérée, Lara garde alors le corps du bonhomme, pour qui elle réserve un amour infinie.

Comme il réussira à le faire dans Calvaire (premier long du cinéaste dans lequel on retrouve une bonne partie de l’équipe), Fabrice du Welz met autant mal à l’aise qu’il fait rire, avec une galerie de trognes qu’on jurerait échappé d’un Fluide Glacial, un univers où il n’est pas interdit de croiser Michel Cremades et Laure Sinclair en couple échangiste suspicieux. Il y a quelque chose de touchant – de terrifiant aussi – derrière les effluves de corps en putréfaction, quelque chose de jouissif dans cette manière de percuter des situation scabreuses et des slows de Marc Aryan, quelque chose qui vous reste longtemps dans la tête après la projection. Un auteur chaos était né.
«Madame, petit madaaaaaaame..

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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