Quartier Interdit

Published on janvier 4th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. NUIT D’OR. Serge Moati, 1976

Dans un tripot pour joueurs glauques, Nuit d’or scintille au-dessus des tables de jeux clandestins. Klaus Kinski, chevelu, hurle à s’en péter la glotte, faux mort mais vrai vivant revenu pour se venger en bon comte de Monte-Cristo moderne. À quelques détails près, on se croirait chez Zulawski. Du haut de ses toutes petites 1h20, Nuit d’or est un OVNI du polar français, même s’il ne serait pas très sage de causer ici de polar au sens strict du terme. Dans les teintes menaçantes, les sautes d’humeurs, les visages étirés par la peur, on est parfois plus chez Bava et Buñuel que chez Melville.

Dans le générique d’introduction criard, on enlève les yeux de petites poupées atroces, qu’on rend plus laides encore. Sauf que Nuit d’Or n’est même pas un giallo. On ne sait pas, on ne sait plus. Son réalisateur, Serge Moati, est un téléaste qui semble s’être égaré avec ce thriller abstrait à forte teneur en chaos, imparfait autant que franchement fascinant. Kinski y incarne Michel Fournier, un curieux personnage laissé pour mort auprès de sa famille depuis deux ans. Mais le revoilà, prêt à réparer l’affront et à retrouver ses marques. Toujours amoureux de sa belle-sœur, il enlève la fille de celle-ci, fille qui pourrait d’ailleurs bien être la sienne. Le commissaire Pidoux, quand il ne mate pas sa voisine à oilp, panique. Bertrand Blier, dans un rôle pourtant bien dans son jus, est ici sans être là, sonné, livide, à dix milles lieues au dessus du sol. Bizarre. Jean Luc Bideau aussi, presque zombifié, n’ouvre la bouche que pour dire des horreurs («Le cou des enfants c’est fragile, c’est friable…ça craque!»). Avec un mélange de tendresse et de violence qu’on imagine être le même sur le plateau, Kinski tente d’acheter l’affection de sa petite kidnappée, d’abord émerveillée, puis pressée de rentrer. L’homme ne sait plus la convaincre, perd patience: l’atmosphère se crispe, se tend. Et puis quelle idée de jouer à Pincemi et Pincemoi avec Klaus Kinski!?

Anny Duperey, perdue dans un enfer de néons, joue une femme prêtre à la tête d’une secte de fanatiques religieux. Et on ne sait toujours pas ce que ça fait là. On peut venir y ajouter une bourgeoise alcoolo incarnée par une Elisabeth Flickenschildt en roue libre, Raymond Bussières en «vieille folle des studios», Maurice Ronet en margoulin obscur, Charles Vanel en industriel inquiet. Finalement tout est possible: même de voir une gamine pendue dans une vieille chambre poussiéreuse. Pourquoi? Et bien, on se le demande encore! Hors pellicule, on imagine que Duperey n’a pas adoré se faire molester par Kinski, et on se demande bien comment a pu se passer le tournage avec la gamine, connaissant les tendances parfois plus que limites du Klaus. Des non-dits qui renforcent à coup sûr le malaise de ce machin malade, film de vengeance sans vengeance, se terminant là où il a commencé.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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