Quartier Interdit

Published on janvier 6th, 2017 | by Thierry Conte

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QUARTIER INTERDIT. MONDO TRASHO. John Waters, 1969

monod-tasDéjà très tôt, John Waters est obsédé par le sexe et la violence. Quand il réalise ses premières œuvres muettes en 8 mm et 16 mm dans les années 60, il les propose dans des projections à l’arrache, organisées dans une confidentialité suprême, sur le campus de Baltimore. Il fait des distributions de tracts avec les horaires de projections, à grand coup de réclame. A ce petit jeu, Waters ne se fait pas que des amis et suscite déjà l’agacement des puritains dérangés par ses atrocités cinématographiques. Des décennies plus tard, il n’a pas changé. Dans Cecil B. Demented (avec une Melanie Griffith complètement déglinguée), Waters évoque ces projections sauvages des années 70 et décrit un groupe de résistants au mauvais cinéma, à tous les Docteur Patch de pacotille, pour célébrer la contre-culture, le cinéma que Waters a toujours aimé et défendu, du cinéma porno au film de kung-fu, sans pour autant renier une candide admiration pour Hollywood et son industrie.

Ainsi, le cinéaste a commencé en faisant des films avec ses amis et voisins. Certains d’entre eux continueront la route avec lui jusqu’à son dernier A dirty Shame. Comme Fassbinder, Pasolini et tant d’autres. John s’est entouré entre autres de Mary Vivian Pearce, Patricia Hearst, David Lochary, Mink Stole et surtout de Harry Glenn Milstead, alias l’immense Divine, qui incarne l’un des personnages secondaires de Mondo Trasho. Et ce rarissime Mondo Trasho n’est rien de plus qu’un petit film tourné avec des peanuts, à ranger entre son Eat up your make-up et Multiple Maniacs (tout aussi rares). Dans la première scène, on voit des poulets décapités sous nos yeux ébahis. Un air de rockabilly pour déplier le sac à vomi. Puis, on suit un sosie de Marilyne (Marian Vivian Pearce) qui erre dans un parc et se fait soudainement agressée par un homme qui la «viole» en la plaquant sur le sol et en léchouillant ses pieds (la bande-son est pleine de «ooouhh» et de «aaaah»).

Alors qu’elle atteint péniblement la route dans un sale état, la Marilyne se fait renverser par un sosie obèse (Divine) stimulée par la vision d’un bellâtre en tenue d’Adam. En faisant marche arrière, elle écrase la demoiselle «violée». La culpabilité gagne Divine : cette dernière finit avec elle dans un asile psychiatrique pour femmes et se livre un combat dans la boue avec des porcs et des figures christiques. A la fin, notre Marilyne se retrouve déchaussée dans la roue, critiquée par des passantes prudes. Ça ne veut rien dire et c’est pour cela que c’est drôle. La folie eucharistique évoque du Buñuel sous acide avec des dérivations absurdes, zéro budget et beaucoup d’effets trash gratuits. Ça s’apparente à du cinéma guérilla inventif, tourné dans la rue, à l’arrache. On retrouve des acteurs amateurs qui incarnent ici plusieurs personnages, essentiellement par manque de moyens et moins par héritage Buñuelien. Pour donner une idée, une même actrice peut être clocharde dans une scène et se retrouver, dans l’autre, en snobinarde coincée (cas Mink Stole). Un travesti et un voyou dans une bagnole (cas Divine). Bon sang que c’est bon et que c’est chaos!

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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