Quartier Interdit

Published on octobre 25th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME. Lucio Fulci, 1978

Il en aura fallu du temps avant de fouiner dans la filmo éclectique de Lucio Fulci pour y pêcher des œuvres parfois plus aboutis que ses classiques dégoulinants du film de zombies, dont certains semblent carrément sujet à un vrai malentendu (à tout hasard, revoir La maison près du cimetière et observer l’étendu des dégâts).

De ses westerns bizarres (Le temps du massacre, Les quatre de l’apocalypse) à ses giallo tordus (Perversion Story, L’emmurée vivante, Le venin de la peur) en passant par d’autres escapades de choix (le très beau Liens d’amour et de sang et l’ultra violent La guerre des gangs), il y a à boire et à manger. Et l’on pourrait tout aussi bien revenir sur sa période dite «honteuse», mais il s’agit là encore d’une autre histoire. Au milieu de tout ça, La longue nuit de l’exorcisme et son titre français en guise de fausse route est peut-être son œuvre la plus saisissante et la plus accomplie, giallo champêtre démontant toute l’esthétique propre aux thrillers de couleurs jaunes.

Point de fétichisme, de donzelles menacées, de rasoir aiguisés ou de bouteilles J&B, non. Juste les Pouilles à perte de vue, de la pierre blanche, et des chants perdus dans le lointain. Nous voilà à Accendura, un village de Sicile comme un autre, marqué par un monstrueux pont où zigzague les obscènes vacanciers passant par là. Près de ce serpent de goudron, des mains raclent la terre rouge, déterrant un squelette juvénile. Le pire est à venir. Dans ce petit coin d’Italie, on retrouve des enfants étranglés. La police est sur les dents et les villageois, eux, se jettent évidement sur les boucs-émissaires de circonstance: l’idiot du village, la sorcière vivant dans les collines ou cette ancienne junkie frivole qui adore draguer les gosses (une Barbara Bouchet difficilement oubliable). Fulci ne se contente pas de poser bêtement sa caméra dans un décor dit authentique, il en capture tous les précieux détails et les plus terribles secrets dans des vignettes d’une beauté folle (le bonhomme est un excellent réalisateur et il le prouve ici de manière éclatante), retranscrivant à merveille l’affrontement de croyances et de mentalités qui n’arrivent plus à communiquer.

Pupi Avati se servait d’un décor très similaire dans La maison aux fenêtres qui rient, autre giallo atypique et rural, mais pour alimenter la terreur et le mystère. Fulci, lui, se rapproche de la satire. Les fêlures humaines alimentent brillamment et sauvent à la fois un whodunit assez faible, même si on admirera l’audace de la résolution, surtout dans un pays comme l’Italie. Plus que la pourriture des corps, c’est la pourriture sociale qui subjugue ici Fulci, laissant tout de même sa terrible signature sur les corps. Ainsi, la mise à mort de Florinda Bolkan, déjà fort maltraitée dans Le venin de la peur, stimule la fibre graphique de l’auteur, trouvant comme toujours l’extase dans l’agonie. Réduite en charpie par une expédition punitive, la victime désignée devient le parfait martyr fulcien, le temps d’une séquence que Tarantino a du voir et revoir une foultitude de fois tant tous les codes de sa violence stylisée et sale prennent vie ici, entre décalage funk et lyrisme mortel.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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