Quartier Interdit

Published on octobre 7th, 2017 | by Nassim Chentouf

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QUARTIER INTERDIT. LIENS D’AMOUR ET DE SANG. Lucio Fulci, 1969

L’époque de l’Inquisition. Francesco Cenci, un seigneur sanguinaire, terrorise son entourage. Beatrice, sa fille, tente d’échapper à son père. Se rendant compte des agissements de celle-ci, il décide de l’enfermer au donjon. La jeune femme commence alors un jeu de manipulations afin de se soustraire au joug de son bourreau. C’est compter sans la cruauté des hommes…

Inquisition, Lucio Fulci, Béatrice Cenci… autant d’arguments qui poussent à s’attarder sur Liens d’amour et de sang, œuvre presque méconnue de l’auteur. Un film qui signe les prémices de ce que sera le cinéma de Fulci des années plus tard: violence crasse, sexe, fascination pour le viscéral.

Liens d’amour et de sang s’amorce autour d’un célèbre parricide, celui de l’aristocrate Francesco Cenci. Au fil de retours dans le temps, Fulci dépeint un homme froid, violent, capable des pires manipulations. Ce n’est qu’au fur et à mesure de ces flashback qu’apparaissent les véritables raisons d’un meurtre extrêmement élaboré et imaginé par sa fille, Béatrice Cenci. Et c’est bien ce personnage complexe, incarné par Adrienne Larussa, qui tire son épingle du jeu. Une actrice à la courte carrière mais qui aura côtoyé David Bowie dans The Man Who Fell to Earth et la série B italienne Salvare la faccia (dans laquelle l’actrice incarne une bourgeoise qui veut se venger de son père…). D’abord perçue par le peuple comme une tueuse, une froide calculatrice puis un symbole de lutte face à l’aristocratie et la religion, Béatrice Cenci se retrouve magnifiée, presque admirée, par Lucio Fulci. Une fascination et critique de la religion qui attirera les foudres du Vatican à la sortie du film (1969). Foudres qui auraient presque pu mettre un terme à la carrière du cinéaste. Il faut dire qu’en plus de critiquer les institutions religieuses, Fulci prend un malin plaisir à glisser des scènes érotiques propres au cinéma italien de l’époque. Un furieux mélange qui en font un film qui possède ce petit quelque chose en plus.

Au milieu de cette fresque historique d’une incroyable justesse (les décors et costumes sont bluffants), Fulci expérimente déjà son incroyable fascination pour la chair. Et qui dit Moyen-âge, dit forte imagination des bourreaux lorsqu’il s’agit d’inventer des instruments de torture qui donnent des sueurs froides. Pour l’occasion, Fulci s’amuse à faire passer un sale quart d’heure à l’amant de Béatrice Cenci alors que le spectateur aura pris le temps de s’attacher au jeune homme. Car au-delà de cette histoire de parricide, c’est bien la relation amoureuse entre l’héroïne de Liens d’amour et de sang et ce pauvre serviteur qui rend le récit encore plus solide, prenant. Fulci dépeint des personnages entourés par une violence et des croyances absurdes dont l’amour est entravé par une hiérarchie sociale propre à l’époque. Malgré l’inévitable destin de Béatrice Cenci, jusqu’à ses dernières prières et sa mise à mort, l’espoir reste vivace de voir apparaître Happy End. Fulci, en adaptant cette incroyable histoire vraie, s’approprie le symbole que représentait la jeune femme à son époque: celle d’une résistante contre les institutions religieuses et les élites bourgeoises.

La légende raconte que le fantôme de Béatrice Cenci apparaît la veille de la date de sa mort au Pont Saint-Ange, portant sa tête dans la main.

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