Quartier Interdit

Published on mai 29th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. ISLAND OF DEATH. Nikos Mastorakis, 1976

Après La nuit des morts vivants, mais avant Evil Dead, l’autre classique indéboulonnable qui nous livrait une recette de bombe nucléaire filmique pour trois sous, c’était Massacre à la tronçonneuse. Dans le capharnaüm 70’s du cinéma grindhouse, chacun se tire la couverture à qui sera le plus sexy/gore/shocking/trash: normal, on veut les sousous. Ce sera par exemple le cas de Nikos Mastorakis, une des rares figures de la série b issue du pays de la moussaka, qui avait alors studieusement pris des notes en zieutant le cauchemar texan de Tobe Hooper. Rameuter le chaland pour le choquer à tout prix puis empocher le cash: Mastorakis n’était pas plus bête qu’un autre, peut-être moins talentueux que Tobe Hooper, c’est tout. Sauf que voilà: son Island of Death synthétise à merveille l’esprit offensif du cinéma d’exploitation, qui ne reculait devant aucune bassesse pour flatter nos esprits pervers. Sur une espèce de corde raide, le résultat est à la fois trop outré pour vraiment déranger, et trop extrême pour ne pas laisser insensible. Pas assez adroit pour être un classique du genre, mais assez déviant pour passer un sacré bon moment chaos.

Si on se fie à la tradition du cinéma d’exploitation et de sa vague de «lasthouseonthelefterie», le couple vedette de Island of Death est trop gentil pour faire long feu: elle, blonde angélique, superbe et discrète. Lui, grand gaillard, gueule de gendre parfait. Christopher et Celia, british et propres sur eux, arrivent à Mykonos en pleine saison morte. Mais il fait beau et le soleil brille quand même. C’est les années 70, on est heureux et on fait l’amour (on assiste même à un mariage gay). Scène après scène, le spectateur découvre que le danger ne provient pas de l’extérieur, mais des deux angelots paradant dans les ruelles blanches de l’île. Lié par un pacte qu’on devine particulièrement gratiné (coucou le twist qui enfonce le clou), le couple s’est donné pour mission de supprimer les «pervers», en somme toutes les personnes s’adonnant au sexe ou à une forme de plaisir, généralement sans leur participation. En bref, les célibataires, les homos, les drogués… c’est dire si ça fait du monde.

Derrière des paysages de cartes postales autant mis en valeur que les corps des comédiens, Island of Death n’est donc que ça: un jeu de massacre misanthrope et barré, où on ne sait jamais la prochaine atrocité qui va débouler au coin de l’écran. Mastorakis vise tellement l’excès et l’inattendu, qu’il vaut mieux en rire grassement et le savourer comme une bonne vieille bande dessinée Elvifrance. Une capacité à tout se permettre bien soulignée par cette séquence où le héros, frustré de ne pas avoir son coït du matin, jette son dévolue sur une petite chèvre qui passait par là. Et comme on est pas dans une pub Chavroux, le vilain assouvira ses pulsions sexuelles avant d’égorger l’animal. On entend déjà les cris de la vieille Bardot. Dans la même continuation, nous faisons la rencontre de Jean Claude, le français moustachu qui chantonne «la peinture à l’huile c’est bien difficile mais c’est bien plus beau que la peinture à l’eau» avant de finir crucifier sur une chapelle.

What else? Dans le désordre: une impayable Jessica Dublin en cougar nymphomane qui ne dit pas non à une douche dorée et finira décapitée par un bulldozer (pourquoi pas?), un giton échappé de Satyricon suçant le canon d’un revolver, un berger lubrique, une lesbienne héroïnomane cramée, des hippies harponnés, des chansons folks qui ne veulent rien dire… On pourrait trouver ça immonde et vain, mais on ne peut s’empêcher d’y voir une généreuse promenade sadienne au bord de la mer, comme un enfer au paradis, se concluant dans une parfaite et jouissive immoralité. On est pas bien là à la fraîche, détendu du chaos?

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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