Quartier Interdit

Published on janvier 1st, 2018 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. GETTING ANY? Takeshi Kitano, 1994

À la fin des années 90, Takeshi Kitano emballe comme un rien la cinéphilie française: les successions tranquilles de Sonatine, Kids Return, Hana-Bi et L’été de Kikujiro le placent très largement en tête des cinéastes japonais à suivre. On rattrape alors le temps perdu en exhumant les premiers long-métrages du réalisateur: Violent Cop, A scene to the sea, Jugatsu et même le vilain canard par excellence, le totalement barré Getting Any?. Une cours de récréation mais surtout un révélateur capitale de l’autre facette de Kitano, qui était avant tout un comique au pays du soleil levant durant les années 70/80. Remember, au hasard, son show télé Takeshi’s Castle, une sorte de Fort Boyard japonais totalement déglingué où des quidams se fracassaient la gueule sur des parcours sadiques, et qui viendra d’ailleurs squatter la télé française un millions d’années plus tard. Pour ceux souhaitant serrer la pince au bouffon Kitano, ou plutôt à Beat Takeshi, Getting Any? est évidemment un incunable. Pour les autres, ce sera sans doute un OVNI qui n’a pas lieu d’être. Ici, on vous dira que c’est sans doute le film le plus chaos de son auteur, ce qui ne veut pas dire forcément le meilleur qu’on s’entend bien.

Après une scène d’intro située quelque part entre les Monty Python et l’instant carré rose, le ton est donné: le brave Asao veut une voiture pour pouvoir enfin coucher avec les filles de ses rêves. Aussi simple que ça. Mais draguer n’est pas une chose facile et les routes mal fréquentées lui font changer de voiture une fois, puis deux fois, puis trois. Lassé, Asao veut voyager, parce que ça doit grave baiser en avion avec les hôtesses coquines. Mais il faut de l’argent. Mais comme Asao ne travaille pas, il préfère faire un hold-up. Mais encore faut-il un pistolet. Et ainsi de suite. Getting Any? se déroule au petit bonheur la chance, hypnotise autant qu’il crispe. Kitano ne déroge pas dans l’art de l’humour nippon si «autre»: c’est très souvent à pisser de rire, ou tout bonnement incompréhensible une fois sur deux. Et d’une connerie abyssale évidemment. Il y a une compagnie aérienne dont le seul avion est piloté par un strip-teaseur cul nu, un chef yakuza qui danse en nuisette, un porno animalier, un homme invisible très pressé de se rincer l’œil, des microbes tranchés au katana… pas de doute, c’est complètement con. Kitano en profite pour trifouiller allégrement la culture japonaise, avec un Zatoichi (sept ans avec son remake officiel !) qui combat avec une mouche à merde et du Kaiju Eiga débilos, où l’on croise les jumelles de Mothra alors qu’une mouche géante se fait piéger sur un étron géant. C’est aussi épuisant que difficilement oubliable, véritable suicide artistique avoué de son auteur, qui cherchait alors à casser sa filmo auteurisante. Quand on imagine qu’il s’agit du même bonhomme qui réalisera le raffiné Dolls, l’onctuosité aigre de Getting Any? prend toute sa saveur.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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