Quartier Interdit

Published on avril 27th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. CORPSE MANIA. Kuei Chih-Hung, 1981

L’hirondelle d’or, La 36ème chambre de Shaolin, La main de fer, Le sabre infernal… Si on cite allégrement les titres prestigieux de la Shaw Brothers, grande émissaire des sabres qui font tchouing et des coups de tatanes, on parle beaucoup moins, pour ne pas dire pas du tout, de leurs films d’horreur! Plutôt actif entre le milieu des années 70 et le début des années 80, le genre avait soudainement apporté la part obscure du studio, entre absence prononcée de bon goût et exploitation crapoteuse très inventive. Cruelle injustice que son oubli des amateurs du genre, qui ont bien reconnu depuis les fameux Category III qui leur succéderont, mais nettement moins ces précurseurs qui n’œuvraient d’ailleurs pas toujours du côté de la compagnie.

Dans ce couloir aux horreurs, deux courants: les films de magie noire ou de fantômes, très nombreux et volontiers ouvertement dégueu (la trilogie Hex, la dytique Black Magic, The Boxer’s Omen, The Enchanting ghost), et les autres, voguant entre Rape and Revenge (The Beast ou Kiss of Death) et films de psycho-killer divers, tels que Human Lanterns, Killer Snakes ou ce très (très) goutu Corpse Mania, sans doute le plus craspec du lot. Le réalisateur des déjà bien corsés Bewitched et Curse of Evil met en scène son Jack l’Éventreur à lui et abandonne toute idée de ce qu’on peut appeler plus communément de finesse. Mais n’exagérons pas non plus, Corpse Mania est aussi un sacré film d’ambiance.

Ouvrons le rideau: dans les années 30-40, un couple emménage dans une demeure sinistre. La femme semble manifestement malade et le mari se fait discret, à ne quasi jamais sortir de la maison. Par contre, sa vigueur au lit attire l’attention des commères du coin, qui n’hésitent pas à relayer la croustillante information. Jusqu’au jour où une odeur pestilentielle envahit la ruelle, obligeant la police à infiltrer les lieux: le locataire semble parti, et il ne reste que le cadavre décomposé de sa soi-disante femme. Malaise: le corps porte des traces d’outrages post-mortem répétés. Suivant un fil rouge bien tendu, un inspecteur de police se retrouve avec un nécrophile fraîchement libéré de l’asile sur les bras. Le visage enrubanné dans une écharpe, des lunettes noires sur les yeux et un couteau de boucher trop gros pour être vrai, le bougre se met alors à se défendre pour sauver sa peau… Bordel au bordel: la tenancière de la maison close du coin se sent d’ailleurs étrangement visée. Bref, voilà un splatter tordu comme on les aime, réservant quelques surprises inattendues et faisant gicler l’hémoglobine avec une générosité aussi suspecte qu’hilarante, en particulier au détour d’une chute de mannequin en mousse gorissime.

Malgré ses apparats asiatiques, Corpse Mania ressemble pourtant à un hommage à peine dissimulé au cinéma d’horreur italien, y mariant le maniérisme moribond et le bis qui tâche avec une démesure jouissive. Ruelles bleutées, brouillard plus toc que le toc, ouragan de feuilles mortes, vitraux en cascade et chambre rouge: les leçons de Papy Bava sont apprises, récités et appliquées avec beaucoup de soin, livrant des couleurs gothiques et baroques fort bienvenues sur un sujet 100 % racoleur. Les manoirs délabrés et poussiéreux où l’on aime secrètement la chair froide, les portes grinçantes à la tombée de la nuit, le vent traversant froidement les allées, les lanternes mourantes flottant encore dans la nuit: Corpse Mania nous plonge dans un bain exquis, quoique bien acide. Fuyant les scènes frontales de nécrophilie, le film n’hésite cependant pas à s’attarder sur les soins amoureux prodigués par le psychopathe, caressant les corps farineux comme des bijoux, ou sur la décomposition des macchabées, filmant avec complaisance des nuées d’asticots improbables et des chairs dégoulinantes en pagaille. Et là, c’est clairement un instinct tout fulcien qui rentre dans la danse. Les mannequins n’étant sans doute pas assez convaincants, on remarque que les actrices sont réellement couvertes de la tête au pied de diverses bestioles, ce qui sous-entend une belle ambiance sur le plateau. Qu’on se rassure, The Centipede Horror, tourné à la même époque, fera encore pire.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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