Quartier Interdit

Published on mars 28th, 2017 | by Thierry Conte

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QUARTIER INTERDIT. CAPITAINE ORGAZMO. Trey Parker, 1997

L’action se déroule à Los Angeles : un jeune mormon tout droit venu de l’Utah prospecte avec son ami pour essayer de répandre la parole divine dans un monde dépourvu de spiritualité. Après quelques déconvenues (une mamie souriante qui lui conseille de se foutre son bouquin au cul), il tombe dans la villa d’un producteur de film X (surnommé Maxxx Orbison) et l’interrompt alors qu’il est en plein tournage. Ce dernier envoie des gorilles lui casser la gueule mais notre jeune mormon possède un don que pas grand monde ne soupçonne: il est expert en kung-fu. Fasciné par cette faculté à filer des coups de tatane, le producteur flaire le bon poisson neuneu même s’il ne peut rien tirer de ses performances sexuelles (le bougre se fera doubler pour les scènes de pénétration). Et insiste pour que notre atypique protagoniste devienne Orgazmo, le super-héros de son prochain long métrage, soi-disant plus lard que cochon, dans lequel un crétin aux superpouvoirs doit contrecarrer les noirs desseins du terrifiant Spermix Zero. Le voilà flanqué d’une combinaison moulante, d’une ceinture en cuir, de vibromasseurs belliqueux et d’un partenaire retors. Seulement problème, notre héros mormon devait convoler incessamment sous peu avec sa copine (Robyn Lynne Raab) qui a une tête à porter des mocassins et à s’appeler Marie-Chantal. En même temps, grâce à la thune qu’il va se faire sur ces tournages, notre homme pense pouvoir lui offrir son nid douillet de rêve américain et assurer un mariage onéreux. Alors ? Alors, let’s go sexing.

Voilà une absurdité génialement insolente qui pourrait sans honte appartenir à une anthologie des films cons. Mais on était déjà averti de cette divine connerie par Cannibal the Musical, réalisé par le même Parker en 95 et dans lequel tout spectateur bizarrement constitué avait envie de fredonner que «le ciel était bleu et que toute la terre était verte» (comprendra qui pourra). Dans Capitaine Orgazmo qui devait également être à l’origine une comédie enchantée, Jésus, ses potes et le cucuritanisme ricain passent au hachoir sardonique de l’auteur, remonté contre la bienséance proprette d’un pays débordant de vulgarité. Là où d’autres s’attaquent à la politique et au social, Parker flingue la morale, la vraisemblance, la niaiserie. Le résultat est très drôle à condition de le considérer au millième degré. L’antithèse du virtuose Boogie Nights, de Paul Thomas Anderson est un rayon laser qui donne des orgasmes.

Au-delà des rires gras provoqués par cette comédie fornicatrice plantée dans un décor artificiel de porno californien (un peu comme si un morceau de Depeche Mode était parasité par des inserts de répliques pornos), Parker affiche une vraie prédilection pour les comics, plus précisément les serials des années 60, mais aussi la science-fiction, le cinéma bis et les kung-fu pian. Pourvu d’une multitude d’ingrédients issus de la contre-culture pour saloper ce couple de vieux jeunes américains modèles (les amoureux mormons), il fait rire bruyamment en se focalisant sur les éléments drôles des films pornos (regards vides, situations incongrues, indigence des réparties, nullité du jeu des comédiens) et en évitant de montrer une quelconque nudité (la copulation est hors champ). Même le vrai acteur porno Ron Jeremy doit se contenter de jouer la comédie dans un rôle crétin. Au même titre que Juli Ashton, actrice fétiche du hardeur Gregory Dark et Chasey Lain. Tout juste voit-on une paire de fessier masculin qui apparaît dans le champ pour simuler la censure. Inspiré de Flash Gordon dans les mimiques grotesques du super-héros abruti, Parker a inconsciemment ou non donné une matière à Austin Powers où les connotations licencieuses sont plus soft et où là aussi les attributs du personnage incarné par Mike Myers sont cachés par des ustensiles de cuisine ou plein d’autres subterfuges ingénieux. Un énorme faux raccord (une doublure de sexe masculin est noire alors que l’acteur est blanc) fait partie de ces incongruités.

A la manière des comédiens qui ont pour mission d’en faire des tonnes pour coller à l’esprit bisseux, les dialogues, décalés et triviaux, adoptent ce ton satirique. A la manière du récit schizophrène (la mise en abyme d’un film porno dans une comédie), les personnages possèdent tous une identité double. Par exemple, le Choda Boy (Dian Bachar, génial) est acteur X le jour et docteur scientifique loser la nuit. Au bout du périple, les personnages font corps avec des mythes (le frelon vert Orgazmo et le chaud Choda Boy deviennent respectivement des Batman et Robin) et acceptent leurs parties honteuses en explosant au passage tous les tabous bigots. A l’aune de la prière pseudo-moralisatrice du dénouement, le film se moque d’un certain cinéma traditionnel qui met trop de I dans son Q. Dans la fiction de Parker, le porno Orgazmo est un tel succès qu’il dépasse ET au box-office ricain. Ca devient un tel phénomène de mode que des poupées Barbie façonnées Orgazmo sont accessibles aux enfants et que les suites Orgazmo sont attendues. Regardez le cinéma d’aujourd’hui et vous ne verrez presque aucune différence. Mais surtout, ce qui le titille sérieusement, c’est ce système hypocrite où les extrêmes cohabitent.

Sa plus grande audace consiste en ces temps puritains à montrer une réunion finale entre sexe et religion. Bravo donc pour le happy-end dévastateur. A sa sortie américaine, Capitaine Orgazmo a été sévèrement classifié (NC-17), démontrant que son humour ne pouvait être compris et défendu que par un petit groupe d’amateurs décontractés du gland. Aujourd’hui, le cercle tend à s’élargir, d’autant que ses trouvailles héritées de Troma (le pistolet à orgasme qui a certainement plu à John Waters, la technique du hamster), ses moments burlesques (la course-poursuite dans la discothèque, la signification d’une DADV), ses dialogues (le «j’voudrais pas avoir l’air d’une tantouze») et ses caractères (les enculées de jumelles, les simili-Gipsy King de la fête comparés aux Depeche Mode) reviennent souvent dans les conversations de cinéphiles déviants. Moteur, savourez.

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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