Quartier Interdit

Published on décembre 19th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. AVE MARIA. Jacques Richard, 1984

Alors qu’aujourd’hui ce sont les cigarettes et les baisers homosexuels affichés en place publique qui donnent des suées aux emmerdeurs, dans les années 80, il suffisait de titiller les intégristes: shootée par Bettina Rheims, Isabelle Pasco apparaissait en 1984 crucifiée seins nus sur un mont Golgotha imaginaire. On adore, mais les grenouilles de bénitiers, beaucoup moins. SKANDAL. Étrangement, l’histoire retiendra cette image chic et choc, mais pas du tout le film dont il est question, pourtant loin d’être désintéressant. L’ironie, c’est que le long-métrage attaque évidemment les mêmes asticots venus brûler les affiches du film. Juste retour des choses donc.

Ave Maria, Ave Chaos? Un peu oui quand même. Pas un très grand film loin de là, car on ne s’improvise pas Luis Buñuel du jour au lendemain, calmons nous. N’empêche, Jacques Richard (à la carrière tout de même bien étrange) s’amuse sans complexe à conter une fable cruelle tout à fait intemporelle qui se voit et se revoit avec un plaisir quelque peu déviant. Au fin fond de la campagne française, un prêtre défroqué et sa compagne sèment le trouble parmi les paysans, entendant bien profiter de leur hospitalité et de leur crédulité pour les dépouiller. Mais d’une messe de fortune au fond d’une étable, c’est une petite secte qui commence à se monter, les deux larrons allant occuper la demeure d’un couple de fermiers bonnes poires. Leur fille Ursula, déjà bousculée par le fracas de ses idéaux religieux et son éveil sexuel, tente alors de leur tenir tête.

Isabelle Pasco dans le rôle de l’insolente y débutait une curieuse filmo chaos, traversant des titres improbables tels que Hors-la-loi avant de finir chez Greenaway et Beineix. Une présence et une plastique qui l’emportent ici sur son jeu d’actrice, écrasée il faut le dire par le surjeu apocalyptique du trio de fous de dieux. Quant Feodor Atkine ne joue pas les despotes, Anna Karina cabotine outrageusement en marâtre gueularde aux répliques hilarantes (TU VAS NETTOYER AVEC TA LANGUE! LÈCHE!) et Pascale Ogier, dont ce sera hélas le dernier rôle, pavane en nonne perchée, déclamant la liste des courses entre deux sermons avant de s’occuper amoureusement de ses poupons en plastique. Dans le casting de gueule à la Mocky, on croise un Philppe Castillon en épicier très heureux de faire l’inventaire de ses légumes, le corps scarifié par les barbelés.

En optant pour la caricature (du moins, on espère qu’il s’agissait du choix initial), Ave Maria fait oublier parfois le manque de lâcher prise dans la mise en scène, moins risquée il est vrai. Faiblesse d’écriture ou trouble volontaire, il y a aussi une vraie ambiguïté quant au parcours de l’héroïne, dont ne sait si elle se dérobe vers une révolte assumée ou s’il s’agit d’un pur geste de destruction quasi-suicidaire, avec un exorcisme final sous le sapin de Noël pas piqué des hannetons. Comme petit coup de trique anticlérical, on peut dire que Ave Maria fait son office.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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