Quartier Interdit

Published on avril 24th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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QUARTIER INTERDIT. ARIA. Jean-Luc Godard, Robert Altman, Ken Russell etc., 1988

Quoiqu’on en dise (boursouflure féerique, monument de mauvais goût ou chef-d’œuvre quasi-expérimental?), Fantasia, c’était quand même un peu du clip avant l’heure. Normal qu’en plein cœur des années 80, soit l’ère du music video, le concept revienne à la charge, mais cette fois dans un film live.

Dans Aria, on retrouve donc l’idée d’illustrer un morceau de musique classique, en l’occurrence d’opéra, avec des scénettes déconnectées les unes des autres. C’est plutôt sympa sur le papier et c’est carrément excitant quand on voit la somme de talents réunis, puisque chaque segment est signé par un réalisateur différent.

Parmi les pointures, Jean Luc-Godard, Nicolas Roeg, Robert Altman ou Ken Russell ont été invité pour mettre en image des pulsions d’amour et de mort, en totale liberté. Mega-chaos me direz-vous. À l’arrivée, et on en est un peu désolé, Aria n’est ni un ratage, ni un chef-d’œuvre, mais une très belle curiosité, qu’on a manifestement à l’époque très vite enterré.

Ce qui est très drôle – ou alors en fait pas du tout – c’est que les plus beaux ouvrages ne sont pas signés par les réalisateurs sus-cités, qui se débrouillent plutôt bien malgré tout. Le Rigoletto signé Julien Temple est peut-être le plus inattendu, le plus inventif et le plus étourdissant, classique histoire de vaudeville où un couple trouve le moyen de jouer les infidèles au même endroit, mais traité dans un faux plan séquence baroque, tenant autant de Black Edwards que de Fellini. Le réalisateur italien, prévu d’ailleurs dans le lot mais écarté à cause du tournage de Intervista, avait adoré. Et comme on le comprend!

On n’attendait pas vraiment non plus Franc Roddam au tournant, alors réalisateur de Quadrophenia et de La promise, qui signe un poème romantique à la chaleur des néons, où deux amants (dont une Bridget Fonda toute jeune) s’en vont mourir à Las Vegas. Vous prenez Coup de Cœur et Paris Texas, vous y ajouté une pincée de sensualité dépressive, et bam, vous avez un sublime Liebestod. La vergine degli angeli, et ses enfants fugueurs paumés dans une nuit suspendue, ravie également par sa plastique irréprochable, seul sketch en noir et blanc de toute le métrage. Ken Russell, fidèle à lui-même, se laisse aller à un sublime délire psychédélique dont lui seul à le secret et dont la signification – qu’on ne révélera pas – l’empêche de sombrer dans la gratuité. Et tout de suite, là comme ça, c’est quand même très beau. Altman signe un moment très «autre» et assurément chaos, qui choisit de filmer le public, alors composé d’aliénés crasseux, d’un spectacle au 18ème siècle, plutôt que ce qui se joue sur scène. Un moment très surprenant de la part du cinéaste américain !

Après tout ça, on revient à des choses tout de suite moins bandantes: Beresford et Roeg nous endorment avec des opérettes vieillottes (mais soignées, c’est déjà ça), alors que Godard se sert de Lully pour faire n’importe quoi. À savoir montrer deux nymphettes dénudées venir embêter des culturistes dans un moment très «installation contemporaine». À vous de voir si vous pouvez supporter la chose ou pas (ce qui vaut pour tout le cinéma de Godard évidemment). Derek Jarman fait ce qu’il faisait déjà beaucoup à l’époque: du 16 mm, Tilda Swinton, des images qui voltigent. On aura déjà tout oublié à la fin du film. I pagliacci, quant à lui, ouvre et ferme le film, et malgré son casting (John Hurt et Elibabeth Ward), s’effondre gentiment comme un château de cartes.

Rien de bien grave: nos yeux et nos oreilles auront été suffisamment charmé jusque-là.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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