Le coin du cinéphile

Published on mars 10th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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#449. PROMENADE AVEC L’AMOUR ET LA MORT. John Huston, 1969

Guerre de Cent Ans, printemps 1358 dans le bassin parisien en France, lors de la plus importante des jacqueries médiévales. Héron de Foix, étudiant, quitte seul Paris pour rejoindre la mer, promesse de liberté. Les chemins sont jonchés de cadavres, le seul paysan qu’il croise et avec qui il parle sera égorgé par les soldats pour lui avoir vendu du vin. Lors d’une étape au château de Pierre de Saint-Jean, il fait la connaissance de Claudia, à qui il demande d’être la dame qui veillera sur son voyage. De nuit, alors qu’il est sur la plage, près du but, il apprend que le château des Saint-Jean a été attaqué et brûlé par les paysans et ses occupants tués. Il fait demi-tour et retourne au château qu’il trouve détruit. Une servante lui apprend que Claudia est vivante, réfugiée non loin de là. Il va la rejoindre et ils reprennent tous deux la route, croisant toujours la mort.

Dans le fracas constituant sa filmographie éclectique, il est injuste de constater que les œuvres les plus intimes et les plus discrètes de John Huston n’ont pas toujours eu l’honneur de la réhabilitation. Sans doute est-ce cette même discrétion, voire même cette modestie, qui habitait Promenade avec l’amour et la mort et qui gêna tant les studios – Huston venait de passer deux décennies à aligner gros budgets et classiques instantanés. La Fox se retint même de sortir le film en Europe, dont la distribution fut à l’époque sauver in extremis par Les Cahiers du Cinéma. Malgré l’effort, rien n’empêcha le film de tomber dans l’oubli.

Il faut dire que Huston va a contre-courant et tente une sorte de dépouillement tout sauf hollywoodien: nul étalage de fric ou de stars à l’horizon, mais une authenticité surprenante et un naturel tranchant radicalement avec les récits moyenâgeux mis en scène habituellement par les studios. En ce sens, Huston se rapprochait plus du cinéma européen, filmant le moyen-âge comme le faisaient Bergman, Pasolini ou Rossellini. À la frontière du récit picaresque, le réalisateur de African Queen trimballe deux amants, Héron et Claudia (jouée par sa fille Angelica Huston, dont c’est le premier rôle), au milieu des turpitudes de la Guerre de Cent ans, qui opposait alors français et anglais. Lui est un étudiant traversant la France et rêvant de voir la mer, elle une noble dont on a rasé le royaume. Par un curieux effet de miroir, ce qui fut devient ce qui sera, avec des situations évoquant l’Amérique déglinguée des Sixties, ciselée par la guerre et les révoltes étudiantes. Les deux jeunes gens, d’abord entérinés dans leurs certitudes, vont s’opposer à ce qui les entoure en faisant la découverte d’un monde barbare où la violence profite à chaque camp et ensanglante un peu plus le paysage.

Huston ne glorifie rien n’y personne, ne cache ni la cruauté (une impitoyable scène d’écartèlement), ni le profit qu’en tire l’Église, qui apparaît sous les traits de pèlerins douteux et de moines fous. Cette France des jacqueries, du fanatisme et des massacres offre presque un tableau de fin du monde, complétée par la présence fantomatique de la peste, qui contamine les campagnes pour faire d’une ballade champêtre une gigantesque nature morte. Le contraste avec l’amour impromptu et sans espoir des deux héros n’en est que frappant, s’exprimant dans un grand romantisme, volontiers morbide, qui s’en va chuchoter aux oreilles quelques rêveries impossibles. Ultime geste atypique, Huston en oublie le pathos dont on frappe habituellement les amours mortes: la conclusion, abrupte, porte le souffle tragique au delà des images, et hante jusqu’à la fin du générique avec une élégie mémorable signée George Delerue. Voir la mer et mourir. Ou plutôt ne ne pas la voir et mourir. Se l’imaginer, une dernière fois.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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