Carré Rose

Published on avril 3rd, 2018 | by CHAOS REIGNS

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PIERRE EMÖ, PORNO CHAOS

Muse du réalisateur porno arty Noël Alejandro, avec qui il met en images une sexualité esthétique, un sentimentalisme à fleur de peau, mais qui baise quand même et pas qu’un peu #edgarallanporn. Instagrammer à moustache le plus liké de notre terre bleue comme une orange. Acteur de la scène queer inspirée chez les berlinois de Pornceptual, prochainement chez Bruce Labruce (IT’S NOT THE PORNOGRAPHER THAT IS PERVERSE) et Yann Gonzalez (UN COUTEAU DANS LE CŒUR). Et donc entité chaos de premier choix lorsqu’il s’agit de nous recommander des films qui stimulent en bas comme en haut. Here comes les 10 pornos chaos préférés de Pierre Emö!

INTRO: Geoffroy Christ De Denis
PHOTO: Philippe Vogelenzang / Ferry van der Nat

Querelle de Rainer Werner Fassbinder (1982)
Le diable est dans les détails et il suffit d’un filet de salive coulant des lèvres de Nono sur le trou du cul de Querelle pour embraser la pornographie incandescente du film. La beauté transpirante des marins, la mécanique de leurs corps huilés, la démesure de leurs formes. Fassbinder dans le spectre poétique de Genet et dans l’ardeur visuelle de Tom of Finland, dans un monde où le grossier côtoie le beau, pour se culbuter impétueusement dans le sublime.

Bijou de Wakefield Poole (1972)
Dans un paysage pornographique où tout est encore à faire, Bijou pose les bases d’un art porn avec une audace et une sensualité sans pareilles. La salle de cinéma dont il est question dans le titre est un équivalent porno de la boîte de Pandore (ou de l’école de danse dans Suspiria): musique classique, imagerie symbolique, colorimétrie démentielle, une sorte d’extase pure.

Les rencontres d’après-minuit de Yann Gonzalez (2013)
Sans doute personne au monde que Yann Gonzalez a cette foi inébranlable en la beauté pornographique des mots. La Chienne, L’Étalon, La Star, L’Adolescent… tous ses personnages usent d’un registre de langue bien à part. La crudité est le langage instinctif et désarmant par lequel ils décrivent leurs états intimes, leurs aspirations profondes, leurs rêves indicibles. L’audace et la fragilité se conjuguent dans un processus de dénuement à la sincérité bouleversante.

Penis Poetry de Antonio da Silva et Andre Medeiros Martins (2017)
Poème pornographique dont la littéralité pourrait être a priori potache mais s’avère en réalité curieusement poignante. Loin de circonscrire le désir en le cantonnant à un seul objet (la queue), Antonio da Silva effectue une digression de sa pensée sexuelle vers ses aspirations poétiques, esthétiques, artistiques. Une queue est belle à en pleurer quand on la désire, et ce que la bienséance rangera du côté de la misère sexuelle, d’autres le recevront comme une éternelle fontaine de jouvence et le vivront comme une folle histoire d’amour.

Équation à un inconnu de Francis Savel aka Dietrich de Velsa (1979)
Les plans culs se suivent et s’enchaînent dans une série de fantasmes auxquels se livre un héros esseulé. Happé par la mélancolie de leur caractère éphémère, ils les convoque pour une scène d’ultime jouissance dans la froideur moite de sa chambre. Les garçons entrent en scène, ils se déshabillent en rang devant un mur blanc, la mélodie du film, pénétrante, presque cérémonieuse, finit de déployer cette mélancolie dont le film entier s’imprègne totalement pour faire sur l’autel du désir son lit et son domaine.

Call me a ghost de Noel Alejandro (2017)
Noel Alejandro suit une voie bien à lui dans le porno actuel. Il emmène le désir dans sa part métaphysique, et par un montage souvent ingénieux fait briller les absences, les zones d’ombres, et l’invisible pour mettre en valeur la sexualité, traitée d’égale à égale avec la sentimentalité. Habituellement, c’est au début d’un film que les personnages et placent la situation, dans Call me a Ghost cela arrive après, et curieusement, rien que par cela, la tonalité et le sens du film en sont uniques.

Falconhead de Michael Zen (1976)
Une ouverture où les cinéphiles les plus fous verront l’escalier du Cuirassé Potemkine, l’homme à tête d’oiseau de Judex et un miroir tout droit sorti d’un film de Jean Cocteau, Falconheard décline une certaine variété de motifs, qu’ils soient artistiques ou purement cul, et suffisamment singulièrement pour que l’on s’en fascine de toutes parts. Des miroirs que les narcisses lèchent pour mieux s’y perdre, jusque dans leurs pratiques à tendances sadomasochistes, où l’usage veut que l’on crache pour faire briller le cuir, en passant par des morceaux de Tangerine Dream en soundtrack.

While the unicorn is watching me de Shanti Masud (2014)
Shanti Masud exhume nos fantasmes vintage porn les plus fameux (Kenneth Anger et Derek Jarman) et les fait revivre le temps d’un film. Elle les fait fleurir dans un jardin de plaisirs sans fin et les sublime dans une rêverie en super 8. L’illusion est parfaite, l’émotion totale, et laisse en bouche un goût exalté.

Que le diable nous emporte de Jean-Claude Brisseau (2018)
La candeur de ses intrigues, le caractère primesautier de ses personnages, la présence habitée et mystérieuse de Fabienne Babe sont un écrin de sensualité. Dans le monde de Jean-Claude Brisseau, les désirs les plus intimes des personnages glissent à même leurs corps et se transmettent d’un esprit à l’autre dans une simplicité et une beauté confondantes. Même lorsqu’ils sont sombres, comme le monologue haletant, troublant et Sadien en diable, de Fabienne Babe.

Un chant d’amour de Jean Genet (1950)
Jean Genet fait sourdre des murs d’une prison et d’une époque où l’homosexualité est considérée comme une pathologie le chant d’un amour entre deux détenus, enfermés et esseulés, comme bien des personnages de Jean Genet. Des personnages à qui l’on doit tant, de parvenir à composer si bien et avec le peu qu’ils ont les virtualités d’existences, les échappées poétiques, les parades à la noirceur du monde, et bien sûr l’érotisme audacieux qui font l’essence de l’œuvre de son auteur.

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