Photomaton

Published on octobre 16th, 2016 | by CHAOS REIGNS

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PHOTOMATON #10 : PIERRE-LOUIS GARNON

image1La rubrique PHOTOMATON met en lumière ceux qui font le cinéma. Dixième invité: PIERRE-LOUIS GARNON

Quelle est votre profession?
Producteur.

Quel est votre parcours?
Après le bac, j’ai fait une prépa math sup mathé spé puis une école d’ingénieur – Les Arts & Métiers. J’y suis rentré grâce à un holdup en langues et un 3/20 en coefficient majeur, ce qui aurait dû tout de suite m’alerter sur ma légitimité à concevoir des algorithmes ou des lanceurs pour l’espace. Pour mon premier job, je suis parti comme ingénieur dans une usine de laine de verre en Pennsylvanie et j’ai définitivement constaté qu’il fallait que je change de vie. J’ai donc tenté le concours de la Fémis en département production depuis ma campagne américaine, et quelques semaines plus tard, je suis arrivé rue Francoeur pour découvrir le monde du cinéma. Six mois avant la crise des subprimes qui a définitivement coulé l’usine où je travaillais. En 2010, j’ai frappé à la porte des Films Velvet, la société de production de Frédéric Jouve. Je devais y faire un stage de deux mois et, comme c’est une société formidable, j’y travaille depuis six ans. En 2013, j’ai été le lauréat de la bourse producteur de cinéma de la fondation Lagardère.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
La sortie de Willy 1er le 19 octobre en salle, le premier long métrage que j’ai produit. Un premier film tout à fait surprenant réalisé par quatre jeunes réalisateurs bourrés de talent – Zoran & Ludovic Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas – et dont je suis très fier. Présenté à l’ACID à Cannes, prix d’Ornano du meilleur premier film 2016, et récemment Prix du Public et Prix du Jury au festival de Groland. Et le développement et le financement des prochains, évidemment.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
En bon enfant des années 80, indéniablement le cinéma de Spielberg et Zemeckis dont je garde un souvenir de plaisir de spectateur très fort, assis sur les fauteuils rouges du Vox à Strasbourg. Forrest Gump, que je suis allé voir cinq fois au cinéma, me fascinait totalement. La musique, les grands espaces, sa naïveté et son optimisme viscéral. Et les comédies françaises populaires de Gérard Lautner, Philippe de Broca, Francis Veber pour ne citer qu’eux. Francis Veber qui en l’espace de cinq ans a quand même tourné La Chèvre, Les Compères et Les Fugitifs ! Puis j’ai poussé la porte de l’Odyssée, à quelques mètres du Vox, et j’ai découvert un autre cinéma. Les frères Coen, Billy Wilder, Alain Corneau, Pierre Salvadori. Puis Jacques Audiard, Arnaud Desplechin, Quentin Tarantino. En références inavouables, je revendique aisément Dumb et Dumber des frères Farrelly ou The Rock de Michael Bay, dont la finesse des dialogues ne s’apprécie à sa juste valeur qu’en VF. Avant tout, plus que des cinéastes ou des films, c’est l’envie d’être à l’origine de ce plaisir chez le spectateur qui m’a donné envie de devenir producteur. Et le constat très simple que la plus belle manière de rentrer au cinéma c’est par l’écran, aux côtés d’un réalisateur.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?

Le 19 octobre prochain, j’espère. Conscient et confiant.

Quel est votre pire souvenir professionnel?
Cette question fait très bilan de vieux briscard, je m’interdis donc d’y répondre par dogmatisme de trentenaire. Et j’ai surtout trop d’intérêt à ne pas le dévoiler.

Citez-moi quelqu’un de bien/pro/formidable dans ce métier si cruel?
J’entendais un acteur dire récemment que la vraie performance dans ce métier c’est de durer. C’est très vrai. Faire un bon film, faire un succès, ça peut arriver. Faire des bons films, faire des succès, pendant 10, 20, 30 ans, ça c’est formidable. Aux rangs de ces «performers», Noémie Lvovsky ou Pascale Caucheteux sont assez saisissants chacun dans leur domaine. Ils ont ce mélange de constance indiscutable dans l’excellence et d’intuition qui leur permet de surprendre, de ne pas être exactement là où on les attend. Denis Podalydès, que je ne connais pas, est fascinant pour les mêmes raisons.Cette notion de long terme est aussi vrai pour tout un tas de gens de l’ombre qui font beaucoup de bien pour nos métiers: les exploitants Arts & Essai impliqués qui passent leur vie à montrer des films et façonner des regards, les profs qui amènent des générations d’enfants et d’ados découvrirent des films différents en salle par exemple. Des passions bien plus efficaces que Hadopi.

Ce que vous avez fait de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Dans la série des anecdotes avouables, transporter dans un célèbre cimetière parisien la fausse tombe non autorisée et fabriquée pour l’occasion d’une icône du rock résidente du lieu. A l’aurore, à courir avec le réalisateur dans le brouillard automnal pour ne pas rater la lumière, tout en évitant soigneusement les gardiens dans les allées. Et à finir par se perdre bien sûr entre les tombes d’inconnus et d’un compositeur baroque allemand franchement célèbre, 40 kg de bois et de papiers mâchés sur l’épaule. Un souvenir romantico-professionnel tout adolescent. Chaos.

A quel film ressemblera le monde de demain?
J’’espère sincèrement qu’on ne sera retrouvera pas un jour dans le scénario de Wall-E, ce qui serait pour le coup irrémédiablement chaotique. Pas tant pour la déambulation voltairienne et apocalyptique d’un adorable robot que la perspective glaçante de devenir une peuplade molle d’obèses asservis et écervelés. Mais si la fin du monde doit approcher, je préfère l’attendre avec ma femme et mes enfants dans un boui-boui de quartier en écoutant Don’t Stop Believing de Journey comme Tony Soprano, avant que le grand noir n’arrive. A rêver que le monde aurait pu être un film en costumes de Jane Campion avec Steve Carrel et Greta Gerwig sur Tomorrow is A Long Time de Bob Dylan. Ou de Michel Hazanavicius avec Zabou Breitman et Vincent Lacoste. Le meilleur des mondes…

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