CHAOS 2.0

Published on mai 4th, 2016 | by Romain Le Vern

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« ON VOUS MENT ! » : UN FESTIVAL QUI NE MENT PAS

festivvssALERTE CHAOS. Le festival On Vous Ment! mettra à l’honneur du 27 au 29 Mai 2016 à Lyon le genre documenteur, explorant ses origines et ses films cultes. Pour en savoir plus, nous avons demandé au serial-menteur NICOLAS SEBASTIEN LANDAIS, frère jumeau de S.C.R.I.B.E. ami du chaos pour la vie.

C’est quoi le festival On vous ment?
Nicolas Sébastien Landais: C’est un Festival complètement fauché qui essaie de faire mieux connaître le genre documenteur au plus grand nombre. C’est un genre que Matteo (co-créateur du festival) et moi adorons depuis longtemps et qui possède une force narrative ultra intense. Il n’existait pas encore de Festival dédié à ce genre en France, ça nous a poussé à nous jeter à l’eau. Pour rappel, les Documenteurs ce sont des films de fiction qui prennent l’apparence de documentaire ou d’images non fictionelles. On a décidé de les accepter sous trois formes : Les Faux documentaires/ Les mockumentaires/les found footages. Au passage je tiens à préciser à tous ceux qui appelent Docu-fiction les documenteurs qu’ils emploient le mauvais terme : Une docu-fiction c’est un film documentaire qui possède des passages sous forme de fiction, pour mieux servir son propos. C’est un peu l’inverse d’un documenteur en fait.

On nous ment vraiment?
Nicolas Sébastien Landais: Il y a un paradoxe terrible aujourd’hui, parce qu’à la fois il est de plus en plus difficile de mentir publiquement, on vit à l’époque de la transparence, du fact checking, dans une société de l’information de masse, mais qu’en même temps, c’est cette même profusion de l’information, démultipliée par les réseaux sociaux, qui empêche de la traiter correctement, c’est-à-dire de vérifier, non seulement sa véracité, mais aussi sa pertinence et le contexte qui permet son émergence, puis ensuite de l’assimiler correctement. C’est pour cela qu’aujourd’hui, les contours de nos savoirs individuels semblent très flous. On croit savoir en vérité d’avantage qu’on ne sait. Et c’est aussi la raison pour laquelle, je crois qu’on est tant sujets de nos jours à la manipulation, tant clients, surtout chez les jeunes et c’est dramatique, des théories du complot les plus délirantes. Dans tous les cas il en résulte que l’information et la fiction sont de plus en plus indissociables et par conséquent la fiction et le documentaire. On Vous Ment présente des films de fiction qui se font passer pour de l’information documentaire. Les documenteurs vont finalement au bout de cette logique pour mieux en révéler les artifices et les problématiques. Et donc finalement, Le Festival On Vous Ment vous ment moins que l’époque dans laquelle il s’inscrit, ou alors il vous ment mieux : c’est-à-dire que vous prenez directement part au mensonge, vous n’êtes plus le spectateur passif de la « fabrication du consentement » (Noam Chomsky), vous êtes cette fois acteur conscient soit que vous vous laissiez duper plus que de raison pour mieux savourer le documenteur, soit que vous vous amusiez à débusquer le mauvais acteur, le mouvement de caméra improbable, l’incohérence logique qui va révéler la nature fictive du film. C’est ce dernier réflexe, par essence naturel, de chercher l’erreur, de chercher « la fiction dans la fiction » que le documenteur nous permet d’appliquer à des films présentés comme de simples énoncés factuels. Et partant, j’ai l’intime conviction qu’en faire l’expérience, c’est acquérir une meilleure lisibilité de l’ensemble de l’information dont on est chaque jour abreuvé, c’est comprendre comment on peut se laisser manipuler par la technique et la dramaturgie.

Le mensonge c’est chaos?
Nicolas Sébastien Landais: Savoir bien mentir, avec fourberie et malice, c’est totalement Chaos! Voilà un don rare qui n’est pas donné à tous les réalisateurs et il faut dire que le résultat est en fait assez rarement convaincant. On a eu beaucoup de plaisir, avec les programmateurs de l’équipe, en visionnant les œuvres qui se prêtent à ce jeu, qui se bâtissent sur ce péché originel, et qui s’approprient chacune à sa manière les notions de réel et de fiction. Au passage, il faut savoir qu’un documenteur, ça ne veut pas forcément faire croire à son mensonge. Il y a par exemple les Mockumentaires, comme C’est Arrivé Près de Chez Vous ou Spinal Tap, dont les auteurs sont bien conscients qu’ils ne font pas illusion, et ils s’en foutent éperdument! Les mockumentaires sont avant tout élaborés dans un esprit de satyre de la télévision, des médias et de leur rapport à la société. En plus d’être souvent très drôles, ce sont des critiques potaches du système médiatique, avec une analyse influencée par le concept de la Monoforme tel que décrit par Peter Watkins ou encore par le fameux « The medium is the message« de McLuhan. Cependant, à mes yeux, rien ne paraît plus incroyable qu’un bon mensonge, si bien maîtrisé qu’il trompe même le spectateur averti. Un mensonge qui nous ouvre la porte d’un monde noir, magique ou déjanté, et auquel, dans notre soif de divertissement, dans notre quête de rêve ou même dans notre vision fantasmée de la réalité, nous sommes prêts à adhérer sans hésiter. Reste à savoir bien sûr, si c’est un mensonge créatif, qui cherche à explorer nos consciences, à les questionner, à les ouvrir, à exploser les lignes, ou s’il cache un agenda politique et idéologique, s’il cherche au contraire à nous embrigader dans sa conception du monde, à nous rendre aussi naïfs que paranoïaques, et là bien sûr on touche à la galaxie complotiste. Se confronter au mensonge, c’est voir naître un million de questions urgentes: la société du spectacle nous aurait-elle si bien formatée qu’on serait capable de croire à l’improbable à cause d’un simple effet de montage ? Pouvons-nous avoir encore foi en la force de la réalité à l’heure où on essaie à tout prix de l’augmenter? Quand est-ce que la fiction commence? Pour conclure, je dirais qu’être trompé, c’est finalement ce qui peut nous arriver de mieux aujourd’hui au cinéma. On voit tellement de films ennuyants, lisses, qui cherchent à ménager tout le monde ou à réemployer encore et toujours les mêmes schémas éprouvés, qu’une véritable œuvre, une œuvre chaos, devrait elle s’attacher à savoir nous mentir en nous regardant au fond des yeux.

niccoc

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



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