CHAOS 2.0

Published on mai 23rd, 2018 | by Gilles Botineau

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On a passé la soirée avec Damien Blanc

Jeune réalisateur (indépendant) au bagou détonnant, Damien Blanc est ce que l’on appelle un sacré numéro. Qu’un de ses projets patine par souci de financement ou que Will Ferrell fasse mine de l’ignorer, rien ne l’arrête. Il fonce, et ose. D’autant qu’avec lui, tout, absolument tout, en lien avec sa vie – principalement ses emmerdes – est susceptible de devenir un jour le sujet d’un film. Récemment, le trublion a choisi de s’attaquer ni plus ni moins qu’à la Cinémathèque française, laquelle l’a oublié (!) dans le cadre d’une rétrospective consacrée à la mémoire du Septième Art. En résulte ce nouveau documentaire (ou documenteur, à vous de voir), Barouf à la Cinémathèque, où se mêlent Frédéric Bonnaud, Charlotte Rampling, Thierry Frémaux… et même Wim Wenders ! À découvrir d’urgence. Cela nous a en tout cas donné envie de le rencontrer, afin d’en savoir davantage sur cet étrange personnage.

Rendez-vous fut donc pris avec Damien Blanc, un vendredi soir, direction le Cantada Bar Rock – dans le cadre du GloryLOL Cinéma Club, festivités mensuelles dédiées à la comédie au rayonnement international – pour un entretien à l’image du bonhomme, décalé au possible, et ce, sans jamais réussir à déceler la frontière entre mensonges et vérités (à quelques exceptions près). Bref ! Damien Blanc, du culte « puissance mille » en devenir ! L’homme m’attend à l’entrée, deux pintes à la main. Il m’en offre une. L’intérieur du bar étant blindé, nous nous installons près d’une poubelle, qui fait alors office de table. On se croirait presque dans un film de Damien Blanc. En somme, l’agencement idéal pour une discussion le concernant.

Né en Suisse il y a une trentaine d’années, l’artiste, à l’entendre, ne semble vivre que pour le cinéma : « Faut dire que j’ai eu des parents totalement inconscients, qui m’ont par exemple laissé voir Seven en salle lorsque j’avais onze ans ! C’est le genre de trucs qui marque… Comme tous les films de Jean-Marie Poiré, d’ailleurs, que j’ai vu sous vitamine C à l’époque ! Je suivais une cure… »

La majorité atteinte, c’est à Paris qu’il décide de poser ses valises, pour faire carrière. Parce que la Suisse, c’est sympa, mais « pas assez Suisse » à son goût : « Là-bas, quand ils montent un film, ils prennent généralement des acteurs français. Il n’y a pas d’acteur suisse dans les films suisses ! C’est triste… »

Ainsi, la France correspond mieux à ses convictions et désirs, encore que l’idée d’aller se prostituer dans une émission de télévision où on ne parle pas vraiment de cinéma le rebute (coucou Hanouna!). Sauf que nous n’en sommes pas là, et, tout en gardant un œil sur cette hypothétique destinée, Damien Blanc use du Système D à gogo. Ses nombreux scenarii ne parvenant pas à trouver grâce aux yeux des producteurs, cet être farfelu en vient à mettre en scène ses propres galères, soutenu par une petite équipe de fidèles. Sa façon à lui d’avancer coûte que coûte, et de concevoir des films… autrement : « La tendance DOIT changer. Et nous y arriverons. Car sans ça, cela va être difficile pour notre génération d’exister dans ce milieu, puisque les portes restent fermées. Mais, regardez : il y en a qui sont plus jeunes que moi et qui, déjà, font des films autrement. Aujourd’hui, on peut en réaliser avec trois fois rien, et les distribuer ensuite sur internet. Puis, avec de la chance, ils sont achetés en VOD par… soixante-trois personnes, disons ! À condition d’avoir une grande famille, bien sûr. »

Au-delà des messages – souvent proches du coup de gueule – qu’il véhicule sur les dessous de la profession, Blanc ne rechigne pas malgré tout à voir le côté positif également, et intègre régulièrement d’éminents collègues, de gré ou de force, face à lui, tels Michel Gondry, Claire Denis, Gregg Araki : « J’aime braquer ma caméra sur eux, oui. Alors, je ne sais pas ce que cela signifie… Peut-être que je ne suis pas suffisamment attiré par les acteurs ? En revanche, j’aime beaucoup les actrices ! » Parmi celles avec qui il ambitionne de tourner, citons Anne Alvaro, Nathalie Richard, Solène Rigot… et Nabilla ! Des goûts on ne peut plus éclectiques. Cependant, il ne tient pas s’appesantir sur la question, car il vient d’être fraîchement mêlé à la vague Balance ton porc ! C’est le comédien Albert Delpy qui l’aurait accusé. Une sombre affaire dont il se remet progressivement : « Je ne dis pas que je n’ai rien fait avec lui ! Mais j’affirme qu’il était consentant… La gérontophilie est un point que l’on n’aborde pas suffisamment au sein du cinéma français. C’est pourtant une pratique comme une autre ! » Silence gêné.

Si demain, enfin, on lui proposait de signer son premier long, Damien Blanc voit parfaitement à quoi celui-ci ressemblerait : doté d’un ton libre, et où n’importe quelle blague pourrait être exhibée… sauf les « méchantes » : « Parce que j’ai beau foutre la merde à la Cinémathèque, braquer la Fémis, etc. Je suis d’abord bon enfant ! »
Voilà, c’est exactement ça, Damien Blanc.

Notre dialogue est interrompu par une annonce. La soirée GloryLOL Cinéma Club débute. Le réalisateur monte sur scène afin d’y présenter une série de tutoriels intitulés : Comment faire un film fauché. Tout un programme. Seulement, à peine prend-il la parole que le gérant des lieux l’interpelle :

Le patron, narquois : « C’est quoi cette coupe de merde ? »
D. B. : « C’est salaud, ça ! Jamais on aurait dit un truc pareil à Godard… »

On se croirait toujours dans un film de Damien Blanc. Ce type est définitivement génial.

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