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Published on mars 13th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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MYLÈNE FARMER, TOUT EST CHAOS

Mi Maman-martyr, mi ange gardien d’amour dans Ghostland, Mylène Farmer fait un sacré retour au cinéma chaos. À replonger dans les grandes années de la chanteuse, tout préparait et rien ne contredisait un saut chez Pascal Laugier. Scandaleuse, sanglante, novatrice, cocasse, monumentale: tout est chaos en 10 points.

1. Plus grandir: A y regarder de plus près, tout Ghostland tient dans ce Plus Grandirsuspendue au lit comme une poupée, qu’on a désarticulé»). Étrangement, le clip a beaucoup moins marqué sa génération que tous les suivants, Boutonnat y appliquait pourtant déjà sa grammaire cinématographique, son goût pour le morbide et les situations sulfureuses. Fille-femme, femme-fille, Mylène encore brune refuse de grandir dans un château poussiéreux, torturée par des nonnes naines (dites-le très vite!), violée durant un orage ou fracassant sa poupée qui n’en demandait pas tant. On pense à Franju, Buñuel ou Ken Russell. En somme, rien de catholique. Projeté en avant-première aux Champs-Élysées, le clip aura cependant plus de mal à se montrer à la télé. Eh oui, déjà…

2. California: Hors Lolo Boutonnat, on sait que la chanteuse a toujours slalomé entre les réalisateurs talentueux pour les besoins de ses nombreux clips. Qui d’autre qu’elle serait allé chercher Pascal Laugier, Ching Siu Tung (le réalisateur de Histoire de Fantômes chinois), Luc Besson ou Agusti Villaronga (pour un clip assez raté, avouons-le)? En France, personne. En 1996, son association avec Abel Ferrara pour illustrer une de ses meilleurs chansons donne lieu à une fable pute et urbaine, où une bourgeoise esseulée se découvre un sosie traînant les pieds sur les trottoirs, comme si le new-yorkais barjo avait soudainement eu envie de retourner La double vie de Véronique à sa sauce. Mais aussi de ressusciter Zoe Lund par la voie de Farmer. C’est évidemment somptueux et tragique. Et quelle chanson…

3. Mon Zénith à moi 1987: «Je n’avais de cesse de séduire le prêtre qui donnait le catéchisme» / «j’aime la violence et j’aime la regarder» / «je n’aime pas du tout la variété française». En quelques phrases, Mylène Farmer se plaçait très haut dans les artistes chaos de l’époque, généralement plus pop et acidulés. Une interview donnée à Michel Denisot idéale pour cerner toute la richesse et la bizarrerie de l’artiste, alors accompagnée d’un singe qui manque de lui bouffer les doigts avant d’être rejoint par l’immense Zouk: images d’exécution publique soigneusement choisies et extraits de The Devils ou de Requiem pour un massacre (qu’elle adore). C’est pas Julie Pietri qui aurait fait ça!

4. Télé poubelle: On a très souvent dit que l’ange roux n’était pas fan des plateaux télés, évitant la médiatisation à tout prix, vivant heureuse et cachée dans sa crypte… au contraire, la star fut très présente dans les années 80 sur les plateaux tv, pas forcément pour le meilleur, avant de préférer la carte de la discrétion dans les 90’s (le changement de manager Bertrand Lepage alors y était sans doute pour quelque chose). Résultat, il y a aussi des casseroles comme ce playback improbable de Libertine effectué entre deux transat où Mylene bondit à s’en briser le cou devant mamie jacob qui barbote dans l’eau.

5. Désenchantée et l’ère de «L’autre»: Gavroche de pacotille, fantôme de femme farineux, moins que rien, Mylène se balance toute seule dans un Goulag imaginaire où les miséreux renversent leurs bourreaux pour filer droit vers nulle part. Spectaculaire, radical et toujours d’une choquante beauté, le clip monumental de Boutonnat annonçait définitivement une nouvelle ère sensationnelle pour la jeune femme. Quand à la chanson, hit dance aux relents amers, elle n’a tout simplement pas bougé. Dans le même bassin, on l’a verra boxeuse de mec en JP Gaultier (Je t’aime mélancolie), amante impossible de Jean-Louis Murat (Regrets) ou sorcière cannibale vouée au bûcher (hallucinant Beyond my Control). Tout est chaos, always.

6. La saga Libertine: Un titre, oui, coquin et conquis. Un clip aussi. Scope qui dévore tout son passage, reconstitution luxueuse façon panpan cucul, du sang partout, du catfight, du nu intégral: aujourd’hui, plus grand-chose ne passerait. Barry Lyndon à la sauce Laclos, Lady Oscar mâtiné de Sade, Libertine est un mini gros budget dont l’affiche hantait alors les Champs-Élysées où il fut projeté. Qui aurait cru qu’une française défierait Michael Jackson ou Madonna sur ce terrain-là? Bref, encore un modèle brillant, et une suite, le tout aussi énorme Pourvue qu’elles soient douces, encore plus tout partout (plus long, plus violent, plus fou, plus cher…). Allez, on ne résiste pas à la perspective de vous lancer la version anglaise (jamais éditée) de Libertine.

7. Le live «Avant que l’ombre»: Les ouvertures de concert chez Mylène, on les connaît et on les attend. Pinacle de ce concert rouge comme glaise, comme sorti d’un enfer rayonnant, et accompagnant pourtant un album bien fade, la belle surgit en sarcophage géant, ultime consécration d’une déesse pop. La tenue d’écorchée qu’elle portera plus tard durant le show, signée alors Jean Paul Gaultier, appelle déjà une douce filiation avec Martyrs. Pas de hasard quand tout est chaos.

8. Je te rends ton amour: Sans aucun doute le dernier coup d’éclat sulfureux de MF. A dix pieds du sol, Innamoramento posait les bases d’un nouveau virage, délaissé de certains oripeaux macabres passés. Peut-être Je te rends ton amour en est-il l’adieu, mais quel adieu aussi! Dans une abbaye où chuchotent les échos du malin, une belle aveuglée se donne à Lucifer, ensanglantée, tartinée, crucifiée. SKANDAL. Le clip est évidemment charcuté pour la télé, alors seulement diffusé en intégralité après minuit, mais rendu disponible in extremis en vhs. Ah les frissons de l’interdit…

9. Dernier Sourire: Imaginez une chanson de Farmer presque trop déprimante même pour ses fans! Même pour elle, à vrai dire. Figurant à l’époque sur une compilation d’artistes dédiés à la recherche pour le Sida, Dernier Sourire sera tout de même joué à la tv, Farmer y chantant sans détour les affres de la maladie comme les derniers instants de son paternel. Elle y retournera, toujours avec une belle émotion, durant son Millénium Tour. Sans aucun doute, l’un de ses titres les plus forts.

10. The Farmer Project: À la fin des années 2000, on pouvait encore se poser la question: Mylène est-elle encore la reine des clips? En guise de réponse, 15 minutes de sorcellerie SF réunissant en réalité deux singles très différents (Dégénération et Si j’avais au moins), entre electro sale pour l’un et ballade langoureuse pour l’autre. Comme au bon vieux temps, les moyens sont là et les images sont léchées jusqu’à l’excès, dévoilant l’ange roux en fée interstellaire dont le pouvoir suprême est l’amour. Contre les balles, une partouze, et franchement on ne dit pas non. Vient ensuite la déclaration d’amour inflammable pour la nature et ses créatures, que l’alien sublime sauve avant de disparaître telle une étoile filante. En bref, une belle manière de dire «je suis toujours là».

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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