L'invité de minuit

Published on août 24th, 2015 | by Romain Le Vern

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L’INVITE DE MINUIT #65 : STÉPHANE VANDERHAEGHE

Coucou! Il est minuit et, à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité : STEPHANE VANDERHAEGHE!

Invité sv chaos

charognardsQUOI DE PLUS CHAOS QUE STÉPHANE VANDERHAEGHE? Parce que, dans ces prochains mois, vous allez apprendre à orthographier correctement son patronyme CHAOS. Parce que maître de conférences à l’Université Paris 8, où il enseigne la littérature américaine et la traduction. Parce que son premier roman Charøgnards, qui sort le 3 septembre et que l’on peut se procurer sur le site de Quidam. Parce que son site s’intitule « A l’intérieur du crâne », qu’il est hautement CHAOS et de fait parfaitement recommandable. Parce qu’on vous souhaite une bonne découverte et de bons cauchemars.

Quel est votre rapport au cinéma ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Pour des raisons autant professionnelles que personnelles, je ne peux pas me passer de livres ou de texte ; d’une certaine façon, je vis avec et de la littérature. Mon rapport au cinéma, à l’inverse, est purement amateur et s’est forgé avec une bonne dose de dilettantisme ; et je dois dire qu’il s’est en outre pas mal distendu ces dernières années, faute de temps. J’entretiens donc un rapport complètement profane et assez lointain avec le cinéma mais pas aussi loin qu’il puisse être amené à disparaître. Paradoxalement, ce sont souvent mes lectures qui font à un moment ou un autre que je retourne vers le cinéma. Tel nom croisé au détour d’une lecture, telle référence, telle idée ou image au gré d’un texte, font affleurer certains films ou cinéastes que j’ai alors envie, de façon souvent très erratique, de découvrir ou de redécouvrir.

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu ? Si oui, lequel ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Non, absolument pas. Ça devait être un Disney, j’imagine, mais je me trompe peut-être (Rox & Rouky étant le premier dont je me souvienne, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu d’autres auparavant). De façon générale, j’ai une très mauvaise mémoire des films — c’est la même chose pour les livres que je lis, que j’oublie très vite, à moins de m’y replonger. Je sais que j’ai vu certains films, il m’arrive parfois de garder un souvenir assez vif de l’expérience en tant que telle sans toutefois être capable de dire le moindre mot de l’histoire, des personnages, des acteurs ou de la façon dont le film se termine par exemple.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Pour des raisons fort différentes, plusieurs titres me viennent à l’esprit. Le premier qui s’impose est Le Boucher de Claude Chabrol, que j’ai vu à la télé beaucoup trop jeune ; j’ai le souvenir d’avoir été fasciné et profondément dérangé par ce film que je n’ai jamais revu depuis et je vois encore le regard perdu de Jean Yanne, que j’imagine un couteau à la main sur lequel coule un filet de sang — une image certainement déformée par la distance et le souvenir. C’est sans conteste le premier film à m’avoir marqué durablement et, pour le coup, je parviens encore à situer vaguement l’histoire. Sinon, plusieurs films ont réussi à leur manière à me sortir des sentiers battus, à un moment où j’avais l’impression de voir toujours le même film en boucle ; il y a eu, dans le désordre, Lost Highway de David Lynch, The Pillow Book de Peter Greenaway, The End of Violence de Wim Wenders, Arizona Dream de Emir Kusturica, Pi de Darren Aronofsky ou encore Dogville de Lars Von Trier… Et puis, quand même, le Citizen Kane d’Orson Welles, découvert très tardivement, et cette impression que tout avait alors été inventé, sans oublier Metropolis de Fritz Lang, d’une rare beauté.

Un film qui a failli vous faire quitter une salle ou l’a fait pour de bon ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Je pourrais en citer plein si je n’assumais pas le fait d’être un spectateur très bon public… Mais j’assume pleinement. Et puis, par principe, je ne quitte jamais une salle de cinéma, de même que je ne lâche jamais un livre en cours de lecture, quand bien même l’expérience s’avère longue et fastidieuse.

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Je me souviens être tombé par hasard sur Bagdad Café de Percy Adlon à la télé il y a bien une dizaine d’années. Je ne l’avais jamais vu et la présentation que j’en ai lue n’a pas vraiment piqué ma curiosité. Je me le suis un peu imposé et, je ne sais pas si je peux parler de révélation, mais ce film m’a à la fois surpris et marqué.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un « avant » et un « après » un film ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Non, pas vraiment. Malgré de nombreuses révélations, aucun film n’a réellement infléchi mon parcours de cinéphile amateur, très éclectique et, oui, pour le coup, très chaotique et condamné à le rester.

Le film que vous emmenez sur une île déserte ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Je sens la question piège… Avec quoi je le regarderai, ce film, sur mon île déserte ? Si vous êtes en mesure de me fournir une réponse satisfaisante, alors je vous laisse en toute confiance choisir le film que j’emporterai.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma ?
Stéphane Vanderhaeghe :
Les paris sur l’avenir sont toujours hasardeux, mais je réponds oui, sans trop hésiter. On aime trop se raconter des histoires pour pouvoir s’en passer et le cinéma est depuis de nombreuses années le médium privilégié de la narration, beaucoup plus direct et immédiat que le roman, qui a fait son temps et dont l’époque est révolue. Mais comme le roman, quand bien même d’autres médias viendraient à remplacer le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui, je ne pense pas que le cinéma disparaîtrait pour autant. Il aurait alors tout le loisir d’explorer d’autres modalités, peut-être sous-exploitées jusqu’ici, de même que l’avènement de la photographie a pu permettre à la peinture de s’affranchir du postulat mimétique. Je suis assez d’accord avec la pensée de Walter Benjamin, pour qui chaque forme artistique s’évertue à produire des effets que seul un niveau technique supérieur peut permettre. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à la naissance du cinéma selon lui. Qui, à son tour, en visant d’autres effets, peut engendrer d’autres formes et pratiques artistiques (qu’on songe, par exemple, aux pratiques hypermédiatiques aujourd’hui). Ce qui, le cas échéant, n’implique nullement sa condamnation à plus ou moins long terme. Il y a parfois, dans l’obsolescence apparente, un charme et des virtualités insoupçonnés — du moins j’aime le penser —, et c’est aussi ce qui fait que le livre, par exemple, a encore de beaux jours devant lui, contrairement à ce qu’on a tendance à penser. Je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même pour le cinéma, quelles que soient les évolutions auxquelles il pourrait être soumis.

Le dernier film vu et aimé?
Stéphane Vanderhaeghe :
Je ne sais pas si c’est le dernier, mais pour sa sobriété et parce que la musique ne me laisse pas indifférent, je dirais Whiplash de Damien Chazelle.

fargoQUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film : Fargo,
des frères Coen, le premier qui me vienne spontanément, mais il y en aurait tant d’autres…
Une histoire d’amour : In the Mood for Love de Wong Kar-Wai
Un sourire : Obi-Wan Kenobi au moment où il décide de se laisser mourir face à Vador.
Un regard : j’hésite entre Droopy et Lauren Bacall
Un acteur : des performances d’acteur, plutôt : Kevin Spacey dans Usual Suspects, Leonardo Di Caprio dans The Basketball Diaries, Daniel Day Lewis dans Gangs of New York, Jack Nicholson dans Shining, Ewan McGregor dans Trainspotting, Peter Sellers dans Docteur Folamour, Edward Norton dans Birdman… Côté français, je me laisse toujours embarquer par Jean-Pierre Darroussin.
Une actrice : idem : Uma Thurman dans Pulp Fiction, Juliette Binoche dans Trois couleurs, Lauren Bacall dans Le Grand sommeil, Nicole Kidman dans The Hours, Natalie Portman dans Black Swan
Un clown triste : Jacques Villeret
Un début : La Soif du mal d’Orson Welles.
Une fin : l’esthétique finale de Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh
Un coup de théâtre : la fin de Usual Suspects
Un générique : ceux d’Hitchcock en règle générale, mais j’ai un faible pour les génériques de séries ; le dernier en date, celui de The Leftovers.
Une scène clé : classique, la scène des miroirs dans La Dame de Shanghai.
Un plaisir coupable : trop nombreux pour être listés.
Une révélation : Requiem for a Dream d’Aronofsky.
Un gag : Laurel et Hardy
Un fou rire : pas un film, mais la scène des funérailles dans la série P’tit Quinquin de Bruno Dumont.

Un film malade : Trainspotting
Un rêve : Prospero’s Books
Une mort : la mère de Bambi.
Une rencontre d’acteur : non, merci.
Une scène de cul : pour la violence avec laquelle elle frappe le spectateur et l’effet inverse de celui qu’elle produirait dans n’importe quel autre contexte filmique, la fellation en gros plan dans In the Cut de Jane Campion.
Une réplique: You talkin’ to me? (facile, mais j’ai une piètre mémoire des dialogues)
Un silence : celui qui ponctue Melancholia de Lars Von Trier lorsque l’écran vire au noir.
Un plan séquence : Orson Hitchcock pour faire simple et pour ne pas dire Birdman qui me vient spontanément ; il y en des très chouettes aussi visuellement dans Stalker de Tarkovski.
Un choc : Pi, d’Aronofsky
Un artiste sous-estimé : Bela Lugosi
Un traumatisme : l’émasculation de Méras dans Germinal.
Un gâchis : le nombre de films que je n’ai pas vus
Un souvenir de cinéma qui hante : Le Boucher de Chabrol.
Un film français : Pierrot le fou, Godard.
Un réalisateur : un seul ?
Allez, un second : non, sauf si je peux en ajouter un troisième.
Un fantasme : Dans la peau de John Malkovich.
Un baiser : euh… La Belle et le clochard ou Mulholland Drive ?
Une bande son : là encore, une série, mais la B.O. des Revenants par Mogwai.
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : la plupart des titres du groupe finlandais Magyar Posse, que j’imagine très bien sur des films des années 70 (l’influence d’Ennio Morricone aidant sans doute) ; ou Nothing Really Ends de dEUS.
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Calling you, Jevetta Steele, Bagdad Café
Un somnifère : j’adore Woody Allen, mais pour une raison qui m’échappe, je n’ai jamais réussi à regarder Manhattan sans m’endormir à un moment ou un autre…
Un frisson : Les Dents de la mer, souvenir d’enfance.
Un monstre : le Moby Dick de John Huston.
Un torrent de larmes : non, les yeux rougis en ressortant à la lumière parfois.

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



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