L'invité de minuit

Published on juin 3rd, 2015 | by Romain Le Vern

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L’INVITE DE MINUIT #43 : ALBERT DUPONTEL

Coucou! Il est minuit et, à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité : ALBERT DUPONTEL!

Invité Dupontel

QUOI DE PLUS CHAOS QUE ALBERT DUPONTEL ? En 1996, Albert Dupontel réalise Bernie, parcours d’un orphelin illuminé, en quête de lui-même, cueilli par l’amour fou. Trois ans plus tard, le « réalisacteur » creuse la même veine impolie avec Le Créateur. Le film qu’il préfère mais aussi un bide dont il conserve encore aujourd’hui un vrai trauma. S’il met alors la réalisation en stand-by, Dupontel cartonne en tant que comédien, notamment en prisonnier du temps, de l’amour et de violence dans Irréversible de Gaspar Noé. Conscient de ce que signifie être marginalisé dans la production ciné française, Dupontel défend autant les artistes radicaux que les jeunes auteurs tout en n’hésitant pas à s’aventurer avec la même conviction chez des cinéastes plus populaires. Et en tant que réalisateur, témoigne une fidélité et un amour inébranlables envers ses comédiens (Claude Perron, Hélène Vincent, Philippe Uchan, Nicolas Marié…).

Dans la plupart de vos interviews, vous citez les Monty Python comme sources d’inspiration et vous avez même dirigé les deux Terry dans Enfermés Dehors.
Albert Dupontel : C’est vrai. Terry Jones avait vu Bernie. Il m’avait envoyé une lettre. Je lui avais alors proposé de jouer dans Le Créateur et d’incarner le rôle de Dieu. Quand j’étais venu présenter le film à Londres en 2001, Terry était venu avec un copain ; et ce copain, c’était Terry Gilliam. Depuis, on est restés en contact. Tous les deux sont très curieux du travail des autres, très enthousiastes et très généreux. Je dirais plus particulièrement Terry Gilliam qui fait un cinéma très typique qui foisonne. Le personnage est à la hauteur des espérances. Le cinéaste fait des films forts et généreux, et quand je l’ai rencontré, j’ai vraiment vu un personnage en accord avec ce qu’il disait à travers ses films. Tout de suite, quand il a su que je faisais le film, il m’a dit qu’il viendrait faire une apparition en clodo. Et ils sont venus tous les deux. Autant dire que ça m’a vraiment touché.

Vous avez été impressionné par Brazil ?
Albert Dupontel : Je me rappelle que lorsque je suis sorti de la salle, j’ai eu un choc. De toute façon, Brazil est un film majeur, très décrié ; on ne sait pas pourquoi d’ailleurs. Brazil, c’est le Metropolis de Lang remis au goût du jour avec le côté malicieux de Gilliam. Ce travail de caméra, ces couleurs, ces personnages excessifs, Ian Holm au début du film, ce look absolument incroyable très années 50… On parle beaucoup de Jeunet pour les éléments rétro mais il ne faut pas oublier que Gilliam a souvent pris des éléments hors du temps pour les mettre dans un univers futuriste. J’ai dû voir Brazil deux trois fois en salle, puis Terry m’a donné le Criterion que je regarde souvent. Et puis, il y a eu une bataille hallucinante autour de Brazil qui a été très dure, non seulement pour la conclusion mais aussi le film qui a failli ne pas sortir. Fisher King m’a beaucoup inspiré pour la fameuse séquence des clochards dans laquelle Gilliam et Jones jouent dans Enfermés Dehors. Contrairement à ce que l’on dit, Fisher King n’est pas un film de commande parce qu’il l’a beaucoup réécrit.

Dans vos films, vous aimez confronter deux personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer.
Albert Dupontel : De toute façon, je pense que nous sommes tous dans une posture sociale. Ça commence à l’école où, en classe, vous avez 30 enfants totalement différents les uns des autres qui sont autant de réservoirs d’idées et d’imagination. A l’arrivée, on leur fait un enseignement unique. C’est la même chose avec la religion. La façon dont les individus font tout pour ne pas se rencontrer est impressionnante. Ça n’intéresse pas les gens qui dominent. Les religieux, les commerçants, les politiques… S’ils se rencontrent, ils deviennent juges, critiques et c’est une catastrophe. Savoir qui conditionne en revanche, c’est l’affaire des puissants. La bagarre du monde aujourd’hui, c’est ça : qui dirige? Les gens n’imaginent pas à quel point ils font la société. La sensation de pouvoir est donnée par des gens qui s’expriment essentiellement à la télévision. Regardez l’importance que les médias donnent au pouvoir. Tout simplement parce que les médias sont fascinés par le pouvoir. Il y a deux bagarres en sommeil : médias et pouvoir. Généralement, à la sortie d’un film, on a droit à telle ou telle émission. Ça veut dire que l’on va prendre du pouvoir. Les gens qui regardent ça ne se sentent pas concernés du tout… Quand on dit que le CAC 40 monte ou baisse, combien de gens dans la rue sont concernés par ça? Personne. Indirectement, ils vont l’être, c’est sûr, pas forcément en termes d’emploi. Car on va récompenser les capitaines d’industrie qui, pour faire du chiffre d’affaires, n’auront aucun problème à aller bousiller la planète. Ils ont été formatés pour ça. Les meilleurs de l’école, justement.

Vous êtes toujours aussi affligé par la politique aujourd’hui?
Albert Dupontel : Je ne vote même pas. Mais si je devais voter et si c’était validé, oui, je voterais blanc. Ça nous aurait épargné Chirac-Le Pen en 2002. Or, on n’a pas le choix. C’est comme si chaque semaine sortait un film de droite ou un film de gauche. Moi, je n’en veux pas de votre film ! En tant que consommateur, on peut ne pas y aller, ce qui serait sain. En tant que citoyen, c’est plus compliqué. Quand je dis que je ne vote pas, on me responsabilise. On dit que je suis un anarchiste dangereux. Je ne suis pas un anarchiste, je ne me retrouve pas dans la rhétorique de ces gens. Quand on les voit à la télé, ils sont en train de se foutre sur la gueule tout le temps ; c’est pénible. Un mec qui fait la poule à l’assemblée nationale pendant qu’une femme parle, ça devient une attaque sexiste. Alors que le mec, c’est juste un bourrin à moitié-bourré. C’est juste con. Faut être au bon endroit, faut dire les bonnes choses, tout ça devient compliqué. Même lorsque des hommes politiques compétents disent une phrase de travers, on leur tombe dessus. On les juge sur ce qu’ils paraissent, pas sur ce qu’ils font. Vous ne voyez à la télévision que ceux qui paraissent bien. C’est pareil dans notre métier, d’ailleurs. Faut ajouter ça au simple fait de faire de la promotion pour défendre un film… C’est le moment le plus désagréable d’ailleurs parce qu’on entend des trucs à gauche et à droite, des critiques etc. Or, le seul juge, c’est le temps. Il y a des films que je découvre tardivement, sortis de la publicité de l’époque et que je juge mieux. Il faut juste un petit encouragement au moment de la sortie pour avoir envie d’en faire d’autres.

Comment avez-vous rencontré Paul Le Person qui faisait partie de votre bande ?
Albert Dupontel : C’était sur Bernie. Je connaissais son visage. Je l’avoue, je l’ai revu récemment dans Coup de tête de Jean-Jacques Annaud et il est très drôle. Il demande à un moment donné : « qu’est ce qu’on va lui donner comme rôle ? » Quelqu’un lui répond : « maître nageur, il sait nager ? » Et Paul lui répond : « complique pas » (il rit). C’est un homme qui ne s’étonnait de rien, qui était très généreux. Quand il est arrivé, c’était une autre génération. Sur Bernie, on lui a mis un bonnet Inca sur la tête, un paon dans les bras. Ça faisait une bonne ambiance sur le plateau et il s’est fondu là-dedans avec beaucoup de souplesse. C’est un de plus qui part. Roland (Blanche) et Paul sont partis. C’est notre destin à tous.

les lumièresQUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Les Lumières de la Ville
Une histoire d’amour : L’incompris
Un sourire : Claude Perron
Un regard : Ben Turpin
Un acteur : Michel Simon
Une actrice : Anna Magnani
Un clown triste : Buster Keaton
Un début : La Vie est belle de Capra
Une fin : Celle des Lumières de la ville
Un coup de théâtre : Fight Club
Un générique : Mon Oncle
Une scène clé : Liv Ullman-Bibi Andersson dans Persona (champ / contrechamp doublés)
Un plaisir coupable : Le Crime Farpait
Une révélation : Nicolas Marié
Un gag : Gassman jetant la vieille dame dans la piscine dans Les Monstres
Un fou rire : The Big Lebowski
Un film malade : Nostalgia
Un rêve : Queen Kelly en DVD !
Une mort : Jason Robard dans Il était une fois dans l’ouest
Une rencontre d’acteur : Gabin / Berry dans Le Jour se lève
Une scène de cul : Bound (Jennifer Tilly/ Gina Gershon)
Une réplique: « Il faut mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art » Jouvet dans Entrée des Artistes, texte de Jeanson.
Un silence : Sonate d’automne de Bergman
Un plan séquence : The Player (ouverture du film)
Un choc : Old Boy/ la Cité de Dieu
Un artiste sous-estimé : Bob Fosse
Un artiste surestimé : Steven Spielberg
Un traumatisme : Come and See (1987) de Elem Klimov
Un gâchis : La sortie du Créateur
Un souvenir de cinéma qui hante : Brazil
Un film français : Les Enfants du Paradis
Un réalisateur : Terry Gilliam
Allez, un second : les frères Coen
Un fantasme : Jennifer Connelly
Un baiser : Dita Parlo et Jean Dasté dans L’Atalante
Une bande son : Mulholland Drive
Une chanson pour le cinéma : Vertige de Camille
Une chanson de cinéma : Là – Bas (Noir Désir sur Bernie)
Un somnifère : La Nouvelle Vague
Un frisson : Un Chien Andalou
Un monstre : Charles Laughton
Un torrent de larmes : Los Olvidados de Luis Buñuel

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



One Response to L’INVITE DE MINUIT #43 : ALBERT DUPONTEL

  1. zlaan says:

    Génial ce quiz CHAOS ; pas une faute, Un chien andalou m’a marqué, j’étais très jeune …
    Merci pour ce fil sur Dupontel, le sublime …

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