L'invité de minuit

Published on octobre 27th, 2016 | by Matthieu Rostac

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L’INVITÉ DE MINUIT #127 : VINCENT TAVIER

Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité: VINCENT TAVIER.

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE VINCENT TAVIER ? Autoproclamé « couteau suisse » du cinéma belge, il est celui qui impulse ce qu’il peut y avoir de plus beau-rdélique au sein du septième art underground outre-Quiévrain, du premier dérapage C’est arrivé près de chez vous à Panique au Village de Vincent Patar et Stéphane Aubier, en passant par les films de Fabrice du Welz, Délépine et Kervern et même Jean-Jacques Rousseau. A 53 ans et du haut de son gabarit de bûcheron, l’homme vole forcément très haut dans le chaos.

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Quel est ton rapport au cinéma ?

Professionnel ou amoureux ? Professionnel, disons que je suis un couteau suisse : mon goût va vers le scénario, la production c’est un peu par obligation et puis, je m’etais dit que je dirais jamais non au métier d’acteur. Donc tous les mecs qui m’ont un jour demandé de jouer dans leur film, j’ai dit oui. C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, 1992), évidemment, Atomik Circus, le retour de James Bataille des Frères Poiraud (2004) et d’autres un peu plus sérieux… Amoureux, j’ai toujours été fasciné par les images qui bougeaient. Le cinéma, pour moi, c’est quelque chose de sacré, j’aime pas trop qu’on le dévergonde, d’ailleurs. Il faut qu’on respecte ce qu’on fait, pas comme ceux qui se lancent dans le cinéma dans l’idée de faire de l’argent. Même Fechner et Les Charlots, tu sentais qu’il y avait de l’envie, par exemple.

Te souviens-tu du premier film que vous avez vu ? Si oui, lequel ?
Ah oui, je m’en rappelle très bien ! C’était Les Aristochats (Wolfgang Reitherman, 1970) ! Un énorme souvenir. Dans ma ville natale de Namur, dans la grande salle du Caméo. J’y vais encore aujourd’hui dans cette salle et elle est assez grande alors dans la tête d’un moufflet de 6, 7 ans, ça me paraissait gigantesque. Les rideaux qui s’ouvrent, les images qui commencent à bouger, la musique jazz… On n’avait pas encore la télé à la maison donc il y avait que le cinéma pour voir ça. Je m’en souviens presque comme si c’était hier.

Quels sont les films qui ont marqué ton parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images ?
C’est toujours la même histoire avec cette sacro-sainte liste des films, des disques, des livres qu’on prendrait sur une île déserte… En plus, c’est pas toujours une question de qualité mais d’impact que ça a sur toi. Pour ma génération, la première femme nue que tu vois, normalement, c’est au cinéma. Je dirais Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone, 1969). C’était le premier film que j’allais voir sans mes parents, j’avais payé ma place, on devait être dix dans cette même salle du Caméo, encore une fois et puis paf ! Ça ramène à la rigolade tous les westerns que tu regardais avec John Wayne. Maintenant, je me dis l’inverse : le grand théâtre, c’est Leone. Alien, le huitième passager (Ridley Scott, 1979) m’a marqué, m’a tétanisé. Le film est d’une facture incroyable, il fait terriblement peur. En plus, moi qui ait très peur au cinéma, au point de toujours trouver des excuses bidons chaque année pour pas être jury du BIFFF… Combien de fois je suis passé derrière le fauteuil en étant petit. Fanny et Alexandre de Bergman (1982), ça, c’est le grand choc. Cette fresque incroyable, fleuve, qui m’enveloppe, j’adore ça. Comme Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984), d’ailleurs. Et puis, l’accès à la Cinémathèque de Bruxelles à mon arrivée ici, c’était les portes ouvertes… J’y ai découvert la Nouvelle vague, Godard. Mais c’était pas le Godard sérieux de maintenant : dans Pierrot le Fou (1965) ça raconte plein de blagues, il y a de la folie. Alors que Truffaut me semblait beaucoup plus sérieux, Truffaut qui vieillit très bien avec le temps. Godard, c’est comme quand tu adores le surréalisme quand t’es ado. Tu te dis : « Wow ! Là, y a une liberté, un ton ! » 

Un film qui a failli te faire quitter une salle ou l’a fait pour de bon ?
Pour moi, c’est Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001). Je me suis barré au bout de 35 minutes. Ces couleurs verdaches pub à chier… Cet espèce de ton qui prend le spectateur par la main pour lui dire : « T’es aussi malin que moi » dans des histoires que finalement tout le monde a déjà raconté. Ah, j’aime pas ça ! Et puis, ça m’a détruit une actrice que j’aimais vraiment bien, Audrey Tautou. Chaque fois que je la vois, je vois Amélie Poulain. Quand tu la vois dans Vénus Beauté (Tonie Marshall, 1999), tu te dis : « Putain, c’est ça les nouvelles actrices ? Ça vaut le coup ! » Et puis là… Je suis vraiment partie de la salle. Il y en a un deuxième, des Frères Coen : Ladykillers (2004). Tom Hanks, c’est bon, arrête. J’en pouvais plus ! T’as des cinéastes comme ça. J’ai beaucoup de mal à voir un Tim Burton récent parce que t’as l’impression que c’est une caricature, que c’est quelqu’un qui signe Tim Burton. C’est comme un tableau de Magritte : tu le reconnais au premier coup d’oeil mais au bout d’un moment, t’en peux plus tu te dis qu’il a fait qu’un tableau dans sa vie. Les Coen, c’est comme ça. Bon, ils peuvent être plus inventifs sur certains films mais Ladykillers particulièrement avec Tom Hanks qui prend son accent sudiste… En même temps, ils ont mis la barre tellement haut avec Fargo (1996) et The Big Lebowski (1998) qu’on peut pas leur demander d’atteint le même niveau à chaque film.

Un film que tu n’avais pas envie de voir et qui a été une révélation ?
J’adore les comédies et pourtant, j’ai mis énormément de temps à me mettre dans le bain des comédies américaines de type Farrelly ou Will Ferrell. Je m’y suis mis vers 40 ans. Pour moi, c’était un truc de teenagers bas du front. Et puis, j’ai vu Dumb & Dumber (Peter et Bobby Farrelly, 1994) et je me suis dit : « Ils font ce qu’on a jamais réussi à faire ici, en France ou en Belgique. » Une comédie qui rentre vraiment dans le lard de la société bourgeoise. Zoolander (Ben Stiller, 2001), les mecs y vont avec la kalachnikoff. C’est vachement jouissif et régressif mais ils parlent vraiment de pas mal de choses. J’avais fait l’épisode zéro d’une émission de cinéma comme invité avec Fabrice du Welz et on devait parler du film de Kad et Olivier, Un Ticket pour l’espace (Eric Lartigau, 2006). Un film qui essaie de faire comme ces comédies américaines, qui y parvient par moments parce qu’ils ont de bonnes idées, mais qui n’a jamais ce côté incisif que les autres ont aux Etats-Unis.

Est-ce que, dans ton parcours de cinéphile, il y a eu un « avant » et un « après » un film ?
A Namur, on avait cet endroit de rencontre, une sorte de MJC underground où les mecs faisaient des expos de BD de Margerin ou de Métal Hurlant, où j’ai vu mon premier concert rock, Dr. Feelgood, et où le mardi, un ciné-club passait des films dans la cave. J’y ai vu Eraserhead (David Lynch, 1977). Je suis tombé là-dessus, je savais pas ce que c’était… Poh ! Ah, ça existe ! Tu te sens un peu comme dans le film, qu’est-ce qu’il y a derrière cette porte ?

Le film que tu emmènes sur une île déserte ?
Ça, ça change toutes les semaines… Je vais sans doute t’étonner mais je dirais peut-être Le Mépris de Godard (1963) . Je suis pas le genre à regarder cent fois un film. Voyage au bout de l’enfer, je l’ai vu au cinéma à sa sortie et ça a été un tel choc que je refuse de le voir à nouveau de peur d’être déçu. Je suis pas un boulimique, plutôt un fétichiste à garder le souvenir d’un film. Bizarrement, j’ai du voir Le Mépris dix ou douze fois et à chaque fois que je le vois, je lui trouve de nouveaux aspects, j’ai oublié dex trucs. Il est tellement riche, complexe sur le cinéma, la vie, le couple. J’ai lu le bouquin de Moravia et c’est quand même rare qu’un film dépasse presque le livre sur lequel il s’appuie. Godard rajoute une couche supplémentaire. Oh, et puis aussi les trois Parrain (Francis Ford Coppola, 1972, 1974 et 1990) parce que c’est d’une richesse incroyable.

En 2050, penses-tu que l’on fera encore du cinéma ?
Pour moi, le cinéma, c’est pas des films. C’est ce qu’on va voir dans une salle de cinéma. On continuera à faire des films qui seront destinés à la té lé, au DVD mais est-ce que c’est du cinéma ? Ça, je ne sais pas. Et puis, le numérique, c’est bien, c’est sûr, mais l’image n’a plus de griffe. C’est lissé comme si on voyait un film à la télé. J’ai toujours un peu peur de passer pour un vieux con fétichiste mais le grain de l’argentique… C’est pas pour rien qu’encore plein de gens tournent en 35mm.

Ton dernier coup de cœur (le dernier film vu et aimé) ?
J’ai une maison de campagne dans la Meuse et dans le bled à côté, à Montmédy, il y a un petit cinéma magnifique, qu’on a d’ailleurs filmé pour la fin d’Alleluia (Fabrice du Welz, 2014). Un cinéma qui n’a pas bougé depuis les années 30, peut-être, un peu à l’américaine avec un fronton et des lettres au néon sur la façade. J’y ai vu Kingsman (Matthew Vaughn, 2014), j’étais tout seul dans la salle. Et putain, je me suis vraiment éclaté ! Quand je vois James Bond, la manière dont ils essaient de tirer la franchise, tu vois Kingsman, c’est le James Bond de maintenant. C’était jouissif. J’ai ressenti un peu la même chose en regardant Edge of Tomorrow (Doug Liman, 2014). Un scénario bien ficelé et un Tom Cruise qui n’est jamais aussi bon que quand il joue les débiles.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
maxresdefaultUn film : Nonfilm de Quentin Dupieux (2002)
Une histoire d’amour : Mes petites amoureuses (Jean Eustache, 1974). Je me suis tellement identifié à mes propres amours d’enfance en province. C’était d’une justesse, ça m’a bouleversé.
Un sourire : C’est Anna Karina. Dans Une Femme est une femme (Jean-Luc Godard, 1961). Dans tous ses Godard, en fait.
Un regard : Les plans regard de Sergio Leone
Un acteur : Cary Grant
Une actrice : Audrey Hepburn
Un clown triste : Je déteste les clowns… J’ai une haine des clowns. Le clown triste que je peux le plus accepter, c’est Buster Keaton.
Un début : Blue Velvet (David Lynch, 1986)
Une fin : Ça sera un regret : qu’il n’y ait plus le mot FIN à la fin des films. C’était bien, j’ai l’impression que parce que le générique était au début, ça obligeait le réalisateur à réfléchir un peu plus à sa fin. Allez, si je dois choisir une fin, La Ruée vers l’or (Charlie Chaplin, 1925) sur le bateau.
Un coup de théâtre : Une Nuit en enfer (Robert Rodriguez, 1996). Tu te demandes d’où ça sort, combien de temps ça va durer, quand est-ce qu’on revient à l’histoire initiale et en fait, jamais. C’est pas un film que j’adore mais je crois que j’aurais moins aimé si on était repassé sur l’histoire initiale.
Un générique : J’aime bien les génériques avec de beaux lettrages. Celui de Guet-apens (1972) est pas mal, ceux de Peckinpah. Plus généralement, les génériques des films des années 70, il y a une différence de classe.

Une scène clé : Dans les Hitchcock, il y a souvent une scène-clé. Fenêtre sur Cour (1954), avec le petit chien qui vient gratter.
Un plaisir coupable : Un peu comme dans les soirées où tu dois amener le disque dont t’as le plus honte ? Genre un Supertramp mais que t’aimes bien quand même ? Bah je suis bon public pour un certain cinéma français, des comédies un peu honteuses. Ma copine me dit souvent : « Quelle connerie ce film et toi, t’as rigolé comme un âne tout du long ! » Un gag bon et ça me suffit. Les Seigneurs (Olivier Dahan, 2012), sur les footballeurs : j’ai du rire cinq fois et je me suis dit : « La honte d’avoir ri ! »
Une révélation : Fidelio, l’odyssée d’Alice de Lucie Borleteau (2014). Je ne connaissais pas la fille ni le film. Je suis resté en arrêt devant ce truc. Cette petite vague française du nouveau cinéma français, avec Peretjatko aussi, Vincent Macaigne, qui donne du cœur à l’ouvrage, c’est plaisant.
Un gag : La fin de Dumb & Dumber. Ils sont au bord de la route, à l’arrêt de bus et il y a le bus qui s’arrête avec les tops biches qui demandent où on peut trouver deux masseurs.
Un fou rire : Un mec qui tombe dans un trou, ça me fera rire jusqu’à la fin de mes jours ! La scène qui m’a le plus fait rire au point que j’ai cru en mourir, c’est la machine à faire manger les ouvriers dans Les Temps modernes (Charlie Chaplin, 1936).
Un film malade : Zardoz (John Boorman, 1974). Sean Connery et son petit short. Ça et Excalibur (1981), tu te dis que Boorman a fait des films improbables.
Un rêve : Dans Ça Tourne à Manhattan (Tom DiCillo, 1995), il y a cette scène de rêve où il filme un nain qui tourne autour d’une pomme. Le nain l’engueule en lui disant qu’il comprend pourquoi dans les scènes de rêve, il y a toujours un nain ! C’est vrai que dans les films, ce sont des clichés de rêves. Personne a jamais rêvé de damiers surréalistes, si ?
Une mort : Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991), ça m’a fait un grand effet
Une rencontre d’acteurs : Voyage en Italie de Rossellini (1954). Sanders et Bergman.
Une scène de cul : Alors là, on était les champions du monde pour te parler des scènes de cul de l’histoire du cinéma. On avait une théorie : si dans un film, il n’y avait pas un nichon dans les sept premières minutes, il y en aurait pas. Je dirais Alvina dans le film Glissement progressif du plaisir de Robbe-Grillet (1974). Et puis, la scène du chocolat dans Sweet Movie (Dusan Makavejev, 1974).
Une réplique : Gabin dans La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956) qui hurle « Jambier ! Nom de Dieu ! »
Un choc : Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino, 1978)
Un artiste sous-estimé : On a souvent tapé à tort sur Verneuil. Un Singe en hiver (1962), Mélodie en sous-sol (1963), c’est très bien.
Un traumatisme : Dans Blanche-Neige et les sept nains (David Hand, 1937), quand la reine se transforme en sorcière, ça m’a fait sacrément peur. J’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Et mon père a fait un bon aussi haut que moi !
Un gâchis : Waterworld (Kevin Costner, Kevin Reynolds, 1995). Ça aurait pu faire un super Mad Max aquatique et en fait, vlan ! En plus, j’avais adoré Costner dans Un Monde parfait (Clint Eastwood, 1993) à l’époque.
Un film français : Jour de fête (Jacques Tati, 1949). Parce qu’il y a tout. Parce qu’il y a la France.
Un réalisateur : Jacques Tati.
Allez, un second : Charlie Chaplin. Chaplin et Tati, je les mets au-dessus de tout. Ils arrivent à façonner le monde par leur regard. C’est le monde par Tati, le monde par Chaplin. Comme tu as le monde par les Simpson.
Un fantasme : Ça veut dire qu’on ne le réalisera jamais ? Se faire « eraser » le cerveau et pouvoir revoir tous ces films !
Un baiser : Quand j’étais petit, je fermais les yeux pendant les scènes de baiser. Ça me gênait. C’est clihé mais Lauren Bacall et Humphrey Bogart dans Casablanca (Michael Curtiz, 1942). Après, t’apprends qu’ils se sont rencontrés sur le film mais tout du long, tu sens le truc. Tu sais qu’il se passe un truc.
Une bande-son : Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967), je pourrais l’écouter en boucle, je ne m’en lasserais jamais. Et les trucs plus obscurs comme Violette et François (Jacques Rouffio, 1977). Le film est pas terrible mais la musique est incroyable. En fait, Sarde, il a souvent pris des arias du XVIIIe siècle et les a réadaptés pour le cinéma.
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparaît dans aucun film) : Je trouve qu’Eddy Mitchell a fait énormément de chansons qui sont des films. Sur la route de Memphis (1976), c’est un mini-film de trois minutes. Brel était fort pour ça aussi.

Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Porque te Vas (Jeanette, 1976).
Un somnifère : Tout le cinéma de Woody Allen.
Un frisson : De peur, de plaisir, c’est difficile… Allez, quand je m’installe dans la salle, j’ai ce petit frisson. C’est la même sensation quand je vais à un concert de rock. J’ai beau avoir 53 ans, j’ai les petites boules d’excitation quand j’arrive.
Un monstre : Alien, il m’a bien foutu les jetons, quand même… En plus, on le voit pas ! La scène avec les petits points qui apparaissent, disparaissent et le monstre qui surgit derrière… Et puis, c’est un beau monstre, il a été bien pensé.
Un torrent de larmes : Chaplin, souvent. Avant, encore maintenant, je ris et puis le barrage cède. Mais c’est plus un trop plein de bonheur qu’une vraie tragédie ou un vrai malheur. Je me dis : « Mais la vie sera jamais comme ça ! Ça se voit qu’au cinéma ! »

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Parce qu'il n'a aucunement le bras long dans le cinéma, il a décidé d'être une petite main du chaos.



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