L'invité de minuit

Published on décembre 21st, 2014 | by Romain Le Vern

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@L’INVITE DE MINUIT #07 : JON MORITSUGU

Coucou! Il est minuit et, à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité : JON MORITSUGU!

CHAOS FOX jon morits

QUOI DE PLUS CHAOS QUE JON MORITSUGU ? Car si tu cherches un vrai cinéaste de l’underground US, le voici : l’Hawaïen Jon a fait son « cinéma de la transgression » dans les années 80, à une époque où Jeanne Mas cartonnait au Top 50. A cette époque donc, Johnny a réalisé une drôle de bombe : Der Elvis, cité par le Village Voice parmi les 50 meilleurs films de cette décennie (si, si!). Depuis des années, il signe des films sous coke. Désormais, Johnny Johnny vit à Santa Fe, au Nouveau Mexique, et glande des jours paisibles avec son amour de muse Amy Davis, également actrice dans ses films, avec laquelle il a formé le groupe Low On High. Quoi de plus chaos sérieux? QUOI?

Bon, Jon, quel est votre rapport au cinema?
Jon Moritsugu : Le cinéma est un rêve fiévreux qui reproduit ma réalité, qui la tord et la fucked up de la manière la plus violente possible. Le cinéma m’adore, le cinéma me déteste, le cinéma m’encourage puis le cinéma me détruit. Tu l’auras compris, je suis ivre de cinéma jusqu’à l’overdose et, parfois je fais des pauses, j’essaye de ne pas y penser, je fais des efforts insurmontables pour m’abstenir. Mais j’y retourne, à chaque fois, en quête de plus d’intensité comme d’adrénaline. J’y retourne parce que c’est comme ça. Je suis addict.

Quel a été le premier film que vous ayez vu?
Jon Moritsugu : Blue Water, White Death (Peter Gimbel & James Lipscomb, 1971), sur un écran de cinéma quand j’avais 6 ans. Je ne comprends toujours pas pourquoi mes parents m’ont emmené voir ça. Dans ce film, on voit un groupe d’océanographes parcourant le monde en bateau, écoutant des chansons hippie folk et filmant de grands requins blancs. Bon, j’avoue, c’est assez emmerdant à regarder mais, bizarrement, certains éléments ont retenu l’attention de mon petit cerveau comme le soleil, les dents de requins, le mal de mer.

Que préférez-vous au cinéma ?
Jon Moritsugu : J’attends d’un film qu’il questionne le monde, me questionne et par extension se questionne, se demande : est-ce que, en tant que film, je dois exister ? Un super film me donne la sensation d’être tout et d’être rien instantanément, en même temps. Ça doit me parler comme des parents parlent à leur enfant et un enfant à ses parents. Ça doit simultanément me rendre jaloux et nauséeux. Ça doit aussi m’inspirer, me donner le feu et la passion pour réaliser un film.

Quels sont les films qui vous ont marqué par l’intensité des images ou des scènes ?
Jon Moritsugu : Les guerriers de la nuit (Walter Hill, 1979), définitivement. Pour les costumes totalement dégénérés, kitsch et cool en même temps, pour la mise en scène hyper-oppressante pour l’époque, pour le côté ghetto/urbain, pour la simplicité totale de l’intrigue. Ce film a TOUT. L’action et la violence sont intenses sans être gratuites et le film alterne idéalement les moments de chaos avec des séquences plus apaisées. C’est vraiment un film qui capte l’énergie d’un concert de rock et la délivre dans une salle de cinéma.

Il y a déjà eu chez vous un avant et un après un film ?
Jon Moritsugu : Oh oui. Dead Birds (Robert Gardner, 1963). Un documentaire réalisé chez les Dani en Papouasie-Nouvelle Guinée. Je l’ai vu à l’école quand j’avais 9 ans et le professeur nous l’avait vraiment vendu – il en parlait une semaine avant de nous le projeter en classe et insistait lourdement sur le fait qu’il faudrait être «mature» pour le voir. J’ai cru qu’il racontait des conneries, je pensais qu’on verrait juste les femmes et les hommes d’une tribu parcourant des lieux déserts à moitié-nu. J’avais totalement tort. Ce film m’a complètement retourné. Comme aucun autre film ne l’a fait. C’est comme si, avant de le voir, j’étais un enfant innocent et qu’après l’avoir vu, j’étais quelqu’un d’autre, un enfant-adulte confronté à un océan de mort, de trahison, de violence, de problèmes dont je ne comprenais pas le sens. Plus les jours passaient, plus le film restait en moi. Impossible d’oublier ce que j’avais vu, ça coulait comme du sang dans mes veines.

biglick1QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
UN FILM : MOD FUCK EXPLOSION! Un film punk rock mindfuck. Le cinéma tel qu’il devrait toujours être.
UNE HISTOIRE D’AMOUR. MOD FUCK EXPLOSION! Sur les plateaux de tournage et bien après, avec Amy Davis, alors actrice dans mes films. Nous sommes tombés très amoureux en 1992. Des messages secrets, des rendez-vous clandestins, des rencontres à minuit… C’était les bons vieux jours avant Internet, les portables, la vie virtuelle.
UN SOURIRE. Celui d’Amy Davis. Quand elle m’a rencontré, quand elle m’a séduit, quand me regarde encore aujourd’hui.
UN ACTEUR. James Dean.
UNE ACTRICE. Marilyn Monroe.
UN CLOWN TRISTE. Le panda. Tout le monde le trouve marrant, le panda, sauf lui. Incompris par tous.
UN DÉBUT. Un lever de soleil. Un fondu au noir. La musique démarre (un des premiers Black Flag ou Dead Boys). Puis un koala se réveille, rote et se fighte avec un autre koala.
UNE FIN. Un coucher de soleil. Le même koala s’évade dans la jungle, son urine coagulant avec du sang, une arme dans le dos et une fin de cigare dans sa bouche.
UN TWIST. « Ce n’était qu’un rêve ! »
UN PLAISIR COUPABLE : de la junk-food avec une liqueur à l’héroïne
UNE REVELATION : Il n’est pas nécessaire de faire complexe pour que ce soit bien
UNE BLAGUE : Les films à partir des jeux vidéo
UN FOU RIRE : Les jeux vidéo basés sur des films.
UN FILM FOU : Un Chien Andalou.
UN RÊVE : Mon prochain film.
UNE MORT : Quand vous cessez de croire en vous et en la possibilité de vos rêves
UNE RENCONTRE D’ACTEURS : Amy Davis et Victor of Aquitaine.
UNE SCÈNE DE CUL : La course-poursuite dans Bullitt (pas un super film) entre un Ford Mustang Fastback de 1967 et une Dodge Charger de 1968.
UNE REPLIQUE : «Yeah ! » ou « Va te faire foutre ! »
UN SILENCE : Le moment où il n’y a plus de lumière dans la salle de cinéma, juste avant que le projecteur se mette en charge. Ce silence avant la projection du film. C’est mon préféré.
UN PLAN-SEQUENCE : Idées-scénario-argent-tournage-montage-film
UN CHOC : Quand j’ai compris le secret affreux de Soleil Vert (Richard Fleisher, 1973).
UN ARTISTE SOUS-ESTIME : Philip Guston.
UN TRAUMATISME : Avoir son bras droit coincé dans une machine industrielle. Hôpitaux, convalescence des os, peaux recousues, rehab et un dédommagement financier ayant donné un second souffle à ma boîte de production, Apathy Productions, faisant redoubler de force son capital underground. D’un trauma effroyable peut naître une lumière. Second choix : le mariage.
UN GÂCHIS : Penser.
UN SOUVENIR QUI VOUS HANTE ENCORE : J’ai 4 ans, je suis avec mes parents et ma sœur de 3 ans, à bord d’un van, longeant les plages Hawaïennes, tentant d’échapper aux éboulis et à un tsunami imminent.
UN FILM FRANÇAIS : Masculin / Féminin.
UN REALISATEUR : Moi. Jon Moritsugu.
ALLEZ, UN DEUXIÈME : Non mais il n’y a qu’un seul Moritsugu ! Allez, ok, je dirai Hans-Jurgen Syberberg
UNE BANDE-SON : La pluie à l’horizon. Une autoroute où une voiture approche doucement vers nous. Un vieux morceau de Françoise Hardy passe à la radio. La voiture se crashe et disparaît dans le néant. La musique aussi.
UNE CHANSON POUR LE CINEMA (MAIS JAMAIS UTILISÉE DANS UN FILM) : Understand de Low On High. Le groupe que je forme avec Amy Davis. Des riffs, des cris et une basse qui secoue ta jolie tête.
UNE CHANSON PARFAITE POUR LE CINÉMA : Pas encore arrivé mais nous devrions tous au moins essayer…
UN SOMNIFÈRE : 2001, L’odyssée de l’espace

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Plus d’infos sur Jon ici

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



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