CHAOS 2.0

Published on février 14th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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L’INSTANT CHAOS #21: KATE BUSH – Wuthering Heights

Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Voilà le chaos en quelques minutes.

Le 5 Mars 1977, la jeune Kate Bush âgée de 19 ans ne peut détacher son regard de la pleine lune qui brille haut dans le ciel. Ce même soir, elle finit de composer Wuthering Heights, qu’elle avait commencé à écrire quelques années plus tôt, lorsqu’elle découvrit le film de 1970 réalisé par Robert Fuest. Le livre? Pas lu, et on s’en fout. Mais entre Emily Bronté et Kate Bush, il y a le même jour de naissance: le 30 Juillet. Les grands esprits se rencontrent. En contrat avec EMI, Kate insiste pour mettre en avant son single romantique en pleine frénésie disco et punk, plutôt que le plus pop et accessible James and the Cold Gun. Elle déclarera au producteur Bob Mercer «je suis la plus timide mégalo que vous n’avez jamais vu». Son choix lui donnera raison: Wuthering Heights sera premier dans les charts en Italie, en Australie, en Irlande et en Nouvelle-Zélande, tout en cumulant des scores honorables ailleurs. À l’époque, Kate Bush et Blondie appartiennent à une nouvelle génération de chanteuses fortes, bien décidés à croquer le monde, et pas avec de simples bluettes.
Deux clips sont signés pour l’occasion: le premier, robe rouge, lèvres rouges, ongles rouges, fleur rouge, mais sur herbe verte, nymphe folle apparaissant et disparaissant de la vallée. Le second, dentelles blanches sur fumée de songe, relents de ballet sous LSD.

Aux antipodes de chanteuses sages, Kate Bush grimace et s’agite comme un serpent, à la fois fée, fantôme et sorcière, créature de brumes et de cris unique en son genre. Quand elle ne chante pas, on se demande si elle ne jette pas des sorts: celui qu’elle a lancé sur son audience, lui, fut imparable. Deux ans plus tard, Pat Benatar tente une cover aux États-Unis, là où on a bien du mal à vendre la Bush: bien tenté mais non merci. En 1986 pour son best-of The Whole Story, Kate Bush réenregistre le titre pour des raisons mystérieuses: on retape l’instru et on y gomme ses vocalises ahuries pour un résultat plus doux, harmonieux et il faut le dire plus efficace. Les rageux pourront rager, mais Wuthering Heights continue de nous faire voler haut, single intemporel et lyrique, magique et désespéré, le premier et le plus grand de sa chanteuse. Évidemment, on ne compte plus les cover farfelues, comme une reprise eurodance signé Kate Project (parfait pour siroter son champagne grenadine) ou la tentative masculine du groupe de métal brésilien Angra. Que dire également cette version en slow motion, étirant la chanson sur 40 minutes pour en faire un morceau ambiant, abstrait, féerique et hallucinatoire, glitch de magicien qui ensorcelle comme une petite mort qui ne veut pas finir?

Pour souligner l’impact toujours vivace de la chanson ailleurs, il faut par exemple se rendre compte de sa récupération drag, qui n’est pas une surprise vu l’interprétation très camp de la chanteuse, ou du fameux Most Wuthering Heights Day. Une célébration à travers le monde (sauf… en France hein évidemment) de la chanson, où des centaines de pèlerins attifés comme la Red Kate se déhanche au son de la chanson.

Quelque part entre une scène coupée de The Wicker Man et le happening hors-sol, c’est complètement fou, complètement Kate, complètement chaos.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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