CHAOS 2.0

Published on avril 26th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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L’INSTANT CHAOS #16 : ENIGMA – SADENESS

Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Voilà le chaos en quelques minutes.

Ah la belle histoire de Sadeness et d’Enigma! Asseyez-vous bien et comme le susurrait la voix au début de l’album MCMXC a.D «Turn off the light, take a deep breath and relax».
Pour commencer, si vous connaissez Sandra, c’est très bien. Si non, on a quand même envie de vous dire que votre vie doit être bien triste. Bref. Délicieux phénomène pop 80’s venu d’Allemagne (remember Maria Magdalena, In the heat of the night ou Around my heart), Sandra avait comme mentor et mari Michael Cretu qui, quant à lui, n’a pas eu de chance en solo, excepté peut-être avec l’improbable et génial Samurai. À la fin des années 80, le bonhomme s’associe avec F. Gregorian (alias Frank Peterson) pour un projet musical un peu zarbi du nom de Enigma: ambiance moines chelous, cathédrale abandonnée, messe noire… et autres chuchotements dans l’escalier. Ce n’est ni un album de métal, ni une musique de film d’horreur, mais bien le programme de MCMXC a.D. Et plus c’est gros, plus ça passe comme dirait l’autre: c’est un carton en 1990, et il est très difficile de passer à côté du premier single, le très fameux Sadeness. Pour ce tube destiné à finir en fond sonore de spa détente, Cretu pique des chants grégoriens à droite à gauche (sans autorisation, ce qui lui vaudra un petit procès), mêlant des chants latins, des flûtes très «world music», une voix d’homme décharné (qu’on entend davantage dans la version longue du titre) et une voix féminine plus sensuelle que la sensualité même, Sandra himself alors, implorant le divin Marquis. Car c’est bien de lui dont il est question dans cette boucle infernale et sexuelle. SADE DIS-MOI.

Alors Sadeness a vieilli. Oui, Sadeness c’est trop. Mais on peut aussi bien accepter sa transe cul, son atmosphère de rituel de chair, son blasphème tranquille, sa mélodie langoureuse. Les singles Principles of Lust et Mea Culpa, en réalité deux extensions de la chanson, poursuivent le même chemin, et vont même encore plus loin dans la fesse suggérée. «JE VEUX VIVRE AU BOUT DE MES FANTASMES» nous dit Sandra. Mais oui!
Pas du tout opportuniste, F Gregorian claque la porte à Cretu et fait son petit truc dans son coin avec Gregorian, un autre projet musical très similaire dont l’album s’appelle… Sadisfaction! Raison de plus de s’en payer une bonne tranche: le seul et unique single de l’album s’appelle So Sad, avec en prime une structure très, mais alors très très, calquée sur celle de Sadeness. Plus pop, moins sexe, le single marche et il faut avouer que c’est quand même très sympa. À l’inverse d’Enigma qui évoluera vers d’autres ambiances, Gregorian continuera sa route mais restera définitivement enfermé dans le délire encapuchonné ésotériques, reprenant tous les tubes imaginables façon écho de couloirs. Too much capuches, vraiment.
Pour revenir à Sadeness, difficile cependant de s’attarder sur son clip, mêlant incrustations pas très heureuses, maquettes trop visibles et symbolisme de prisunic, avec une mannequin française du nom de Cathy Tastet remplaçant Sandra au pied levé. Il faudra attendre un petit moment avant qu’Enigma livre de vrais beaux clips, en particulier celui de Return of Innocence, miracle de poésie signé Julien Temple.
Très «in», très chill, très sexe, Sadeness fait un tel carton qu’on a l’impression de l’entendre partout, même au cinéma. Dans l’affreux Boxing Helena de la fifille à Lynch, Julian Sands sodomise une prostituée contre une cheminée rococo dans une scène très «00h20 un dimanche soir sur M6». On nappe alors un coup de Sadeness histoire de bien surligner la prétendue perversité de cette scène de voyeurisme déjà ringarde à l’époque. En soit, la pire utilisation de la chanson imaginable. Si bien que, des années plus tard, Tonnerre sous les tropiques l’utilisera à nouveau pour l’hilarant trailer de Satan’s Alley avec ses moines coquinous, on ne peut pas passer sous silence son usage dans l’excellent JF cherche appartement, un des sommets du thriller domestique/érotique/home invasion (c’est comme vous voulez).
Pistant sa voisine chelou incarnée par notre over-chaos Jennifer Jason Leigh, l’innocente Bridget Fonda découvre malgré elle le milieu SM new-yorkais, dans une scène plus drôle qu’effrayante malgré elle. Déjà parce qu’elle joue la carte de la caricature (ah les sado maso c’est vraiment des gens qui font peuuuur) avec sa bourgeoise lesbienne dragueuse et ses mains baladeuses, et surtout parce que Barbet Schroeder avait livré un tableau autrement moins chic du même monde dans son mythique Maîtresse. Mais on ne peut qu’apprécier l’utilisation évidemment too much de Sadeness, ici marié à une superbe idée visuelle et sonore: un show sm qu’on ne voit pas, mais qu’on entend, souligné par des effets de lumières qui laisse deviner quelque chose de monstrueux et piquant. Finalement très à l’image de ce Sadeness: on en rit un peu, mais qu’est ce qu’on aime! On n’en dira pas autant du Sadeness Part II surgissant au détour du dernier album d’Enigma, une espèce de vomi d’orgues avec des samples de voix d’Anggun. Oui, Anggun, carrément. Bon on va se réécouter un petit Sadeness plutôt hein. SADE, ES-TU DIABOLIQUE OU DIVIN?

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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