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Published on mars 11th, 2018 | by Morgan Bizet

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[L’ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE] ANNIHILATION de Alex Garland

Don’t believe the hype. Le prestige d’Alex Garland est un mystère. Non pas que le romancier-scénariste soit un ignoble tâcheron, mais seulement, ni sa collaboration avec Danny Boyle (La Plage, 28 Jours plus tard, Sunshine), ni son travail sur Dredd, ne justifient une telle aura. En 2015, il passe le cap et réalise son coup d’essai: Ex Machina, petit film de SF aux effets spéciaux remarquables (récompensés d’un oscar), porté par un casting minimaliste mais talentueux – Oscar Isaac, Alicia Vikander, Domnhall Gleeson. Un premier long-métrage à l’esthétique léchée chaudement accueilli mais dont l’esbroufe n’apportait pourtant rien de plus au thème rebattu de l’intelligence artificielle.
Trois ans plus tard, Annihilation montre enfin le bout de sa pellicule. On n’aura pas la chance de le voir sur grand écran, contrairement aux Américains. La faute à la frilosité de Paramount qui a préféré vendre les droits de diffusion à l’international au géant du streaming Netflix, qui en profite pour se payer une nouvelle sortie clinquante portée par Natalie Portman, Oscar Isaac ou encore Jennifer Jason Leigh. Cette fois, Garland adapte assez librement le premier tome de la Trilogie du rempart sud écrite par Jeff Vandermeer.
Lena est une biologiste confirmée, ancienne militaire, qui désormais donne des cours au sein d’une université. Elle est sans nouvelle depuis un an de son mari, Kane, engagé pour une opération secrète. Un soir, il revient chez eux, mais il semble changé, différent, et est pris d’une hémorragie interne violente. Lena se retrouve dans un complexe gouvernemental, aux abords de la Zone X, no man’s land extraterrestre de plusieurs kilomètres carré, qui s’étend depuis plus de trois ans et qui semble engloutir toute vie y pénétrant. Kane en est le seul rescapé. Accompagnée de quatre autres femmes, scientifiques ou psychologues, Lena se lance dans une mission suicide pour tenter de découvrir les secrets de ce lieu.
Sur le papier, le projet semblait prometteur. Garland sortait de l’espace confiné du huis clos pour un décor en forme de promesse d’évasion sensorielle, de hors piste cinématographique. Le temps s’y écoule de manière aléatoire, plongeant les protagonistes et le spectateur dans une confusion totale. Les plantes et les êtres vivants s’y amalgament, formant des chimères, parfois splendides, parfois aberrantes. Les entrailles d’un homme se meuvent à la manière d’un serpent; un corps morcelé et éclaté sur un mur en matières picturales et chromatiques formant une fresque fantastiquement lugubre.
Ce seront les seules images fortes de ce Annihilation qui malheureusement sombre à mesure qu’il se dévoile. Car Garland ne sait que faire de ce matériel génial. La Zone X ne devient qu’un pur gimmick pour instaurer l’angoisse d’une apparition effrayante (un alligator à la dentition de requin, un ours simulant des voix humaines). On est loin du mystère subtil qu’inondait la Zone de Stalker, le chef-d’œuvre absolu de Andreï Tarkovski auquel le film fait immédiatement référence, au profit d’une atmosphère de série B mal fichue se voulant haut de gamme. Les expérimentations visuelles du final ne font pas illusion. Elles apparaissent plutôt comme un caprice chic que le délire Kubrickien qu’elles rêvent d’être. La musique électronique de Geoff Barrow (tiers de Portishead) sonne d’ailleurs comme un ersatz de celle de Johan Johansson pour Premier Contact, autre film revendiquant mollement l’héritage de 2001 l’Odyssée de l’espace.
Pire, le véritable échec du projet d’Alex Garland se trouve dans l’écriture des personnages et de leurs blessures, cœur symbolique du film. L’Annihilation, prônée dès le titre, c’est cette autodestruction qui serait propre à l’être humain et qui anime ces cinq femmes, envoyées de leur plein gré dans une aventure aux allures de suicide. L’une à un cancer, l’autre se scarifie ou se drogue etc. La douleur qui envahit Lena est, contrairement à celle de ses pairs réduite à quelques mots ou scènes gênantes (la mort «poétique» de Josie, se muant en arbre), filmée à travers de nombreux flashbacks qui ponctuent le récit. Hélas, ces séquences déconnectées et vides – Lena trompe son mari disparu pendant des mois – desservent le film, comme si elles le parasitaient. Jamais on ne s’attache au destin de ses femmes dont les pulsions de mort nous ennuient par l’aspect moralisateur qui les enrobe. Espérons que ce film remettra enfin Alex Garland à sa vraie place : bon romancier, scénariste talentueux, piètre réalisateur. [ANNIHILATION de Alex Garland, visible sur Netflix]

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