Carré Rose

Published on septembre 11th, 2015 | by Romain Le Vern

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LES 10 PORNOS LES PLUS CHAOS DU MONDE

PORNO CHAOS PHOTO DE FAMILLEA l’heure où le chaos règne, nous avons demandé à un panel de personnalités leurs dix pornos les plus « chaos » de l’histoire du monde. Soit dans l’ordre sur cette somptueuse photo de famille :
PHILIPPE AZOURY
CHRISTOPHE BIER
KARINE DURANCE
FAUSTO FASULO
JEAN-JACKY GOLDBERG
ROMAIN LE VERN
CHRISTOPHE LEMAIRE
BERTRAND MANDICO
ERIC PERETTI
MATHIEU ROSTAC
PHILIPPE ROUYER
PROFESSEUR THIBAULT
NICO TUBBYTOAST

DANS LA CHALEUR DE SAINT TROPEZ

IMG_6562PHILIPPE AZOURY

Dans la chaleur de Saint-Tropez (Gérard Kikoïne, 1981) avec Marilyn Jess, Alban Ceray…
J’ai une passion pour Gérard Kikoïne. C’est un vrai débat cinéphile, car si on lit de près l’indispensable Dictionnaire des films français érotiques et pornographiques, dirigé par Christophe Bier, on s’aperçoit que le nom de Kikoïne fait débat. Gilles Esposito, qui est un cinéphile pur et dur, avec des gouts tranchés (je le respecte pour ça) ne supporte pas le maniérisme de sa mise en scène, qu’il trouve « de mauvais goût ». Il ne perd pas une notule pour l’assassiner. A l’inverse, moi qui pourtant n’aime pas beaucoup Welles, qui ait toujours préféré les grands naturalistes, c’est chez Kikoïne que je trouve enfin un sens au geste maniériste. Toutes ces variations d’axes, tous ces plis dans le son, dans la vision, toute cette dimension fiévreuse dans la représentation, c’est dans le porno qu’elle trouve du sens. Je trouve dommage que dans son essai sur le Baroque, Gilles Deleuze n’ait pas inclu la pornographie comme horizon. Kikoïne est le plus grand baroque français ever. C’est quelqu’un qui d’abord connait bien la musique, le jazz, la soul, la disco (on entend dans plusieurs de ses films un morceau que j’adore : Sand and Rain, de Nancy Holloway et Daniel Janin, un truc de 1974), mais surtout c’est quelqu’un qui fait sa scène au mixage. Son jeu sur les sons, retravaillés, refondus en symphonie de râles, fait basculer ses films du coté de la fièvre. C’est par le son qu’il accède à ce stade malsain tant espéré (Sade et Bataille sont de loin ses grandes influences : il est de cette école qui exige la transgression, la honte). La façon dont il joue ici le 35mm contre la vidéo fait que ce film met à nu le basculement esthétique dans lequel les images pornographiques ont été prises à partir de 1981. Peu de textes, c’est injuste, ont encore été écrit sur cette révolution de fond : le passage du film à la vidéo a changé la représentation de la peau, la carnation n’est plus sculptée pareil et le porno a vu tous ses paramètres fantasmatiques dès lors se modifier. C’est du même ordre que le passage de la guitare sèche à la guitare électrique, puis au Roland 303, puis au… Sinon, bien sur, les meilleurs Kikoïne sont ceux où il a su filmer sa muse : Marilyn Jess. Ici, elle est tout simplement démente. Par ailleurs, je préfère le titre de 1985, Dans la chaleur de Saint-Tropez, au titre de sortie de 1981, Attention fillettes… !, qui sonne trop Max Pecas à mes oreilles.

Roulette, de Alan Vydra (1978)
J’ai d’abord cherché la musique de ce film, composé par son cinéaste, l’allemand Alan Vydra, en collaboration avec un génie de la library music, Ralph Bondra. Bon, les rares exemplaires qui circulent (souvent au Japon) valent un bras (jamais en dessous de cent euros)… mais à force de chercher, j’ai fini par tomber sur le film. C’est un des trucs les plus étonnants que j’ai vu cette année. Ca se passe en partie à Monte Carlo, dans le milieu des casinos, et la ville est admirablement rendue, avec de longs plans sur le ring, les routes laissées vides par le circuit, 51 semaines par an. Le reste est plus dingue encore : il s’agit de l’histoire d’une nièce initiée par son dépravé d’oncle. Tout le film, on voit ce vieux gourdineur se taper tout ce qui bouge, assisté par Désiré Bastardeaud – oui, oui, le nain black qui joua plus tard dans la série AB Le Miel et les abeilles (Giant Kookoo, c’était lui) – Mais surtout jamais sa nièce (la sublime Vanessa Melville) ne fait autre chose que regarder. Son intervention dans les scènes est sans cesse retardée, ce qui ne fait qu’accroître l’excitation,mais pour cela il faut attendre une heure et demie, la grande scène finale. Un tel programme est impossible aujourd’hui, où tout est exhibé tout de suite. Ce film est vraiment un chef d’oeuvre, l’anti gonzo, l’anti Jacquie, l’anti Michel. Et la musique est effectivement pas mal, très laid back, les fans de dj Harvey apprécieront.

Amour, fantasmes et fantaisies (Michel Barny, 1985)
C’est le premier porno que j’ai du voir en entier, via Canal + et ses premiers samedis du mois. Je l’ai revu il n’y a pas si longtemps et je l’ai retrouvé tel que je l’avais laissé adolescent : intact. J’ai rencontré Michel Barny plusieurs fois pour des interviews, c’est un vrai cinéphile, quelqu’un qui aujourd’hui encore achète des revues de cinéma des années 50 sur les marchés aux puces, il fait partie de, ces types qui avaient fréquenté assidûment la Cinémathèque dans les années 60-70 et en avaient tiré une morale du cadre. Là, c’en est même hallucinant : pas un plan qui ne réponde à une logique d’information. Il y a des zooms, parfois, mais jamais pour rien. Les acteurs sont dans le cadre, ils s’y débattent. Barny ne va pas les suivre, c’est à eux de tenir leur scène, de s’inscrire dans le cadre. Ca change tout. L’histoire a quelque chose d’amusant : une fille riche et un peu fofolle achète une ferme sur un coup de tête, mais découvre qu’il va lui falloir faire des travaux. Pour les financer, elle ouvre un bordel de campagne d’une genre assez féministe : pour escort, elle propose seulement un garçon qui va assouvir les fantasmes des femmes des notables de la bourgade. En le revoyant récemment, j’ai compris que Canal + avait coupé une scène, celle où le mec en question se tapait une marie pervenche. A la fin, il essuyait son sperme avec la contredanse qu’elle avait essayé de lui coller. J’imagine qu’un mec du service juridique de la chaine a du dire : « Non, là, c’est impossible. Pas la contredanse. Pas-La-Contredanse !!!! »

Indécences 1930 (Gérard Kikoïne 1977)
Cette censure autour des femmes de loi m’a fait penser à un autre film, toujours de Kikoïne, toujours vu sur Canal dans les années 80 : Indécences 1930. Brigitte Lahaie y est géniale, le film déploie une violence de classes poussées jusqu’à un niveau assez haut, une perversité qui lui permet de figurer très haut dans un palmarès Chaos, mais Canal avait coupé à l’époque une scène avec un concombre – je crois me souvenir que leur cahier des charges est très strict : pas d’uro, pas de scato, pas d’objets, pas d’atteinte à la religion ni à la loi. J’envisage, comme un projet d’artiste, de revoir tous les pornos programmés de 1984 à 1995 sur Canal, repérer les scènes coupées et les monter unes aux autres, pour faire ressortir, comme par contraste, tout l’interdit de la fin de ce siècle en France. Un truc à la Harun Farocki, mais en plus cul. Pour le reste, c’est un porno avec un personnage d’aveugle : un courant hélas sous estimé.

Hot Rackets (1979)
Un film américain, sur le milieu du tennis (il réjouira les lecteurs de David Foster Wallace), très 70’s, très Borg vs. Vilas, où on joue assez peu au final, parfois nu. En revanche, le club house et ses installations sont scrutés au peigne fin. Je l’ai cherché à une époque parce qu’on y voyait une scène (dans un jacuzzi à bulles : le son est doublé en studio, du coup) avec Désirée Cousteau. Cette fille avait la réputation de toujours garder un bandana, ou une sorte de foulard ou de cravate autour du cou, mais pas dans ce film. On le voit, cela valait le coup de chercher ce truc durant deux ans. Dans une scène de douche en plein air, sous la pluie, avec une humidité de dingue, de la buée partout, un couple est interrompu par un aveugle qui, en avançant à tâtons, pousse par accident les fesses et le dos du mec pour qu’il baise plus vite et plus profond la fille. Laquelle se tapera ensuite l’aveugle. Ce genre de choses arrivent tout le temps dans les club houses américains.

Nanou Contact
Tout ce que Nanou Contact (soit les films où la grande Laetitia s’invitait chez des amateurs) produit dans les années 90 est immense. On l’a beaucoup dit, on ne le dira jamais assez : on n’a rien fait de mieux. Jean-François Rauger a évoqué Rossellini en parlant d’elle, et il a raison. Renoir, plus encore. Ou Pagnol pour l’accent. C’est indépassable. Moi qui connait mal la France, j’en sais beaucoup plus sur les intérieurs, les maisons, les habitus depuis ces films-là. Je suis entré en critique (un ordre comme un autre) en écrivant mon premier texte sur les films amateurs de Laetitia. Mon angle était simple : Coucher avec une amatrice, passe encore, mais la laisseriez-vous refaire la décoration de votre appartement ???

Les production Vince Banderos
En juillet dernier, j’ai lu dans Libé une interview de Gaspar Noé où il expliquait qu’il n’arrivait plus vraiment à voir de porno contemporain. Lui qui avait tout vu, connaissait le nom de chaque actrice, savait reconnaître les réalisateurs, détectait au moindre hardeur italien ou allemand la co-production avait lâché l’affaire : trop de nullité dans le porno 2015. Je me suis reconnu dans ce jugement. J’en suis là aussi. Comme tous ceux qui ont un peu exploré les archives du porno des années 80/90, qui ont vu là-dedans un laboratoire de forme et suivi quelques carrières avec beaucoup de curiosité, j’ai l’impression que la période stagne un peu. J’en peux plus de Jacquie et Michel, toute cette ambiance de troisième mitant, ce remix NRJ12 du porno dont on voit en plus se dessiner de façon marquée les pulsions fascisantes. Je ne vois pas pourquoi je ferais rentrer ça chez moi. Le seul truc qui m’intrigue un peu, ce sont les prods Vince Banderos. Ils incarnent une limite ; ce sont les pires du lot. C’est à la limite du soutenable. Les mecs jouent les racailles hip hop, élevés à la dure école de la tournante, c’est le festival de l’insulte et du rires gras, de l’horreur macho. Ca atteint un point aveugle, qui serait presqu’intéressant s’il ne foutait pas à ce point la trouille. Cette bande de maboules feraient passer le gang des affamés de MST des années 90 pour des enfants de cœur. Ils ont repoussé les limites du truc, et je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle. Comme me l’a dit un jour un ami critique de cinéma, c’est pas loin d’être le « le nacht und nebel du porno ». Bon courage à ceux qui iront voir.

Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole (Norbert Terry, 1975)
Je ne l’ai jamais vu, mais je le cite tout le temps car le titre est extraordinaire. Porno de crise, antigaspi et tout et tout. Je le cherche, en attendant que revienne la croissance.

No swallowing allowed (réal : Chico Wang), avec Dana Vespoli (2001)
Je n’ai vu qu’une fois ce film, il y a plus de dix ans, et je n’en reviens toujours pas. C’est l’apogée du gonzo jusqu’au délire, on est à deux doigts de Tex Avery. C’est la bouffonnerie avérée, poussée jusqu’à l’absurde. Dans une scène, la fille (Dan Vespoli, qui fut un temps mariée à notre meilleur hardeur national ever : Manu Ferrera) passe un coup de fil à une copine, et dans e plan, a trois mètres d’elle, un mec en peignoir est en train de se branler Ca dure quatre ou cinq minutes, quand soudain, le mec traverse la pièce à toute berzingue pour lui éjaculer dessus alors qu’elle téléphone. La conversation continue. Tout est du même acabit.

Pourquoi pas vous avec Coralie ? (1996)
En parlant de Manu Ferrara, peu se souviennent de ses débuts dans une série/concept qui fut à la mode trois semaines dans les années 95/96. Pourquoi pas vous avec… Une hardeuse testait des mecs en casting. Une vingtaine se pointait et elle en choisissait cinq ou six au feeling. Je crois que Manu Ferrara, qui ressemblait encore à un étudiant en EPS, se fait tèje de celui-là, mais son entêtement a payé puisqu’on le revoit dans un autre et qu’il est aujourd’hui une star aux USA. Dans celui avec Coralie Trin Thi, on entend d’abord les mecs exprimer leur déception : ils s’attendaient à retrouver Zabou (une actrice blonde et oubliée de tous aujourd’hui). A la place, la plantureuse Coralie, déjà comme sortie d’un roman de Despentes, cheveux noirs corbeaux, Grosses bottes, manteau noir, bref plus gothique que jamais. Pour l’aider dans sa tache, Rafaella Anderson. Oui, ce film fait en une demie journée est comme l’archéologie de Baise-moi. Dans mon souvenir lointain (pas revu ce truc depuis l’époque), elles étaient toutes les deux tellement impressionnantes qu’aucun mec n’arrivait à tenir plus de trois secondes. Ce qui en fait un film féministe assez grotesque, d’une grande provocation tout en restant dans la moquerie. Une bonne définition du chaos. Une bonne définition du rock n’roll.

Maléfices

CHRISTOPHE BIERCHRISTOPHE BIER

J’avais noté ceci en vrac, sans argumentaire (ils sont dans le dictionnaire quand les films sont français):

MALÉFICES PORNOS, d’Eric de Winter, 1976
LA COMTESSE EST UNE PUTE, d’Alain Payet
BONDAGE, court métrage de Lasse Braun
ORGIES EN CUIR NOIR, de Michel Berkowitch
JEUX DE LANGUES, de Francis Leroi
CORPS DE CHASSE, de Michel Ricaud
LE NAIN PERVERS, de Baron Corvo
ET DIEU CRÉA LES HOMMES, de Jean Estienne
SODOPUNITION POUR DEPRAVEES SEXUELLES, de Pierre Unia
OBSESSIONS CHARNELLES, de Joe Symphony (Jean Luret)

café

karine duranceKARINE DURANCE

A chaud !

CAFE FLESH (Stephan Sayadian = Francis Della)
NIGHTDREAMS (Stephan Sayadian = Francis Della)
THE DEVIL IN MISS JONES (Gérard Damiano)
DERRIÈRE LA PORTE VERTE (Mitchell Bros)
GORGE PROFONDE (Gérard Damiano)
LE SEXE QUI PARLE (Claude Mulot)
EXHIBITION (Jean-François Davy)
CONDOMAN (HPG)

Hors catégorie : UN CHANT D’AMOUR (Jean Genet) et PINK NARCISSUS (James Bidgood)

rêve de cuir

fausto fasFAUSTO FASULO

Tailhouse Rock (1985) de Jerome Tanner
Premier porno vu. VHS usée, salon déserté par les parents du détenteur du « précieux » et choc inévitable devant les attributs laitiers d’une Traci Lords punkette et encore mineure.

Rêve de cuir (1992) de Francis Leroi
L’évidence. Et aussi la découverte de la douceur de Zara Whites, inoubliable dans la « scène du téléviseur aux trois bites ».

Snow White & 7 Dwarfs (1995) de Luca Damiano
Pour la candeur de Ludmilla Antonova, souillée par sept affreux nains.

Exhibition 99 (1998) de John B. Root
Un beau menu best-of et deux scènes à retenir : Fovéa dans la moiteur de thermes antiques et Elodie Chérie en Bécassine gangbangée.

Tokyo Exposure Sex (1999)
Une raison : l’extraterrestre mammaire Hitomi Tanaka exhibée – et baisée – aux quatre coins de Tokyo (bus, kombini, bains publics…).

Forced Entry (1973) de Shaun Costello
Un vrai malaise. Et la sensation d’être pris en otage devant un spectacle dégueulasse et fascinant.

Je suis une belle salope (1977) de Gérard Vernier
Pour les gros seins de Brigitte (Lahaie) tripotés – et plus – dans un austère train de banlieue.

Les Petites écolières (1980) de Frédéric Lansac
Pour le regard de Brigitte, qui porte très bien les Ray Ban Aviator dans son dernier porno.

The Fashionistas (2003) de John Stagliano
Pour les performances SM de l’incroyable – et contorsionniste – Belladonna.

Super Body: Cosplayer with Colossal Tits – 6 Transformations Anri (2015)
Fan service total pour japonistes pervers. La très équipée Anri Okita joue les cosplayeuse et se transforme en Chun Li, Devil Lady et même en personnage de L’Attaque des titans !

manuel

jjgoldbJEAN-JACKY GOLDBERG

Manuel’s Fucking French Vacation
Tout en haut de mon panthéon personnel, MFFV est le chef d’œuvre de son auteur/acteur. C’est en fait une déclinaison française de sa série phare, Raw, dans laquelle il part seul, avec sa bite et sa petite camera, baiser des actrices chez elles à Los Angeles ou dans des petites chambres d’hôtel qui changent des impavides villas avec piscine. Le concept est ici le même, mais à Paris : de passage dans la capitale, le meilleur acteur français (toutes catégories de films confondues) passe deux-trois coups de fil pour faire connaissance avec les actrices du cru que son exil angeleno l’a fait rater.

Il y a 3 autres scènes, toutes intéressantes, avec Liza Del Sierra, Angell Summers et Graziella Diamonds, mais le choc c’est vraiment la première. Ça commence donc avec la gracile Lou Charmelle, que Manu est censé retrouver à l’hôtel IBIS de la Place de Clichy. Tout est en vue subjective. Toc, toc, toc. Pas de réponse. Il refrappe, Lou vient lui ouvrir en nuisette. Elle dormait, Manuel est en retard. Il l’essaie de l’entreprendre, elle l’éconduit : « allez, viens te coucher, on fera ça demain« . Déjà c’est magnifique. Cut. Les deux se réveillent, se frottent l’un contre l’autre, Manu tenant toujours la caméra tandis que Lou, la belle Lou, le tease gentiment. La tension monte, Lou arrête : « tu préfères pas boire un café avant ? ». Ils descendent prendre un café, discutent, se racontent leur vie. Qui a dit que le porno ce n’était que du sexe ? La scène a commencé depuis 10 minutes et c’est à peine si on a vu un début de fellation. Ils finissent par remonter, se déshabillent mutuellement, s’allongent sur le lit. Tout est très doux, la camera est alors posée sur un meuble, en face du lit, a 2 ou 3 mètres — assez loin donc. Qui a dit que le porno ce n’était que des gros plans gynécologiques ? Au moment de s’empaler sur le sexe de Manu, qui a la particularité de ne pas être circoncis (contrairement à la plupart) et de ne pas complètement se décalotter, Lou a cette phrase sublime, une des plus inouïes du porno contemporain : « Ça va, je te fais pas mal« . « Non, non, ça va » lui répond-il en chuchotant… Ou ailleurs a-t-on vu une actrice s’enquérir de la fragilité de la queue de son partenaire ? Sérieusement ? Après ce prologue hyper long, toute la tension est relâchée dans une baise aussi belle et intense qu’il se doit, où la camera passe de la commode à la poigne de Manu. Cadrages tous parfaits, lumière simple et chatoyante, à la Caroline Champetier. En plus d’être le meilleur acteur français, Ferrara est un de ses meilleurs chef op.
Le dénuement est total, la dévotion absolue, il y a de l’amour dans l’air. Amour du métier, amour du spectateur pour le moins. Elle lui jette des regards passionnés, il lui chuchote des cochonneries dans l’oreille. Quoi exactement ? Ca restera entre eux, trop intime, évidemment. A ce niveau de vérité, il n’y a plus de gonzo, de POV de tags chelous, ou quoi que ce soit d’autre : c’est du cinéma, point. Sa quintessence crue. Rossellini n’a qu’à bien se tenir.

The Fist.avi
J’ai un jour pris cette vidéo sur le disque dur d’un copain, circa 2000, l’ai regardé 200 fois, puis l’ai perdu. Évidemment, avec un tel titre, et sans actrice connue, impossible de la retrouver. Crève-cœur… Le concept : une douzaine de nanas se retrouvent pour une soirée pyjama, sauf qu’en fait ça se transforme vite en réunion Tupperware de fist fucking. L’une d’entre elles a décidé d’initier ses copines à l’art délicat, s’il est bien fait, du poing dans la chatte — ou autre. Elle leur fait d’abord un speech, leur explique ce qui va se passer, plans de coupe sur les visages mi-excités mi-inquiets des dites-copines.

Puis on passe à la pratique. La cheffe montre l’exemple en passant en premier. Je me souviens encore des visages fascinés et des wow super réalistes proférés par les filles lorsque le premier poing est complètement rentré. Ensuite ça se lâche, tout le monde s’empoigne, certaines prennent double quantités, d’autres n’y arrivent pas (mais, à 4 doigts, sont chaleureusement félicitées par leurs consœurs). Et à la fin tout le monde est exténué et se fait des bisous sur les tapis de sol. Aujourd’hui, la pratique s’est banalisée, mais y a 15 ans, je pense que c’était encore assez exceptionnel et que la plupart faisaient ça pour la première fois. Et si ce n’est pas le cas, comme toujours avec le porno, la réussite d’une scène se juge à la capacité des acteurs à faire croire qu’ils ne jouent pas ; ce n’est pas si différent du cinéma classique donc.

Le démon (Jack Tyler)
Tyler, c’est le dernier utopiste du X français, le seul qui croit encore, dans la lignée des années pré-Giscard, que le porno tient plus de l’art que du sport, et surtout qu’il peut changer le monde. Le démon, réalisé en 2008, est son chef-d’oeuvre. Avec entre autres HPG et Tiffany Hopkins (la muse de Tyler, sa Béatrice Romand même si ça le rend fou qu’on le compare à Rohmer), le film offre une réflexion sur le métier de pornographe, à travers le personnage de Victor Duchemin, érotomane cloué sur une chaise roulante, quelque part entre James Stewart dans Fenêtre sur cour, et Stephen Dwoskin, cinéaste expérimental anglais fasciné par la douleur physique, condamné à projeter ses pulsions scopiques sur l’œilleton de la caméra. Deleuze disait que «le cerveau, c’est l’écran» ; c’est précisément le sujet du Démon : en quoi la pornographie est, plus que tout autre genre, une rêverie participative, une victoire de la fiction sur le réel dépravé.

French Beauty (John B Root)
Avant Tyler, dans la veine utopiste triste à la Houellebecq, il y avait John B.Root. Il est depuis passé à autre chose, mais en 2001, toutes les conditions étaient réunies pour que French Beauty soit une réussite. Déjà, c’est le premier film d’Ally MacTiana, à qui B.Root, fou amoureux, consacrera quelques années plus tard un film sobrement intitulé Ally. C’est surtout celui où le système B.Root fonctionne le mieux : les acteurs sont impliqués dans la fiction, la joie sur le plateau est manifeste, le propos est visionnaire (c’est une sorte de remake de Théorème de Pasolini, avec un ange qui descend sur terre pour pervertir — c’est-à-dire dans le langage B.Rootien « libérer » — une famille bourgeoise) et la grande scène de baise au milieu du film est magique…

Fashonistas (John Stagliano)
Franchise historique pour plein de raisons : le premier (2002) était tourné en 35mm pour un budget dément (500 000$) quand on pense à ce qui se fait aujourd’hui ; il a établi un record d’AVN awards ; c’est le sommet de la relation entre John « Buttman » Stagliano et son meilleur disciple Rocco ; c’est le début de la carrière américaine de Manuel Ferrara ; Belladonna n’a jamais été plus belle… Le 2, sous-titré Safado, est beaucoup plus ingrat visuellement mais y a encore de belles choses, notamment le fameux «punch me in the stomach» lancé par une Sasha Grey alors débutante au pauvre Rocco qui n’en revient pas de se faire dominer par la dominée. Je ne crois pas avoir vu le 3, ou je l’ai oublié.

Pirates : The Stagnetti’s revenge (2008)
Fait rare, cette parodie X de Pirates des Caraïbes 2 est supérieure à l’originale (et au premier). Qu’en dire ? Belladonna, Katsuni, Sasha Grey, Jenna Haze, Jesse Jane, l’impayable Evan Stone en capitaine, des serpents de mer, des squelettes en image de synthèse, du fric utilisé à bon escient, des dialogues bien écrits et bien joués… Je ne sais pas si c’est super Chaos tant c’est l’incarnation du X mainstream. Mais si le porno n’était que ça, crois-moi on serait plus heureux.

Kristina Rose is Slutwoman (with Manuel Ferrara)
Il y a un très long billet sur letagparfait.com à propos de cette scène (qu’ils m’ont faite découvrir, ainsi qu’à un tas de gens) donc je ferai court : un garage souterrain éclairé au néon, le claquement des talons sur le béton, la caméra qui avance et recule langoureusement, sans montage ou presque (ce serait criminel), Manuel Ferrara viril mais correct (comme toujours), et Kristina Rose en transe qui lui hurle « I love you, I love you, there’s no one else but you » à Ferrara qu’on sent un peu sonné de recevoir tant d’amour. Et puis toi spectateur, presque gêné de voir toute cette intimité étalée, et en même temps incapable de décrocher tant il est rare d’apercevoir de tels moments de vérité dans un porno.

La chienne (John Leslie)
C’est simplement le premier porno que j’ai vu sur Canal Plus, en crypté – super chaos donc. Les jeunes l’ont oublié, et tant mieux pour eux, mais à l’époque, 1) il n’était pas aussi facile de se procurer du porno et le film du mois sur Canal, même derrière une passoire, était particulièrement prisé 2) le système de cryptage faisait qu’on entendait rien mais qu’on voyait quand même assez bien ce qu’il y avait à voir. Les détails étaient indiscernables, mais les situations étaient compréhensibles, et pour mon premier porno, je crois que c’est une chance de l’avoir vu comme ça, avec cette distanciation technique, avec ce flou artistique, avec ce grésillement entêtant. Je n’ai jamais osé le revoir normalement (et n’ai donc pas la moindre idée de quoi ça parle), pour ne pas briser la magie du souvenir.

L’essayeuse (Serge Korber)
J’ai vu ce film en 2011 à la Cinémathèque, a l’occasion de la « Nuit de la grande chaleur », programmé à l’occasion de la sortie de l’incroyable Dictionnaire du cinéma érotique et pornographie français en 16 et 35mm de Christophe Bier. Pour l’occasion, l’incollable Bier avait sorti des caves de la Cinémathèque, un incunable de 1975 (remarquablement) réalisé par Serge Korber (qui a fait certains De Funes très cool, dont L’homme orchestre), dont toutes les copies sauf celle que nous voyions ce soir-là avaient été détruites pour « outrage aux bonnes mœurs« . J’ai un peu oublié l’histoire, je me souviens juste d’un type qui matait dans une boutique de sous-vêtements, de bourgeoises émoustillées dans un sauna gay et d’une partouze finale assez longue et conceptuelle. Je n’ai pas de fétichisme particulier pour le X des 70’s, mais ce film est sidérant de liberté et donne un aperçu de ce que le genre a perdu avec les années : des corps variés, jeunes, vieux, blancs, noirs, beaux, laids, des hétéros et des homos dans la même scène. La soirée s’était poursuivie avec un Maléfice Porno du pire acabit, sans doute plus chaos dans le fond, mais dont mon seul souvenir est une aiguille plantée dans le sexe d’un homme noir pour le torturer.

Rêves de cuir (Francis Leroi)
Pour être sincère, j’ai un peu oublié le film, mais Sandrine Rinaldi aka Camille Nevers a écrit dessus dans les Cahiers en 1992, et rien que ça, c’est Chaos

behind the green

RLV CHAOSROMAIN LE VERN

Defiance of Good (Armand Weston, 1976)
Un porno pas comme les autres qui commence comme un drame social à la manière du Ken Loach de Family Life (charge contre le puritanisme, parents démissionnaires, spleen ado), se poursuit comme un film d’horreur façon Luis Buñuel (démiurge sadien, visions oniriques, rites initiatiques SM, quête de jouissance, reconnaissance du désir) et s’achève sur un twist cauchemardesque que je n’avais pas vu venir à l’époque. C’est très excitant et, d’un seul coup, à cause d’un plan, d’une image, ça devient ultra flippant. Dans cette merveilleuse partouze de monstres, il y a Jean Jennings, 18 ans lors du tournage, innocente et débauchée, femme de Joe Spinell à la ville. Gaspar Noe ne s’en jamais remis, moi non plus.

Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972)
Pour la légende merveilleuse de la porte verte. Pour l’incroyable Marilyn Chambers au look de girl next door qui, avec Linda Lovelace (Gorge profonde) et Georgina Spelvin (The Devil in Miss Jones), est devenue une figure emblématique de la décennie seventies marquée par la libération sexuelle. Tout le monde ou presque a déjà vu cette formidable pub pour le désir tournée en un jour (!) et beaucoup de choses restent dans les mémoires (le club bizarre où les libertins masqués contemplent ce qui se produit sur scène, l’orgie avec les prêtresses gourmandes et affamées, la manière généreuse dont la somnambulique Marilyn se tord de désir et offre son corps, la manière si nouvelle dont les corps se mélangent, beaux, moches, noirs, blancs). C’est probablement ce que le cinéma X a produit de plus excitant. Mais si, pour moi, Derrière la porte verte est au-dessus des standards 70’s susmentionnés, c’est aussi parce que rien n’est plus beau, plus chaos, plus joyeux et en même temps plus triste que cette séquence Lynchienne avant l’heure où Marilyn Chambers, enlevée et séquestrée par deux hommes (joués par les frères réalisateurs), débarque dans une pièce blanche, s’allonge et ne sait pas ce qui l’attend derrière la porte verte. Avant cette entrée sur scène, une autre femme la prévient, avec une voix douce et rassurante : le lendemain matin, la sleeping beauty aura tout oublié; elle se souviendra juste que cette nuit-là, elle a été aimée.

Corps de chasse (Michel Ricaud, 1989)
Le réalisateur Michel Ricaud avait compris, et ce bien avant nous, que le bon goût était l’ennemi de la créativité. Parmi ses nombreux méfaits, il existe ce Corps de chasse, sorte de remake parodique de La Traque (ici, trois chasseurs éméchés, rubiconds et dégueux festoient comme des porcs en expliquant « c’est quoi un bon chasseur« , urinent sur la bouffe, partent avec leurs armes en pleine forêt, violent une femme sans défense et, lorsque cette dernière se venge, se lancent à sa poursuite en prenant soin en passant d’agresser sexuellement un transsexuel) qui se révèle aussi improbable que dérangeant. Le « corps de chasse » du titre fait référence à l’une des scènes les plus dégueulasses d’un film qui, étrangement, parvient à injecter quelque chose comme un humour surréaliste, le temps d’une scène inoubliable où l’un des chasseurs tire avec son arme sur un avion dans le ciel et réussit à provoquer son crash. Sérieusement, il faut le voir pour le croire.

Emoções Sexuais de Um Cavalo (Sady Baby, 1986)
Sady Baby ferait passer Gaspar Noé pour un enfant de chœur. Dans la vraie vie, ce catholique pratiquant a fait croire il y a quelques années à son suicide, a eu 47 enfants, réside désormais en prison pour avoir fait tourner une mineure en la faisant passer pour sa propre fille. A l’heure où l’on se parle, il espère en sortant de taule monter un cirque. Lorsqu’il était en liberté dans les années 80, il jouait et surtout réalisait des pornos vraiment too much chaos comme ce dégénéré Emoções Sexuais de Um Cavalo, mû par une volonté de transgresser tous les tabous. Lorsqu’on lui reparle du film des années plus tard dans les interviews, Sady Baby affirme que tous les acteurs étaient heureux sur ses plateaux et que personne n’était forcé de faire ce qu’il n’avait pas envie de faire. La décence ou quelque chose comme ça nous oblige à ne pas énumérer tout ce que l’on y voit. Mais sachez qu’après avoir vu ce monument, si monstrueux qu’il en devient au-delà du bien et du mal, plus rien ne pourra vous atteindre. Sachez-le, vraiment. Et, entre nous, si Love a été interdit aux moins de 18 ans, on se demande bien quelle classification Emoções Sexuais de Um Cavalo obtiendrait…

Poing de force (Jean-Etienne Siry, 1976)
Cultissime porno hardcore réalisé par un gentil affichiste, ayant conçu plus d’une cinquantaine d’affiches pour le cinéma dont celle, assez connue, des Tontons flingueurs de Georges Lautner et espérant secrètement percer dans le X. Sommairement, dans Poing de force, on assiste au fist interminable d’un homme par un autre affublé d’une cagoule noire et ce dernier prend son pied en allant de plus en plus vite. Ce Poing de Force est particulièrement chéri par les fans de cinéma bis qui le considèrent à juste titre comme un pur film d’horreur, en raison de son climat anxiogène, de ses images scabreuses, de ses effets sonores et de son plan final effrayant, lorsque l’homme cagoulé retire ladite cagoule et révèle son visage zébré de cicatrices. Âmes sensibles, fuir.

Waterpower (Shaun Costello, 1977)
Ce porno s’inspire de l’itinéraire sordide de Michael Kenyon, un tueur en série ayant réellement existé qui, entre 1966 et 1975, qui s’était attaqué à une vingtaine de femmes pour les violer et leur administrer des lavements. Pour avoir commis ces actes, il avait écopé de six ans de prison. Un fait-divers effrayant ayant inspiré à Frank Zappa son morceau The Illinois Enema Bandit. Tout d’abord, impossible de ne pas faire un lien entre ce Waterpower et Forced entry (1972) du même réalisateur qui s’intéressait à un vétéran du Vietnam reconverti garagiste (Harry Reems, complice de Linda Lovelace dans Gorge Profonde) attaquant des clientes ; et déjà Costello s’intéressait moins au sexe qu’à la violence. Le passé interlope de Costello qui a produit des tonnes de porno pour le compte des Gambino (mafia new-yorkaise contrôlant la distribution des films X) y contribue pour beaucoup. Si on y croit, c’est aussi grâce à l’acteur porno Jamie Gillis – que l’on retrouvera des années plus tard aux côtés de Stallone dans Les fauchons de la nuit (1981) – hallucinant dans la peau du tueur au clystère adepte de la poire devenu justicier bourreau. Tout sauf excitantes, les scènes de sexe dans Waterpower sont glauques, à base de lavements punitifs dans le but de purifier et d’exorciser celles qui ont été soumises aux tentations de la chair. Au passage, Costello n’a pas négligé son casting et s’est servi des difformités physiques de certaines actrices comme Jean Silver, amputée de la jambe gauche à sa naissance laissant apparaître un moignon. Ce qui sidère le plus, c’est que rien n’est faux, au sens «truqué». Une séquence scatologique hallucinante est redevable à deux sœurs dans la vraie vie. Waterpower suinte le malaise ; John Hillcoat en a d’ailleurs repris un extrait dans Ghosts of The Civil Dead.

3 A.M. (Robert McCallum, 1975)
La singularité chaos de ce porno vient partiellement de l’identité de son réalisateur Robert McCallum, alias Gary Graver, chef-op pour Orson Welles et Roger Corman. Il a tourné ce premier X comme on participe à une orgie, comme un trip physique et métaphysique, et en même temps parce que dans les années 70, c’était la mode de faire du X. Le résultat n’est pas tant mémorable pour ses scènes de cul, hormis celle des « deux lesbiennes sous la douche » montée par ce gros cochon de Orson Welles himself, mais bien pour la mélancolie inhérente à la super actrice Georgina Spelvin, parcourant le récit sans en avoir l’air et son final, pas loin du tragique. Cette réussite en annonce une autre : V : The Hot One, deuxième expérience très soignée dans le porno…

Bijou (Wakefield Poole, 1972)
A l’instar de ce chef-d’œuvre de Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972), Bijou ne ressemble pas à un film porno pendant son premier quart d’heure. Les cinq premières minutes sont d’ailleurs assez démentes, opératiques, d’une absolue étrangeté : le temps d’un ballet comme De Palma en fera des rutilants plus tard, trois points de vue sont juxtaposés (celui d’un conducteur de voiture, celui d’une femme, celui d’un ouvrier) avant que, fatalement, ces destins se croisent. L’effet est d’autant plus étonnant que nous sommes induits en erreur par la musique classique créant un décalage avec ce que l’on voit à l’écran et qui n’est que celle de l’autoradio du conducteur – d’un mouvement, il l’arrête. De la même façon, le film n’est pas ce qu’il semble être. Plus tard, l’ouvrier se rend au fameux club «Bijou» caché au cœur de Greenwich village, qui ressemble à un étrange musée forain. On n’oublie pas qu’il est hétéro, qu’il se rend là où une femme aurait dû se rendre, qu’il se substitue à elle, en quelque sorte. Accueilli par une caissière sorcière, enivré par une musique de cirque, soumis à des injonctions écrites sur des panneaux lumineux, il bascule dans la quatrième dimension, succombe à un jeu de pistes et rejoint Alice au pays des merveilles. Le climat est anxiogène. Pourtant, quelque chose retient. Des lumières chaudes scintillent, des feux crépitent et dévorent, des rideaux ressemblent à des rivières dorées et enchantées, des écrans et des miroirs démultiplient le corps du Narcisse faisant naître des doubles, des créatures à contours humains venues d’ailleurs, des images surréalistes (un sexe masculin s’échappant d’une bouche, des mains géantes…) ornent les paysages comme autant de trompe-l’œil, abrogeant le temps comme l’espace. Surtout, une mélodie douce, envoûtante, nous rassure, accompagne l’errance hallucinée façon Pink Narcissus (James Bidgood, 1971) pour ne pas perdre son sujet dans un aller-simple de fantasmes. Cet homme, au corps sexuellement frustré dans la vie de tous les jours, réduit à la virilité de son métier et à la masturbation sous la douche, va découvrir dans ce club ce que signifie faire l’amour à un autre, à une femme, à un homme, à soi-même, à plusieurs. Autant d’expériences qui vont le bouleverser à jamais. Lorsque l’aube se lève, le protagoniste ressuscite de sa déambulation, s’échappe du cabaret des rêves, se tourne vers la caméra et sourit, le regard plein. Il est exactement dans le même état d’hébétude que Marilyn Chambers à la fin de Derrière la porte verte, en proie à un sortilège magique, éprouvant lui aussi ce qu’on avait raconté à Marilyn au moment de l’endormir, de l’hypnotiser : vous ne vous souviendrez plus de ce que vous avez vécu, vous vous souviendrez juste que vous avez été aimé. Pour info, Bijou était l’un des films préférés d’Andy Warhol.

Cafe Flesh (Stephen Sayadian, 1981)
Stephen Sayadian a commencé sa carrière en tant que directeur artistique pour LFP (Larry Flint Publications) avant de mettre en boîte au début des années 80 des films qui ne ressemblent à rien de connu, représentatifs d’une époque où la pornographie avait – encore – des ambitions artistiques. Au sexe libre et hédoniste des années 70 succède le sexe solitaire. Pile au moment où les premières cassettes porno sont commercialisées, Sayadian nous plonge dans un monde de surréalisme pulp amer, d’humour zarbi, de tableaux kitsch, de virus et de performance, à l’esthétique alliant mauvais goût et visées poétiques, résistant au sexe boucher. Café Flesh, son film le plus connu, se déroule après l’apocalypse nucléaire ; l’humanité est partagée en deux groupes : les «positifs» qui ont conservé la faculté de faire l’amour et la grande majorité des «négatifs», devenus impuissants. Pour accéder au plaisir, ces derniers regardent les «positifs» se donner en spectacle. Une œuvre pornographique hybride s’appropriant les codes de la science-fiction et du fantastique, dans une atmosphère de fin du monde froide et angoissée. A voir en double-programme avec un autre Stephen Sayadian, Nightdreams.

Les couilles en or (Jean-Pierre Mocky, ?)
On se souvient qu’avec L’ombre d’une chance, Mocky avait profité de la libéralisation des mœurs au cinéma et de l’avènement des premiers pornos pour proposer quelques scènes de sexe, dont l’une contient un insert pornographique de pénétration very furtif. Mais quid de Les Couilles en or? Mocky répond au CHAOS : « J’ai fait ce film X sous le nom de Serge Batman. Pendant le tournage, je portais un masque de Batman pour qu’on ne me reconnaisse pas. Mais il a été retiré de la circulation: la fille qui jouait le rôle principal a épousé un mec qui s’est obstiné à retirer tous les films de la vente. J’en ai une copie chez moi mais je n’ai pas le droit de la diffuser« . La petite histoire veut que « la fille jouant le rôle principal » soit en réalité une star du cinéma français dans les années 60-70. En off, Mocky nous avait révélé de qui il s’agissait mais comme il a une légère tendance à la mythomanie, impossible de vérifier l’existence même de ce film.

mes nuits

christophe lemaire chaosCHRISTOPHE LEMAIRE

MES NUITS AVEC … ALICE, PÉNÉLOPE, ARNOLD, MAUD ET RICHARD Michel Barny (France- 1976).
Version hard et pop de La Grande Bouffe. Ou comment se laisser aller à fond dans le chaos sexuel. Avec une chouette photo très colorisée de Roger Fellous, chef opérateur six ans auparavant de Heureux qui comme Ulysse le dernier Fernandel.

CAFE FLESH de Stephen Sayadian (USA – 1982).
Version futuriste et chaotiquement nihiliste du sexe qui annonce étrangement l’ère des années SIDA. Peut être « le » classique du porno ricain des eighties avec le non moins dérange et très cousin du Night Dreams de Francis Délia mis en boite l’année précédente.

LA FEMME OBJET de Frédéric Lansac (France – 1980).
Si le sujet chaotique (un homme, top viril, ne peut trouver la jouissance qu’avec une femme robotisée) adoucit par la présence de la lumineuse de Marilyn Jess, « la » star du porno français des années 70/80 avec Brigitte Lahaie. Et qui, aujourd’hui, est propriétaire d’un petit chien chaotique prénommé « Milhouse » à qui j’ai appris à nager et été dans une piscine Mais ça c’est une autre histoire…

L’ENFER POUR MISS JONES de Gérard Damiano (USA- 1973).
Un des tous premiers classiques du porno américain ou une femme très seule et très triste, qui n’a pas assez profité de sa vie sexuelle, se suicide en s’ouvrant les veines dans sa baignoire. Mais rassurez vous, ce n’est que le début les amis ! Elle se retrouve ensuite en enfer, ou, sous la conduite d’un diable aussi cabot que Vincent Cassel dans Sheitan , rattrape le temps perdu avant de connaître la damnation éternelle. Occasion pour Georgina Spelvin de devenir culte en un film (forcément) chaotique. Là preuve : Massive Attack (mieux que « Louise attaque » je trouve) feront de la miss leur égérie dans leur clip Paradise Circus en 2009.

AVALE TOUT, PUTAIN DE SALOPE ! de Max Noizet et Véronique Lefay (France – 1997).
Petit porno semi amateur totalement tombé dans l’oubli (aucune info dans le dictionnaire des films de Jean Tulard par exemple …. Ah ! ah ! ah !) ou Veronique Lefay (MILF du porno français des années 90 et bonne actrice) se fait partouzer par une bande d’authentiques rappeurs dans une cave de banlieue. L’ambiance, crue, et les dialogues, vulgaires (et fidèles au poétique titre !) font virer le film dans un réalisme social totalement chaotique. Perso : un vrai petit trauma !

BANDE ANNONCE MST
Ce n’est pas un film, certes, mais une compilation de plans très courts (2 par seconde !) de pénétrations et d’éjaculations montées de façons hystériques et hilarantes pendant 1 minute et présentes au début de toutes les cassettes des productions amateurs MST (initiales de «Maman Sais Que Tu Tournes ?») dans les années 90 et ou aurait trainé parmi les hardeurs cachés sous des masques, l’un des auteurs des Guignols. Mais lequel ? Chaotique de chez chaotique !

THE MASSEUSE 2 de Paul Thomas (USA- 1992).
Lointain souvenir de ce porno assez calme dans les coïts mais qui m’avait marqué pour le personnage de la masseuse mélancolique jouée tout en émotion chaotique par la divine Ashlyn Gere que l’on peut apercevoir (hors porno) dans le remake de Willard et deux épisodes de la série Millenium. La première (et dernière) fois que j’ai versé une larme d’émotion devant un porno. Qui m’a chaotisé les sens !

HPG, SON VIT, SON ŒUVRE de HPG (France. 1999).
Hervé Pierre Gustave, le chauve le plus célèbre du porno français (le Barthez du cul quoi !) se met à l’écran mais pas en scène (le film est totalement chaotique) dans ce programme sexuello/anarchisto/nihiliste ou, puisant dans les rushs des milliers de pornos qu’il a réalisé, il filme son quotidien dans tous le sens. Même les interdits. Avec plein de moments « ouf » à la fois gênants, hilarants et absurdes. Surtout quand il interviewe Henry Chapier ou quand il teste un développeur de bites. L’esprit des Marx Brothers n’est pas loin !

WATER POWER de Shaun Costello (USA- 1977).
Sorti en France furtivement dans les salles spécialisées sous le titre « Traitement spécial pour pervers sexuel », ce porno New yorkais trash (attribué à tort pendant des décennies à Gérard Damiano) offre à Jamie Gillis, star mâle du genre, le rôle « d’un maniaque au clystère qui ne peut jouir qu’en faisant des lavements à ses jeunes victimes » (Christophe Lemaire in « le cinéma X » aux Editions de la Musardine. Il ne m’en voudra pas de recopier sa phrase !). Comme le précise, à raison, le même crétin dans ce même bouquin « Un porno mythique qui préfigure Maniac à cause de son atmosphère poisseuse ». Avec, évidemment, une poire à lavement à la place d’une arme blanche. Je précise au passage que j’aime aussi certains films (au moins un ou deux) d’Eric Rohmer hein !

NEW WAVE HOOKERS (USA- 1985). De Grégory Dark.
Premier d’une longue série (il y a aura des opus 2, 3 et 4) de films chaotiquement diabolique . Là preuve, dans cet opus 1, ou Traci Lords (qui tourna qui tourna tous ses pornos avant sa majorité sauf un, le dernier !) grimée en suppôte de Satan avec une queue fourchue se fait coïter par le bras droit de Dieu. Sous entendu que le paradis serait en fait l’enfer et vice versa. Si c’est pas chaotique ça ! Gregory Dark bardera ses suites, très psychotiques et rock, de souteneurs maléfiques, de partouzes étranges et de personnages hors normes inspirés, dit il, par ses visions répétées du El Topo de Jodorowsky. Allez donc prendre plaisir à un film de Jacques Doillon après cette fureur ambiante !

THUNDERCRACK

ericERIC PERETTI

Thundercrack! (Curt McDowell, 1974)
Parce qu’écrit et interprété par George Kuchar, et qu’on y croise des personnages nommés Mr. Chandler et Mr. Bing !

Smoker (Michael Constant & Ruben Masters, 1983)
Parce qu’il y est question d’arme nucléaire dans un vibromasseur, de sadomasochisme et de voyeurisme, et que derrière le pseudo Veronika Rocket se cache un couple d’artistes ayant œuvré sur les décors de L’Ange de la vengeance de Ferrara et Cafe Flesh de Stephen Sayadian.

Shauna, Every Man’s Fantasy (Roberta Findlay, 1985)
Parce qu’il s’agit d’un montage crapoteux de séquences non utilisées avec l’actrice Shauna Grant, qui venait de se suicider, (ac)couplées à des interviews de comédiens se remémorant la malheureuse alors même qu’ils sont en train de forniquer.

The Final Sin (Cecil Howard, 1977)
Parce qu’un vétéran du Vietnam paraplégique manipule sa fille et son fils adoptif dans un jeu de rôle sexuel malsain.

Unwilling Lovers (Zebedy Colt, 1975)
Parce qu’on nage en plein mélodrame adultérin digne d’un film de Douglous Sirk, l’énorme sexe de Rod DuMont en plus.

Let My Puppet Comes (Gerard Damiano, 1976)
Parce que bien avant Les Feebles de Peter Jackson, Damiano fait baiser des marionnettes dans un moyen métrage dont on se demande encore qui était le public ciblé.

Falconhead (Michael Zen, 1976)
Parce qu’un personnage énigmatique à tête de faucon entraîne des moustachus virils dans des rêveries de foutre et de cuir.

The Erotic Memoirs of a Male Chauvinist Pig (Ray Horsch, 1973)
Parce que la provocation a toujours été l’apanage du genre et que ce film ne se prive de rien : Golden Shower, sang, S&M, bondage, viol… Le tout avec un humour plus que douteux.

Diversions (Derek Ford, 1976)
Parce l’image de la prude Angleterre va en prendre un coup avec ce film X qui, en plus de verser dans le gore glauque et la nazisploitation, s’offre un twist final inattendu.

The Texas Dildo Masquerade (Jim Powers, 1998)
Parce l’aspect parodique du classique de Tobe Hooper va au-delà du titre et que les exactions de Pussyface semblent plus folles sous le jour de la dégueulasse image vidéo de l’ensemble.

INSID

Matthieu Rostac(1)MATTHIEU ROSTAC

Nombreux sont les réalisateurs à chercher à mettre du porno pour donner plus de souffre à leurs long-métrages « traditionnels », notre cher et tendre Lars Von Trier. Mais ils sont finalement peu à exprimer ce que le chaos peut avoir de plus beau dans des pellicules frappées du sceau de la loi X.

Derrière la Porte Verte (1972)
Longue de 72 minutes, Derrière la porte verte est une lente montée vers le plaisir. Celui de Marilyn Chambers (vu chez Cronenberg par la suite) plus précisément qui traverse une expérience sexuelle unique devant un parterre de libertins fellinien où l’on croise des obèses, des travestis et des hommes aux petits zizis, et qui se terminera dans un gang bang monté sur trapèze. Mieux, les scènes de jouissance – comprenez, d’éjaculation masculine – se composent d’un enchaînement de plans en slow motion, au négatif et aux couleurs éclatés. Le paroxysme du sexe psychédélique.

Tintin chez les négros (1998)
On ne sait pas grand chose du contenu de ce film produit à la fin des années 90, si ce n’est qu’il s’agit de la seconde réalisation de l’acteur mythique des seventies Jean-Pierre Armand après Germi-anal, et que Piotr Stanislas, acteur connu pour sa faculté à s’auto-sucer, figure en bonne place au casting. Mais ce titre, bon Dieu, ce titre… Sérieusement ?

Deep Inside Annie Sprinkle (1981)
Au tout début des années 80, et alors que l’industrie du porno n’est pas encore majeure, Annie Sprinkle va faire exploser tous les codes du porno : d’abord, elle passe derrière la caméra, chose normalement réservé aux hommes d’un certain âge à l’époque ; ensuite, elle va mettre en scène ses fantasmes les plus fous sur bobine puis les présenter au spectateur face caméra. Une œuvre hors norme, en forme de réquisitoire du plaisir féminin et dans laquelle Annie Sprinkle transgresse l’illusion du cinéma pour présenter ses fantasmes à défaut d’en être un.

Uranus Experiment (1999)
Silvia Saint qui pratique le coït en apesanteur… La scène a beau durer seulement une vingtaine de secondes, elle est toujours la seule partie de jambes en l’air non simulée (on t’a vu, Moonraker !) qui ne souffre d’aucune gravité à ce jour. Une prouesse filmée à plus de 3300 mètres d’altitude dans un avion loué pour l’occasion par la société Private, pas très regardante sur les moyens quand il s’agit de faire dans le chaos. D’ailleurs, Uranus Experiment ne s’arrête pas en si bon chemin en matière d’exclusivité et peut se targuer d’être le seul film étant parvenu à réunir Robert Del Naja et Liam Howlett, les têtes – de cochons – pensantes de deux groupes cultes des années 90, respectivement Massive Attack et The Prodigy, pour sa BO.

Pirates II : Stagnetti’s Revenge (2008)
Le porno peut-il donner naissance à un film à grand spectacle ? C’est la question qu’a posé la maison de production Digital Playground en 2005 avec Pirates, avant de doubler la mise trois ans, un sequel et un budget faramineux de 8M$ plus tard. Alors qu’à l’accoutumée, les scènes de comédie sont censées « meubler » les interludes entre les scènes porno, Pirates II prend le pari de développer une véritable histoire (certes pas toujours très solide) à grands renforts d’effets spéciaux CGI, de costumes et de décors clinquants. Un ennui ferme mais une expérience totale devant cette resucée de Pirates des Caraïbes dont les scènes XXX sont noyées dans une narration étirée au maximum (138 minutes, quand même). Comme un film de David Fincher, quoi.

Alice in Wonderland : An X-Rated Musical Comedy (1976)
Au milieu des années 70, le producteur Bill Osco, pionnier du cinéma érotique aux États-Unis à qui l’on doit notamment le grotesque et jouissif Flesh Gordon, n’a qu’une idée en tête : mettre en forme la première comédie musicale porno. Parce qu’un producteur porno se doit toujours d’être à l’affût du bon coup, Osco se jette sur les droits d’Alice au Pays des Merveilles, qui viennent alors de tomber dans le domaine public. Une Kristine DeBell fraîchement élue covergirl de Playboy – et qu’on reverra ensuite aux côtés de Jackie Chan dans Le Chinois – jongle entre chansonnettes et parties de sexe avec le Chapelier fou devant la caméra d’un Bud Townsend tout droit échappé du film d’horreur Terror House. D’abord classé X, la 20th Century Fox remonte une version soft et récolte 90M$ dans la foulée. Et en 2007, le film connaîtra une nouvelle adaptation, sur les planches en off-Broadway. Au pays du musical, du vrai.

3 AM : The Time of Sexuality (1975)
Véritable star depuis sa prestation de Miss Jones dans le Devil du même nom, Georgina Spelvin a tourné dans plus de 70 films porno dans sa carrière. Mais l’un d’entre eux a été plus important sans que l’on sache pourquoi pendant longtemps. 3 AM : The Time of Sexuality est un film relativement banal, au détail près que sa scène de saphisme en cabine de douche a été montée par… Orson Welles. Oui, Charles Foster Kane lui-même. Le résultat demeure ambigu, sans que l’on sache vraiment si l’étreinte filmée submerge de plaisir Georgina ou si cette dernière est prise d’une immense souffrance. Sans doute un peu des deux.

Along Came the Spider – Perverted Stories 32 (2003)
OK, les intrigues complètement chaos dans le porno sont légion, entre Blanchefesse et les sept mains et Edward Penishands. OK, Along Came the Spider est une scène et non pas un film porno à proprement parler. Mais voir une femme déguisée en araignée en train de turluter un pauvre couvreur-zingueur dans un grenier d’une banlieue middle class américaine vaut le détour. Sans parler de cet incroyable épilogue où la pauvre victime de la veuve noire carton-pâte se retrouve « enveloppée » de fil de soie, prête à être dégustée par sa partenaire du jour.

Le sexe qui parle (1975)
Le titre du film laisse peu de place au doute. Le vagin de Joëlle, incarnée par la jeune et jolie Pénélope Lamour dont ce sera le seul film, se retrouve possédé, se met à parler comme le tueur de L’éventreur de New York de Lucio Fulci en lâchant des saloperies et dirige l’esprit de son hôte, totalement déboussolé. Une forme de zombification génitale dont l’absurdité géniale avait à sa sortie séduit le président Edgar Faure et Eugène Ionesco. Rien que ça.

N’importe quel film de Daikichi Amano
Cet artiste totalement chaos qu’est Daikichi Amano, qui a largement valorisé le concept de tentacle porn au Japon et ailleurs, c’est encore Agnès Giard qui en parle le mieux : « Dans les années 80, un ancien designer de pub, Daikichi Amano, va dans un restaurant d’anguilles et comme dans tous les bons restaurants, pour montrer que les produits sont frais, il y a des aquariums avec des anguilles en question. Le cuisinier sort les anguilles et les tue devant les clients donc c’est vraiment très frais. Lui, voyant les anguilles bouger sur la table – elles continuent à bouger alors qu’elles ont eu la tête tranchée – se dit que leurs mouvements sont particulièrement poétiques et beaux. Et ça lui donne l’idée, vu que le marché du X est saturé d’étreintes conventionnelles, dit-il, ça lui donne envie d’utiliser une anguille comme partenaire sexuel. Donc il fait un film où l’actrice s’enfile, littéralement, des anguilles dans le vagin et l’anus. » Marche aussi avec des vers, des crapauds et autres êtres vivants rampants et gluants.

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Philippe Rouyer photo PositifPHILIPPE ROUYER

(Par ordre chronologique)

Devoirs de vacances (anonyme français, 1920).
Un des films primitifs les plus trash qui nous invite à l’intérieur d’un couvent. Là, en toute simplicité et dans la plus grande confusion des genres, deux religieuses, une novice, un confesseur, un jardinier et un chien s’essayent à toutes les combinaisons.

Derrière la porte verte (Artie & Jim Mitchell, 1972)
En filmant l’acte sexuel comme un rituel mystique, les frères Mitchell ne se contentent pas de bousculer la routine d’un genre encore à ses débuts. Devant une mosaïque de partouzeurs voyeurs qui assurent la mise en abîme, Ils célèbrent l’apocalypse du hard dans un délire de filtres et d’effets de solarisation qui renvoient à l’ultime bobine de 2001 : l’odyssée de l’espace.

L’Enfer pour Miss Jones (Gerard Damiano, 1973)
Le plus chaos des classiques du porno puisqu’il se présente comme une quête du péché. Chassée du paradis, l’héroïne est renvoyée sur Terre pour connaître au moins le plaisir d’avoir croqué la pomme et, dans une scène mythique, de s’être frottée au serpent. Le finale sublime offre rien moins que la matérialisation des enfers comme lieu de la frustration permanente via une masturbation frénétique éternellement inassouvie.

Mes nuits avec… Alice, Pénélope, Arnold, Maud et Richard (Michel Barny, 1976)
Michel Barny, qui restera comme le plus cinéphile des pornographes français, a parfaitement réussi son remake de La Grande Bouffe. Raconté par ses héroïnes mortes, le récit de ces quatre copines qui se suicident par le sexe se permet toutes les audaces. Grâce à un budget confortable et au talent d’un auteur qui rejoint Tex Avery dans l’invention visuelle (la masturbation à la dynamite), avant d’oser filmer la mélancolie de l’orgasme.

Petites Filles au bordel (Francis Leroi, 1980)
À la veille de l’arrivée du porno en vidéo, Francis Leroi fait ses adieux au cinéma de papa avec un film nostalgique et rigolo, qui revisite toutes les figures du genre en osant le parallèle lupanar/film porno. La fantaisie des situations permet de conjuguer excitation et distanciation, de faire jouir Toulouse-Lautrec et de déclamer du Marquis de Sade en plein coït.

Corps de chasse (Michel Ricaud, 1982)
Une partie de chasse vire au glauque et au scato, avec viol, excréments, huile de vidange et blessures sanglantes. Le film doit son titre à la scène mythique où un chasseur enfonce un cor de chasse dans l’anus d’un transsexuel, avant d’uriner dedans. Indépassable dans la poésie de l’horreur porno.

New Wave Hookers (Gregory Dark, 1985)
La prostitution, sujet de tous les délires pour le réalisateur Gregory Dark, qui veut que le porno soit «comme un putain de carnaval, avec des situations extrêmes, grotesques». Comme par exemple, la bombe Traci Lords, encore mineure à l’époque du tournage, affublée de deux cornes de démons, entreprenant un client arborant une auréole en ferraille.

Buttman’s Ultimate Workout (John Stagliano, 1990)
Chef-d’œuvre absolu du gonzo, ce deuxième volet des aventures de Buttman, l’obsédé des culs de femme, pulvérise la distance entre l’homme à la caméra et ses modèles pour réinventer le tournage d’une scène porno. Il légitime ainsi la caméra subjective et replace le spectateur au cœur du dispositif hard en abolissant la distance de l’écran.

Les Putes de l’autoroute (Michel Ricaud, 1991)
Tenessy, une ex-Miss France, incarne une de ces amazones qui se disputent les michetons à coups de tronçonneuse sur les bords de l’autoroute. Dans son film le plus délirant, Michel Ricaud, qui a lui-même composé la chanson de hard-rock du générique, enchaîne les visions fantasmatiques comme «la femme-pneu» et «l’homme-carte de France».

La série Intimité violée par une femme (Michel Soulier, 1991 à 1997)
La hardeuse Laetitia déboule chez les particuliers pour les interviewer sur leur sexualité et filmer leurs ébats qu’elle partage parfois. Même si progressivement des professionnels se sont mêlés aux amateurs, la série a su garder la fraicheur de l’authentique. Pas de maquillage, ni de scénario, mais un témoignage sur la France profonde avec la levrette sur le tapis du salon, à côté des pots de fleur et des bouteilles de l’apéro.

PRO

profchaosPROFESSEUR THIBAUT

Dans le désordre le plus complet :

THE OPERATION (Jacob Pander et Marne Lucas, 1995, Etats-Unis)
Quand la technologie se mêle à la chair. Dans une dalle d’opération, un couple s’adonne à l’acte sous l’oeil scrutateur de ‘’chirurgiens’’. Filmé en caméra infra-rouge, The operation abolit la barrière de la peau et montre une thermo-cartographie du corps jusqu’ici inédite. 13 minutes de lumières totalement fascinante.

MESSE NOIRE (réalisateur inconnu, 1928, France)
Un régiment de femmes nues s’humilie avant de s’adonner à une messe noire. Loin, très loin de l’image que l’on se fait du porno grivois et rigolo de grand papa. 6 minutes païennes proprement indispensables. Et en plus c’est très beau. Y a pas à dire Satan bouche un coin !

MALEFICES PORNO (Eric de Winter, France, 1976)
‘’Ce film pose un problème d’une gravité hors du commun. En dehors des images lourdement et précisément sexuelles, développées dans les modalités les plus sordides – le film se hisse très rapidement à un niveau qui excède le simple classement sur la liste des pornographiques au sens des articles 11 et 12 de la loi du 30 décembre 1975. Il se charge, en effet, de séquences de cruauté et de sadisme – tortures ; scènes de sang ; sévices sexuels – de racisme – une longue scène où un homme noir est complaisamment réduit à l’état d’objet sexuel – de terreur enfin – la vision de l’épouse plongée nue et inconsciente dans un bain d’acide sulfurique. En dépit de l’insigne médiocrité de la réalisation qui en assourdit l’effet, la Commission de contrôle a considéré que ce film déshonorant ne représentait pas seulement une atteinte à la personne humaine, mais un danger pour l’intégrité mentale et psychique d’une part importante du public même adulte. Elle a estimé, en conséquence, à l’unanimité, que le seuil de l’interdiction totale était atteint.’’ Commission du 8 février 1977. C’est un peu exagéré bien sûr, commission de censure oblige, mais voilà un film aussi sombre que la caverne dans lequel il a été tourné.

NEW WAVE HOOKERS (Gregory Dark, 1985, Etas-Unis)
Extravaganza post-punk porno. Tout est dans le titre. L’argument minimaliste appelle à la rescousse la logique du rêve. Le résultat est un intense carnaval grotesque particulièrement soignée au niveau des décors et des costumes soutenu par la mise en scène véloce et enfiévrée de Gregory Dark. Et l’on n’est pas près d’oublier l’apparition de Traci Lords dans son jolie costume de diable rouge. A se damner.

CORPS DE CHASSE (Michel Ricaud, 1982, France)
Certainement la quintessence d’une spécialité française, le hard-crad. Démarquage de La traque de Serge Leroy saupoudré d’un zeste de Grande Bouffe de Marco Ferreri, l’ahurissant Corps de chasse s’abime dans un sordide qui confine au nihilisme. Viol, émasculation, vomi, urine, huile de vidange, crachats et j’en passe. Terminado la rigolada !

FORCED ENTRY (Shaun Costello, 1973, Etats-Unis)
Dérangeant à plus d’un titre, Forced entry décrit le parcours meurtrier d’un vétéran du Vietnam psychotique. Sexe forcé et meurtres en série. Histoire d’aggraver son cas, Shaun Costello caviarde ses brutales scènes de sexe d’images d’archive de la guerre du Vietnam. Le malaise persiste bien au delà de la projection.

NIGHTDREAMS (Francis Delia, 1981, Etats-Unis)
Porno avant-gardiste et essentiel. Basé sur le concept du spectacle de vaudeville à la ricaine, Nightdreams s’égrène en une série de vignettes expérimentales tour à tour inquiétantes, drôles et farfelues. De l’enfer au paradis en passant par la cuisine de la ménagère et surtout l’ouest sauvage. Un segment à l’intérieur duquel une reprise métallique de Ring of fire par Wall of voodoo soutient à merveille la performance de trois cowgirls !

WATERPOWER (Shaun Costello, 1977, Etats-Unis)
Si pendant une courte période le porno façon Gorge profonde a caressé l’idéal d’une société décomplexée, des oeuvres comme Waterpower ont bien vite remis les pendules à l’heure. Terreur sexuelle et torture. Jamie Gillis, parfait en psychopathe névrotique, purifie ses victimes à coups de lavements ! Complètement sordide mais réellement impressionnant dans description urbaine de la folie et de la misère sexuelle.

LONG JEANNE SILVER (Alex De Renzy, 1977, Etats-Unis)
Véritable légende du porno ricain, Long Jeanne Silver doit sa notoriété à son tibia atrophié. Dans ce pseudo-documentaire, elle se confie sur ces habitudes sexuelles. L’exploitation poussée dans ces derniers retranchements. Inutile d’en dire plus.

CALIGULA (Tinto Brass, 1979, Italie/Etats-Unis)
Plus chaos tu meurs. Décadent, grotesque, délirant, Caligula est un ratage absolument magnifique, un très grand mauvais film sur l’ivresse du pouvoir. Alors que le réalisateur Tinto Brass filme pendant la journée des nains, des corps difformes et des vieilles édentées, le producteur Bob Guccione revient sur le plateau la nuit pour filmer des séquences pornographiques additionnelles. Au milieu de ce fatras grandiose, Malcolm McDowell (Caligula) passe en mode hors de contrôle sous le regard éberlué de l’acteur shakespearien John Gielgud alors que Peter O’Toole se confit tranquillement dans l’alcool.

EVIL

NICCO TUBYNICCO TUBBYTOAST

BREAKING POINT (Suede / Bo Arne Vibenius / 1976)
Edouard Billing, comptable, assouvit ses fantasmes de viol et de meurtre sur son entourage notamment ses collègues de boulot. La lenteur des plans, une bande son stressante et la passion du bonhomme pour les trains électriques créent une singulière ambiance. L’angoisse s’amplifie lorsque le pervers aborde et embarque une petite fille. Sorti en France en VHS sous le titre «Elles lui ont tout appris» au rayon porno, ce thriller glauque et chaos se rapproche plutôt d’«Henry Portrait of a serial killer does HC» qu’à un film classique.

WIDOW BLUE ! (USA / Walt Davis / 1970)
Ou l’histoire gore et tragi-pornographique de couples ayant dépassé les deux ans de passion. Eva, joint au bec souhaite virer son mari Jerry (qui la trompe avec… son propre frère) tandis que Nick voudrait se débarrasser de sa femme et conter fleurette à Eva, sa maitresse. Nick, plein de haine, passe à l’acte et décapite au hachoir. La besogne accomplie, Nick et Eva font l’amour dans les flaques de sang. Sans doute insatisfait, Nick force alors un certain Marshal à copuler avec sa sœur avant de rejoindre leurs ébats. Arrivent des amis partouzeurs, John Holmes et Sarah. Eva, qui constate que son amant n’est pas du genre fidèle le castre de manière peu élégante, avec les dents (le hachoir n’étant pas nettoyé). La bande son alterne piano et BO de French Connection au gré des scènes homos et hétéros. Il paraitrait que lors de sa sortie, ce film chaos scandalisa le public et fut retiré.

CORPS DE CHASSE (France / Michel Ricaud / 1982)
En référence à l’incroyable film de Serge Leroy, La Traque (des chasseurs, Michel Constantin et Philippe Léotard traquent Mimsy Farmer après l’avoir violé), Ricaud en reprend la trame à sa sauce. Pas mal de liquide d’ailleurs parsème cette œuvre : pénétration à l’huile de vidange, sodomie pleine d’excréments, vomissements abondants, transsexuelles a gogo. Lorsque l’une des actrices se cogne (involontairement) sur la portière d’une voiture, on se frotte le front. Du cinéma vérité. Crade et chaos.

BACCHANALE (USA / John & Lem Amero / 1970)
Ruth (incarnée par la sublime Uta Erickson) est éprise de son frère Gordon. La maman scandalisée par cet inceste est tuée par son fils. Celui-ci meurt au Vietnam. Ruth erre alors entre fantasme et réalité, pétrie de remords et de culpabilité. Ce rêve éveillé au climat horrifique (Michael Findlay y fait une apparition) est magnifiquement rendu par les jeux constants de lumière. Film chaos tourné soft en 1970, l’arrivée du hardcore oblige les frères Amero à insérer des scènes tournées par les débutants d’alors Harry Reems et le couple Jason & Tina Russell.

SEX WISH (USA / Victor Milt / 1976)
Hommage chaos à la série Death Wish, Harry Reems reprend le rôle de Charles Bronson et s’en va traquer un serial raper (Zebedy Colt) dont la ressemblance avec Danny De Vito grimé en Pingouin est frappante. Le prolongement phallique du violeur est ici une canne-épée. Ce roughie à la violence plus suggestive que graphique (contrairement au sexe) met le paquet sur la bande son. Dans une édition vhs anglaise censurée, les exactions du violeur se figent en arrêt sur image tandis que résonnent les cris de douleurs des victimes charcutées à la canne épée (!).

FORCED ENTRY (USA / Shaun Costello / 1973)
Un traumatisé du Vietnam (Harry Reems) confond son sexe avec une arme (ou l’inverse) et visite quelques dames qui ne vont guère apprécier. Celles-ci sont pénétrées par le sexe ou le couteau d’Harry (ou par les deux à la fois) durant 3 séquences hard qui couvrent la quasi-totalité des 80mns du film. Les cris de l’agresseur et les pleurs incessants des victimes terminent de traumatiser le spectateur (qui pourtant n’a pas fait le Vietnam). Film chaos réalisé par Shaun Costello pour Avon Productions, LA boite spécialisée roughies.

A GUNMAN CALLED PAPACO (Brésil / Mario Filho / 1986)
Bien avant Tarantino, Django fut cowboy brésilien, à voile et à vapeur. Trainant son cercueil (rempli de godemichets), Papaco, vainqueur d’un duel au revolver, balance un énorme glaviot sur son braquemart et sodomise brutalement son malheureux adversaire. Au saloon, il prend du bon temps avec 4 filles tandis qu’un moustachu se fait troncher par un immense cow-boy au teint glabre. La musique empruntée est de Morricone. En fermant les yeux (et en ouvrant la bouche), on retrouve la hargne et le chaos qui faisaient le charme du bis transalpin.

Vadias do Sexo Sangrento (Brésil / Petter Baiestorf / 2008)
Gros plan fixe d’une masturbation féminine. Un couple nu se poursuit dans les bois. Lui, sodomisé enfant par 48 prêtres, cherche à violer Tura. Elle, Tura (en hommage à Faster Pussycat) à finalement le dessus. Elle l’attache, lui urine dessus, le massacre à coups de buche et se distrait avec son corps. Puis, Tura et Mirza son amie lesbienne se font des papouilles. Dérangées par l’ex de Mirza, Russ (en hommage à Faster Pussycat), il viole celle-ci. Mais l’homme ne fait pas le poids (en hommage à Faster Pussycat ?) et subira un fist sanglant avec arrachage d’intestin. La suite est du même acabit : éventration, bondage, viol, combat de tronçonneuses. Le tout sur 30mns. Hystérique, gore, sexuel, avec une bande son alliant death metal et éructations, ce film est chaos !

EROTIQUES PASSIONS (France / Alain Deruelle / 1978)
Dans la France des années 70 d’Alain Deruelle, les rôles sont inversés (comme le titre du film).
Les mecs tapinent et les nanas se font racoler. « Pas d’affection pendant le boulot » vocifère Hubert à sa cliente qui veut l’embrasser. Dans son appartement, Jean-Louis astique l’argenterie mais aussi les amies de sa femme. Au moment de la vaisselle, sa femme le presse d’une fellation qu’il exécute à contre cœur. Au bout du rouleau, il appelle son pote Carmelo et lui confie son raz le bol de se faire traiter comme un objet sexuel. Naviguant entre dérision, aigreur et tendresse ce bijou d’amour et de chaos sort des stéréotypes inhérents au porno français de l’époque. Dénonçant vertement l’exploitation des hommes par les femmes, on eut aimé que ce singulier film redore le blason du « masculinisme » trop souvent rabroué depuis la soi-disant égalité des sexes.

NO CALOR DO BURACA (In the Heat of the Hole)(Brésil / Renato Alves / 1985)
Le célèbre Sady Baby (sorte de hard rocker mercenaire) viole les filles qui croisent sa route afin de venger l’agression subie par sa propre femme. Sur ce sympathique postulat de départ, des scènes étonnantes se succèdent tant dans la forme que dans le fond.
Un SDF sodomise un cochon puis une jeune femme, en l’aspergeant de lait, le tout sur Tubular Bells de Mike Oldfield. Puis, des jeunes filles nues et hilares se battent dans la boue tandis que Sady Baby est capturé par une dizaine de types bourrus qui le jette dans un trou pour lui uriner dessus. En s’échappant, le gars se retrouve dans une partouze gay où l’on s’enfile gaiement en écoutant de la musique pop mâtinée de cris de cochons. La caméra privilégie le zoom et les plans stoppent parfois brusquement (coupure pub pour du jambon ?), rien n’est raccord, c’est du grand n’importe quoi mais totalement chaos.

BERTRAND MANDICO

10 films (ou presque) porno (ou presque) chaos (total)

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Avant tout / Cafe Flesh – Stephen Sayadian – coucher avec un poisson.

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1. Peter Locke – It happened in Hollywood – Trapèze sexuel

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2. Pasolini – Les mille et une nuits – Une flèche dans le sexe.

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3. Friedkin – Cruising – Plans subliminaux (ou couteau= sexe)

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4. Borowczyk – La bête – les chevaux en ouverture.

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5. Makavejev –Sweet Movie– Carole laure dans le chocolat

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6. Otto Muelh – Maman et Papa – Oeuf dur et testicules

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7. Godard – Tout va bien – Jane Fonda brandit une photo de sexe en érection… tout va bien.

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8. Yoko Ono – La mouche – Une mouche sur les poils pubiens de Yoko… un mouche sur lé téton pubien de Yoko.

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9. Donald Richie – Cybéle – Corps au sol, sexes ouverts, bouche ouverte, boue…

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10. Jean Genet – Un chant d’amour – Revolver dans la bouche, fume

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Après tout /Klaus Kinski – Paganini – La bouche de Klaus joue du violon.

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



One Response to LES 10 PORNOS LES PLUS CHAOS DU MONDE

  1. Stéphane Derdérian says:

    On peut y inclure aussi

    LE FOU DE MOMTMENRENCY (Michel Ricaud)
    LES PRODUCTEURS DU VICE (Michel Ricaud)

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