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Published on février 28th, 2015 | by Romain Le Vern

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LES 10 FILMS LES PLUS CHAOS DU MONDE

jury chaos A l’heure où le chaos règne, nous avons demandé à un panel de journalistes cinéma leurs dix films les plus « chaos » de l’histoire du cinéma. Soit dans l’ordre de cette photo de famille :

VINCENT MALAUSA, ROMAIN LE VERN, SYLVAIN PERRET, MAXIME DONZEL, PHILIPPE ROUYER, GÉRARD DELORME, ROMAIN BLONDEAU, PROFESSEUR THIBAUT, KINOSCRIPT, STEPHANE DU MESNILDOT & JEREMIE MARCHETTI.

NB. Il y a un intrus sur ces photos. Sauras-tu le retrouver?

 

rbloROMAIN BLONDEAU

SCHRAMM (Jörg Buttgereit, 1993)

SCORPIO RISING (Kenneth Anger, 1964)

HENRY, PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER (John McNaughton, 1986)

NEKROMANTIK 1 & 2 (Jörg Buttgereit, 1987 & 1991)

AUGUST UNDERGROUND MORDUM (Fred Vogel, 2003)

AFTERMATH (Nacho Cerda, 1994)

A MINUIT, JE POSSEDERAI TON AME (Jose Mojica Marins, 1964)

TRASH HUMPERS (Harmony Korine, 2009)

FAMILY PORTRAITS : A Trilogy of America (Douglas Buck, 2007)

I PISS ON YOUR GRAVE (Eric Stanze, 2001)

gégéGÉRARD DELORME

NIGHTMARE ALLEY (Edmung Goulding, 1947)
15 ans après le séminal Freaks, un grand film méconnu (peut-être parce que trop mainstream) sur les rapports entre normalité et monstruosité. Tyrone Power, une des stars de la Fox, joue un employé de cirque ambitieux qui finit dans une position incroyablement dégradante.

DEMENTIA (John Parker, 1955)
Un film réellement unique (son metteur en scène n’en a jamais refait), à l’ambiance de cauchemar éveillé, raconté du point de vue d’une fille qui a tué son père. Pas de dialogue, photo en noir et blanc par le chef op d’Ed Wood, et une apparition d’Angelo Rossito.

CARNIVAL OF SOULS (Herk Harvey, 1962)
L’atmosphère pénétrante autant que l’histoire (une femme, qui est peut-être morte, émerge d’une rivière avant de reprendre son métier d’organiste dans une église), ont inspiré une série ininterrompue de films comme La nuit des morts vivants, Eraserhead, Sixième sens, Les revenants et jusqu’à It follows.

TOBBY DAMMIT (Federico Fellini, 1968)
Terence Stamp prend du LSD et passe une nuit de folie à Rome en faisant du sexe avec tout ce qui vient. Fellini adapte Edgar Poe, et c’est stupéfiant.

LA MONTAGNE SACREE (Alejandro Jodorowsky, 1973)
A la fois festin visuel et poème délirant, cette expérience initiatique révèle des richesses inédites à chaque nouvelle vision, sans jamais lasser.

SWEET MOVIE (Dusan Makavejev, 1974)
Un pur produit de son époque, psychédélique et transgressif, ce film serait impensable aujourd’hui, notamment à cause des scènes d’Anna Prucnal qui fait du sexe avec des enfants.

FUDOH (Takashi Miike, 1996)
Sous les ordres d’un fils de yakuza déguisé en premier de la classe, des élèves jouent au foot avec la tête de leur prof d’anglais et des lycéennes lancent des fléchettes avec des sarbacanes vaginales. Peut-être pas le meilleur film de Miike, mais le découvrir pour la première fois est une expérience inoubliable.

CAT SOUP (Tatsuo Sato, 2001)
Un chat récupère la moitié de l’âme de sa sœur morte et entreprend avec elle un voyage pour essayer de lui rendre la vie. D’après l’œuvre de la mangaka Nekojiru, suicidée en 1998. C’est beau, cruel et poétique et ça ne dure que 32 minutes, mais il y a plus d’idées et de rebondissements surréalistes que dans toute l’œuvre de Quentin Dupieux.

SYMBOL (Hitoshi Matsumoto, 2009)
Un homme est prisonnier d’une chambre blanche couverte de protubérances en forme de bite. Chaque fois qu’il presse un de ces interrupteurs, un objet se matérialise qui pourrait lui permettre de s’échapper. Pendant ce temps-là, au Mexique, le lutteur masqué Escargot man s’apprête à monter sur le ring. En dépit des apparences, les deux évènements sont liés ! Stupéfiant !

EEGA (S.S. Rajamouli, 2012)
Un homme se réincarne en mouche pour se venger de celui qui l’a tué pour profiter de sa femme. Une bonne partie du succès du film est à mettre au crédit du génie qui joue le méchant face à une mouche en image de synthèse qui lui rentre dans la tête par le nez, les yeux et les oreilles. Un pur délire télougou.

pervMAXIME DONZEL

L’INCONNU (Tod Browning, 1927)
« Par amour pour sa partenaire qui déteste les mains des hommes, il décide de se faire amputer des deux bras ». J’ai besoin d’en rajouter ?

LES DIABLES (Ken Russell, 1971)
Superbe film sur les procès en sorcellerie, mais il faut voir la version non censurée, celle qui contient la scène surnommée « le viol du Christ ».

TOUCHE PAS A LA FEMME BLANCHE (Marco Ferreri, 1973)
Un western tourné aux Halles avec Mastroianni et Deneuve. On peut voir les soldats confédérés boire un café en terrasse.

FEMALE TROUBLE (John Waters, 1974)
C’est le plus beau film de John Waters, en particulier parce qu’il donne l’impression que ce qui est étrange est en fait parfaitement normal, ce qui est mal est en fait beau. Ça vaut le coup rien que pour les looks de Divine.

GREY GARDENS (Albert & David Maysles, 1975)
Un documentaire sur la tante de Jackie Kennedy qui vit avec sa fille dans une maison délabrée. Le film est étrange parce qu’il ne donne presqu’aucun contexte (on comprend en regardant le téléfilm HBO sur le sujet), et on observe deux femmes folles à lier, dans une maison en ruines. On est fasciné et en même temps on se sent sale, c’est super.

MOMMIE DEAREST (Frank Perry, 1981)
Un film sur la relation abusive entre Joan Crawford et sa fille. Faye Dunaway en fait des kilotonnes et ça rend le film campissime, poussant au rire alors qu’on est en train de regarder une fillette se faire frapper à coup de cintre. Trop bien.

NEMO (Arnaud Selignac, 1984)
J’ai jamais réussi à revoir ce film, d’ailleurs j’ai longtemps j’ai cru que c’était un rêve que j’avais fait à 6 ans, mais non, il y a bien un film sur Némo avec Carole Bouquet, Harvey Keitel et un gorille albinos dans un ascenseur qui descend dans les profondeurs de la terre.

ZOO (Peter Greenaway, 1985)
Encore une histoire d’amputation volontaire, si je me souviens bien c’est une femme qui a perdu une jambe convainc des jumeaux chirurgiens de lui amputer l’autre jambe, parce qu’elle est obsédée par la symétrie. En même temps je vois pas de meilleure raison.

KAMIKAZE (Didier Rousset, 1986)
Je suis encore terrifié par l’idée d’une machine qui pourrait tuer les gens qui passent à la télé… enfin, terrifié mais aussi parfois j’aurais un peu envie de m’en servir.

VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY! (Tom Green, 2001)
J’aurais aimé qu’ils traduisent littéralement le titre: « Freddy s’est fait doigter ». C’est une comédie très n’importe quoi, qui provoque un malaise, parfois intentionnel et parfois on se demande si c’est pas juste nul en fait. Mais tout le long on se demande ce qu’on est en train de regarder.

stephSTÉPHANE DU MESNILDOT

L’ENFER (Jigoku, Nobuo Nakagawa, 1960)
Par le maître du cinéma d’horreur japonais des années 50, le seul film au monde où l’ensemble de la distribution (30 personnages au moins) trépasse au bout d’une heure. Les damnés se retrouvent alors dans un enfer aux allures de cabaret gore et érotique, où ils se font ébouillanter et découper en morceaux par des démons musculeux et écarlates. Comment ce film de studio a-t-il été conçu ? Pourquoi a-t-il été tourné ? A qui s’adressait-il ? On n’en sait rien.

MATALO ! (Cesare Canevari, 1970)
Le plus méconnu et psyché des westerns italiens est traversé de rock électrique et ne compte que quelques lignes de dialogues. Des desperados ressemblant à des bikers sous acide trouvent refuge dans une ville-fantôme et croisent un tireur d’élite (Lou Castel) utilisant des boomerangs à la place de colts. Insolation et improvisation bordélique dans les ruines du western italien alors proche de sa fin.

VAMPYROS LESBOS (Jess Franco, 1970)
Le génial Jess Franco inventa à l’intérieur du cinéma Bis une Factory européenne et itinérante. Au milieu de superstars éphémères comme la portugaise Britt Nichols (qui épousa un riche joueur de foot), domine l’astre noir Soledad Miranda. Vampyros Lesbos est le chef-d’œuvre de leur collaboration artistique et amoureuse : une relecture lysergique du Dracula de Bram Stoker où le vampire devient une femme fatale homosexuelle.

LES FUNERAILLES DES ROSES (Bara no soretsu, Toshio Matsumoto, 1969)
Le mythe d’œdipe joué par les travestis de Shinjuku et premier long métrage japonais sur l’homosexualité. Le film de Matsumoto est un creuset d’expérimentations folles, un document sur les milieux artistiques, politiques et sexuels undergrounds du Tokyo de 1969. C’est aussi la première apparition à l’écran de l’incroyable Peter, Lolita transgenre et futur interprète du fou dans Ran de Kurosawa.

GANJA & HESS (Bill Gunn, 1973)
Avant Du sang pour Dracula, Martin, The Addiction et surtout Trouble Everyday, le sensuel et violent Ganja & Hess est le premier film de vampire assimilant la soif de sang et le « manque » du junky. Mais l’unique réalisation de Bill Gunn relève surtout d’un genre ultra minoritaire : le film d’horreur politique afro-américain. Le vampirisme devient la métaphore d’une identité africaine que l’Amérique souhaiterait effacer, quitte à offrir aux descendants des esclaves la place de leurs anciens maîtres.

GUILTY OF ROMANCE (Koi no Tsumi, Sono Sion 2011)
Mitsuko, la bourgeoise frustrée, et Kazuko, la professeur d’université suicidaire, sont les fascinants personnages du chef-d’œuvre pink de Sono Sion. En belle de jour japonaise, Megumi Kagurazaka s’y montre la digne héritière de Naomi Tani, la reine du mélodrame SM des années 70. Le love hotel devient le revers fantasmatique de la chambre conjugale bourgeoise où tout ce qui est refoulé éclate et éjacule… jusqu’à la couleur même du film.

ELEMENT OF CRIME (Lars Von Trier, 1984)
Premier chef-d’œuvre d’un punk de 26 ans qui déjà terrorisait le Festival de Cannes. L’Europe est en train d’être engloutie sous des eaux croupies qui sont bien celles du fascisme. Alors qu’un descendant de M le Maudit assassine les petites venteuses de billets de de loto, des skins mystiques, entre Mishima et des chamans amazoniens, se jettent du haut de grues, une corde attachée à la cheville… Ce cauchemar, un peu trop proche ces temps-ci, est baigné dans une lumière jaune qui fait ressembler l’Europe en stade terminal à un tunnel d’autoroute.

HELTER SKELTER (Mika Ninagawa, 2013)
… ou les jolies choses vont en enfer. Les idolu des magazines pour teenagers vues comme des monstres rapiécés et pervers, accros à la chirurgie esthétique. La géniale Erika Sawajiri joue quasiment son propre rôle de poupée folle, droguée aux substances le plus délicieuses et nocives du capitalisme nippon. Comment résister à un film qui débute avec le Naturträne de Nina Hagen sur les images de la foule hystérique des écolières de Shibuya ?

L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS (Hélène Cattet et Bruno Forzani, 2014)
La déclaration d’amour délirante de Cattet et Forzani au cinéma de Dario Argento et Sergio Martino. A la suite de ce héros hanté, à la recherche de sa femme disparue mais surtout de ses souvenirs, on entre dans ce giallo art-déco comme dans un kaléidoscope, une chambre des miroirs où tout se brise et se dédouble. Le tueur intérieur trouve ici sa représentation la plus folle, découpant au rasoir sa victime depuis un espace impossible : derrière sa peau.

TROIS FEMMES (3 Women, Robert Altman, 1977)
Avec Trois femmes, en ayant l’idée géniale de confondre Sissy Spacek et Shelley Duvall, Robert Altman ne rend pas seulement hommage à Persona de Bergman, il invente le territoire mental d’où partiront toutes les autoroutes perdues à venir. Dans ce film unique, on croise des sorcières et des magiciennes dans une Californie crépusculaire et mystique, un culte étrange autour de créatures amphibies, et un saloon dans un désert au bord du monde.

CHAOSKSKINOSCRIPT

L’AGE D’OR (Luis Buñuel, 1930)
L’un des plus grands titres de l’histoire du cinéma, énorme scandale aussitôt interdit. Le film ne reviendra officiellement sur les écrans que 50 ans plus tard. Buñuel signe après Un Chien andalou, ce chef-d’œuvre subversif Sadien qui reste d’une modernité absolue. Il dynamite la société bourgeoise et bien pensante, aucune entrave, ni culturel, ni religieuse, ni quoi que ce soit à l’amour fou… oui pas une ride !

LES GLADIATEURS (Peter Watkins, 1968-69)
Film visionnaire qui s’apparente tout autant à un pamphlet politique qu’à un film de science-fiction. L’organisation d’une télé-réalité mise en place par les grandes puissances avec combat à mort de ces soldats. Formidable satire, de la politique, de la militarisation de la société, du spectacle permanent, de la télévision, de la publicité. Une œuvre visionnaire d’un très grand cinéaste réduit bien souvent au silence et ignoré par les festivals.

DER LEONE HAVE SEPT CABECAS (Glauber Rocha, 1970)
Le néo-colonialisme euro américain en Afrique vu par le plus emblématique cinéaste du Cinéma Novo. Trip marxiste, baroque, théâtrale, surréaliste, tout autant exaspérant qu’exaltant. C’est aussi la rencontre d’acteurs issus de genre très divers, du cinéma d’auteur pur, Jean-Pierre Léaud (Truffaut, Godard), à ceux du cinéma populaire la superbe Rada Rassimov (Leone, Garrone, Bava, Argento), Gabriele Tinti, Reinhard Kolldehoff. A ma connaissance le seul titre polyglotte d’un film et première réalisation en exil de Glober Rocha.

JE T’AIME MOI NON PLUS (Serge Gainsbourg, 1976)
Une serveuse de bar androgyne tombe amoureuse d’un chauffeur homo de benne à ordure. Celui-ci ne peut prendre du plaisir qu’en la sodomisant. Ode à la sodomie sous influence du cinéma underground avec l’acteur de la Factory d’Andy Warhol, Joe Dallesandro (Flesh, Trash, Heat). On oublie souvent que Gainsbourg fut un excellent réalisateur avec un vrai sens du cadre et du rythme.

ON A DEMANDE LA MAIN DE MA SŒUR (Lucio Fulci, 1976)
Avant sa courte période de gloire avec une série remarquable de films gore (Zombie 2, l’Au-delà, etc.) Lucio Fulci signa ce curieux film. Comédie sexy pour mettre en émoi les ados mâles des salles de quartier, La Pretora est un peu plus que cela, ce qui en fait une bizarrerie dans le genre. La pulpeuse Edwige Fenech incarne deux sœurs jumelles, l’une juge, l’autre pute. La première est nommée dans une petite ville de province où elle met à jour les magouilles entre notables tandis que la deuxième pose pour des photos osées. Sous le vernis érotico-comique se cache une dénonciation des dérives politique de l’époque. Le film, Fulci, ne se fait aucune illusion sur la nature humaine.

MALPRACTICE (Bill Bennett, 1989)
Étrange film, vu à Cannes dans une section parallèle en 89. Film destiné à la télévision dans le cadre d’une série sur les problèmes sociaux. C’est dans un style hyperréaliste et en quasi temps réel, que nous assistons à un accouchement qui se déroule mal à la suite d’une erreur de diagnostique. Accouchement cauchemardesque donc qui se termine pour la mère par une césarienne avec forceps… Le spectateur, lui, est au bord de l’évanouissement. Impressionnant.

MARQUIS (Henri Xhonneux et Roland Topor, 1989)
Le véritable film de la commémoration du bicentenaire de la révolution en 1989. Embastillée pour immoralité, Sade disserte avec son sexe, Colin, sur la vie, la bourgeoisie, les mœurs, la révolution. Sorte de Muppet Show libertaire et subversif, le film doit énormément à Roland Topor, génial touche-à-tout et l’un des fondateurs du mouvement Panique avec Jodorowsky et Arrabal.

SICK: THE LIFE & DEATH OF BOB FLANAGAN, SUPERMASOCHIST (Kirby Dick, 1997)
Le titre est en lui-même un résumé du film. Atteint de la mucoviscidose depuis l’enfance Bob Flanagan est condamné. Il découvre par la masturbation que le plaisir sexuel lui permet de supporter la douleur. Petit à petit, il évolue vers des pratiques sadomasochistes. Difficilement supportable par moments, mais qu’importe, une empathie certaine s’établit entre le spectateur et Bob Flanagan. Le plaisir des sens plus fort que la maladie même si au final elle l’emporte.

JAPON (Carlos Reygadas, 2003)
Un homme quitte tout, il veut en finir avec sa vie. Tourné dans un scope impérial dans des décors naturels sublimes de présence. Ce premier film du mexicain Carlos Reygadas est une splendeur. Là aussi c’est le croisement du cinéma d’auteur et du cinéma populaire, la fusion Tarkovski – Leone, le plan final, travelling panoramique à 360° sur une voie de chemin de fer est tout autant un hommage à la Région centrale de Michael Snow qu’au western spaghetti.

WHITE LIGHTNIN’ (Dominic Murphy, 2009)
Formidable réalisation dans un style documentaire hyperréaliste et glauque la vie de Jesco White danseur des montagnes, dingo et génial tout à la fois. Le meilleur biopic de ses dernières années (avec Control) et le meilleur rôle de la Princesse Leila, Carrie Fisher, méconnaissable.

RLV CHAOSROMAIN LE VERN

MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL (Joël Séria, 1968)
Parangon du film-chaos Hexagonal à l’instar de La Prisonnière (Henri-Georges Clouzot, 1968) et Un Cœur Fou (Jean-Gabriel Albicocco, 1969), totalement en avance sur son époque. Le génial réalisateur des Galettes de Pont-Aven (1975) s’est inspiré d’un fait-divers Néo-Zélandais (une adolescente au visage d’ange tue sa mère avec sa diabolique meilleure amie) ayant également inspiré Peter Jackson pour ses Créatures Célestes. Peut-être l’un des plus beaux et provocants films sur l’adolescence, se terminant dans du blasphème, des flammes, du Baudelaire. CHAOS TOTAL.

LE LOCATAIRE (Roman Polanski, 1974)
Trelkovsky, brave fonctionnaire paumé, ultra-timide et parano, possédé par le fantôme de l’ancienne locataire de son appart, voit des momies (et ses voisins) partout. Il perd sa virilité comme son identité, finit dans une boucle infernale. Polanski a transcendé le roman de Topor, conservant ce qui en faisait en sel (le ton grotesque-tragique d’une mauvaise farce, la scatologie, le héros poissard, le sentiment permanent d’une conspiration). Les éclairs de génie résident dans le casting dingue défiant l’espace et le temps – Bernard Fresson, Claude Piéplu, Josiane Balasko, Isabelle Adjani, Shelley Winters, Eva Ionesco, j’en passe –, dans la manière de filmer Paris la nuit ou à l’aube, et dans les nombreuses visions à glacer le sang. Des films de cette trempe, clairement, qui peuvent prétendre à rendre malade, sont rares – le dernier en date, à mon sens, c’est Bug de William Friedkin.

CÉLINE ET JULIE VONT EN BATEAU (Jacques Rivette, 1974)
Jacques Rivette est un cinéaste chaos. Si, si, je vous assure. C’est ce que ce film magique, d’une durée démentielle (plus de 3 heures), nous assure. Une fugue au temps suspendu et à l’ésotérisme assumé où l’on savoure les courses-poursuites de 20 plombes et des poussières, les décrochages, les jeux de pistes, les jeux de rôles, les raccords bizarroïdes comme les hasards objectifs. Tout cela pourrait être flippant, anxiogène et pourtant, c’est toujours doux, ludique, inattendu : Rivette ne cherche pas l’effroi mais la mélancolie. David Lynch l’a obligatoirement vu pour Muholland Drive et s’il dit non, il ment.

DEFIANCE OF GOOD (Armand Weston, 1975)
Defiance of Good a beau être un porno, il commence comme un drame social, genre du Ken Loach période Family Life (charge contre le puritanisme, parents démissionnaires, spleen ado), se poursuit comme un film d’horreur façon Buñuel (démiurge sadien, visions oniriques, rites initiatiques SM, quête de jouissance, reconnaissance du désir) et se termine avec un twist cauchemardesque chelou que je n’avais pas vu venir à l’époque. C’est très excitant et, d’un seul coup, à cause d’un plan, ça devient ultra flippant. Dans cette merveilleuse partouze de monstres, il y a Jean Jennings, 18 ans lors du tournage, innocente et débauchée, madame Joe Spinell à la ville. Bref, Defiance of Good = l’un des meilleurs porno au monde avec Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972).

HAUSU (Nobuhiko Obayashi, 1977)
Une ado se rend avec des amies dans le manoir de sa tante défunte. Là-bas, d’incroyables surprises les attendent. Bertrand Bonello qui cherche depuis des années à faire un film d’horreur pour enfants devrait regarder cette quintessence du cinéma chaos, unique, inclassable n’appelant aucune influence. C’est juste la variation sur le thème de la maison hantée la plus frappadingue au monde. Sa force réside dans sa profusion frappadingue d’artifices (images subliminales, superpositions, filtres de couleurs, split-screen, matte painting, stop motion) jusqu’à l’overdose, l’éblouissement, l’extase. Les surréalistes auraient adoré ça.

RÊVE DE SINGE (Marco Ferreri, 1977)
A New York, Gérard (Depardieu) travaille au Musée de Cire de la Rome Antique, erre dans son appartement en sous-sol infesté de rats, fréquente des potes marginaux (une veuve joyeuse, un photographe black, un pervers esseulé). Un matin, c’est la fin de son monde : les femmes dominent les hommes; d’étranges individus en combinaisons blanches musardent pas loin de chez lui; et surtout un immense singe échoué sur une plage tient contre lui une petite guenon. Peut-être le meilleur film de Marco Ferreri et bizarrement l’un des plus mésestimés : poétique, cru, désenchanté, d’une tristesse contagieuse. Avec Marcello Mastroianni dans l’un des plus beaux seconds rôles au monde.

SILIP (Elwood Perez, 1986)
Dans un cinéma philippin marqué par «400 ans de couvent et 50 ans d’Hollywood», Silip est un vrai film CHAOS, une aberration qui n’a peur de rien. Sur une île, un mâle hyper viril et deux héroïnes : l’une (Maria Isabel Lopez, ancienne Miss Philippines), une beauté effrayée par le loup; l’autre, une cochonne dévergondée. Vraie radiographie du désir qui consume du dedans et bouscule le monde autour, hallucinante à chaque scène (reprise interdite du Like A Virgin de Madonna, meurtres d’enfants, scènes de baise à côté d’un buffle qui nous fixe…). Entre Z et X, à la fois softcore et hardcore, une merveille.

SAFE (Todd Haynes, 1995)
Une bourgeoise (Julianne Moore), aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, réalise que sa vie repose sur un vide, une illusion morbide. Le corps, la peau et le sang froids, elle bascule dans la folie immunitaire, consumée par un virus inconnu, puis finit dans un centre new-age, persuadée d’avoir avalé la pilule du bonheur. Une vraie bombe nucléaire où Haynes raconte des peurs contemporaines – celles du contact humain, des apparences, de la maladie – et rappelle que plus on se protège des agressions, plus nos défenses naturelles faiblissent. La scène finale est…

SICK : THE LIFE & DEATH OF BOB FLANAGAN, SUPERMASOCHIST (Kirby Dick, 1998)
Portrait de Bob Flanagan, un super-héros qui s’est battu contre la mucoviscidose pendant 43 ans en se produisant notamment dans des happenings SM. Dans cette démarche, le performer était soutenu par une femme, Sheree Rose, photographe de l’underground californien à la fois «maîtresse» et compagne, à ses côtés pendant 16 ans. C’est une histoire d’amour, de cul, de mort où Kirby Dick a la pudeur de filmer crûment les choses, d’appeler un chat un chat, même lorsque ça fait mal et que c’est triste. Où le sadomasochisme est montré comme un art de vivre et non comme une cérémonie pour happy-few déviants. Le long monologue de Bob Flanagan situé à la fin du film me dévaste à chaque fois que je l’entends.

IT’S FINE, EVERYTHING IS FINE (Crispin Glover, 2007)
Après un mémorable – et tout aussi rare – What is it ?, Crispin Glover, qui a beaucoup appris au contact de ses amis Trent Harris (The Beaver Trilogy) et Werner Herzog (beaucoup de Et les nains aussi ont commencé petits), a réaffirmé son amour des marginaux dans ce second volet d’une trilogie hélas inachevée. Dans des conditions étranges, il a adapté le scénario de Steven S. Stewart, acteur handicapé qui s’est écrit un incroyable premier rôle de criminel sexuel assassinant des prostituées et nouant en même temps une belle relation platonique avec une vieille femme déçue par la vie et l’amour (Margit Carstensen, ancienne gloire Fassbinderienne ressuscitée). Les scènes de cul, entre Steven et les bombes sexuelles que son personnage assassine amoureusement, ne sont pas simulées. C’est du cinéma extrême, romantique, offensif, comme on aimerait qu’il soit toujours, et… invisible puisque Crispin Glover, très parano et conscient d’avoir de l’or entre les mains, n’accepte de montrer le film qu’en sa présence dans deux trois festivals. Cela fait maintenant plus de huit ans que Crispin cache son chef-d’œuvre aux yeux du monde. SCANDALE. CHAOS.


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margouillatVINCENT MALAUSA

LE DIABLE (Andrzej Zulawski, 1972)

STREET TRASH (Jim Muro, 1986)

LES DIABLES (Ken Russell, 1971)

SCHIZOPHRENIA (Gerard Kargl, 1982)

FRISSONS D’HORREUR (Armando Crispino, 1975)

TOKYO FIST (Shinya Tsukamoto, 1995)

REQUIEM POUR UN MASSACRE (Elem Klimov, 1988)

FRAYEURS (Lucio Fulci, 1980)

TIME AND TIDE (Tsui Hark, 2000)

MASSACRE A LA TRONCONNEUSE (Tobe Hooper, 1974)

jeremchaodJÉRÉMIE MARCHETTI

LA MONTAGNE SACREE (Alejandro Jodorowsky, 1973)
Comment faire plus fou qu’El Topo ? Jodorowsky, le mage divin au feu sacré, l’a fait. Un film somme, qui se ballade en monde en monde, et qui semble encore aujourd’hui coûter le triple de son budget. L’impression d’abandonner toutes ses limites, de briser toutes les frontières. Un poème monstre, qui jaillit de partout, insatiable.

HAUSU (Nobuhiko Obayashi, 1977)
Déterré de l’oubli il y a quelques années, Hausu faisait sans doute partie de ces films trop en avance sur leur temps : trop dingue, trop kitsch, trop hystérique, trop paradoxal, trop génial, trop tout. Un vrai manga live qui fait l’effet d’une tornade, et terrifie autant qu’il bouleverse.

TAXIDERMIE (György Pálfi, 2003)
Un geste de cinéma dont la beauté, l’obscénité et la crasse se disputent, se mélangent et s’accordent avec une maestria déroutante. Une fresque familiale déployant tous les tabous imaginables, gavée de plans sidérants et de personnages monstrueux, éclaboussant un cinéma à présent trop habitué à ronronner.

LES DIABLES (Ken Russell, 1971)
Un réalisateur en pleine possession de ses moyens, et sans doute possédé tout court, filmant alors la décadence, l’ignominie religieuse, le scandale, la démence et l’enfer à hauteur d’homme comme jamais. Une œuvre immense qui laisse à bout de souffle.

SUR LE GLOBE D’ARGENT (Andrzej Żuławski, 1988)
Ce n’est certainement pas le meilleur film de Zulawski (la palme revenant à Possession ou à L’important c’est d’aimer), mais sans doute le plus sidérant et le plus improbable. À la fois found footage avant l’heure, film de SF barbare et fable dégénérée, Sur le globe d’argent était d’une ambition telle, qu’il ne sera jamais achevé, laissant une œuvre puzzle constellée d’images impensables (ces suppliciés gigantesques face à la mer). Terrassant et sauvage.

ISLAND OF DEATH (Nico Mastorakis, 1976)
Sous prétexte de suivre les exactions d’un couple de beaux gosses détraqués, cet ovni du cinéma grec se révèle être une enfilade de scènes immorales flattant les plus bas instincts du spectateur, où le grotesque des situations le dispute à l’efficacité de la réalisation. On assiste hébété à la crucifixion d’un peintre français, au viol d’une chèvre, à des hippies harponnés, à un mariage homosexuel terminant dans le sang ou à une couguar fan de douche dorée qui se fera décapiter à la grue. Complètement ravagé, donc génial.

VIVA LA MUERTE (Fernando Arrabal, 1971)
À un poil de barbe (d’Arrabal), J’irai comme un cheval fou (où Emmanuel Riva se prenait une ejac faciale quand même) avait tout à fait sa place ici. Mais la part autobiographique de Vive La muerte le rend plus fort, lecture hyper trash d’une enfance spoliée, ici illustrée à grands coups de fantasmes violents et œdipiens. Le final en fanfare (au sens propre) mêlant transe surréaliste et snuff symbolique est sans doute le genre de spectacle aujourd’hui impossible sur un écran de cinéma.

SEEDING OF GHOST (Chuan Yang, 1983)
Parmi les pré-cat 3 et les films de magie noire hk, véritable vivier (caché) du ciné trash, Seeding of a Ghost est certainement le plus appliqué dans l’art du mauvais goût (bien que concurrencé par l’ultra psyché Boxer’s Omen). La vengeance d’une morte y est l’occasion d’enchaîner des séquences hautes en couleur, trouvant leur point d’orgue dans un massacre final façon The thing en plein dîner bourgeois.

L’UOMO, LA DONNA E LA BESTIA (Alberto Cavallone, 1977)
Obscur, ravagé, parfaitement infréquentable, le cinéma de Cavallone est un mystère. Si son Blue Movie est déjà très trash, Spell est son plus passionnant, ressassant des délires façon Bataille au fin fond d’un village italien. Sa conclusion infernale et scato rendrait presque jaloux un certain Lars von Trier…

A NIGHT TO DISMEMBER (Doris Wishman, 1983)
On a souvent dit qu’Ed Wood avait réalisé le plus mauvais film du monde. Mensonge ! La vérité est toute autre lorsque l’on découvre cet objet (plus ou moins) réalisé par une des reines du ciné d’exploitation. Charcuté, abandonné, rabiboché sur plusieurs années, le résultat est un slasher incompréhensible et hilarant, le tout emballé de la pire manière imaginable (raccords pas raccords, bruitages réalisés à la bouche, visions psychés intempestives, son désynchronisé…).

slychaosSYLVAIN PERRET

TETSUO (Shinya Tsukamoto, 1988)
Un avant et un après. Shin’ya Tsukamoto est LE réalisateur Chaos par excellence. Le taulier depuis toujours.

KOYAANISQATSI (Godfrey Reggio, 1982)
Le cinéma Chaos c’est la transgression, mais ça ne veut pas forcément dire tripes et déviations sexuelles. Koyaanisqatsi transgresse tout le cinéma. Le revoir c’est le redécouvrir. Et donc forcément conseillé.

LE LOCATAIRE (Roman Polanski, 1976)
Ex-aequo avec Repulsion et Rosemary’s baby. Roman Polanski distille de l’étrange à chaque recoin de l’image et façonne un implacable labyrinthe.

DEMENTIA (John Parker, 1950)
Aussi appelé Daughter of Horror, Dementia est l’unique réalisation de John Parker. Et au vu du résultat, on ne peut que le regretter.

INNOCENCE (Lucile Hadzihalilovic, 2003)
Lucile Hadzihalilovic, probablement la cinéaste la plus mésestimée du cinéma français. La maîtresse de cérémonie du cinéma Chaos.

ALUCARDA+THE MANSION OF MADNESS (Juan Lopez Moctezuma, 1974)
Ancien assistant de Jodorowsky, Moctezuma est une sorte d’équivalent de Lewis Carroll mâtiné de Edgar Poe. Chaos donc.

SCHIZOPHRENIA (Gerald Kargl, 1983)
On pourrait attribuer la réalisation autant à Gerald kargl qu’à Rybczynski, qui offrent un exercice de mis en scène sans équivalent, redoublant sans cesse d’expérimentations. Un must !

LES CHEVAUX DE FEU (Sergei Paradjanov, 1965)
Un conte traditionnel, filmé avec une maîtrise de la mise en scène incomparable qui embrase tout sur son passage.

VISITOR Q (Takashi Miike, 2001)
Surproductif, Takashi Miike a façonné une carrière riche mais parfois inégale. Avec Visitor Q, remake inavoué de Théorème de Pasolini (encore un film chaos) filmé en moins d’une semaine avec du matériel non professionnel, Miike explose la notion de famille, tout est sale et poisseux comme du Bataille. Son meilleur film, peut-être.

KOTOKO (Shin’ya Tsukamoto, 2011)
Shin’ya Tsukamoto encore, qui ne semble plus intéresser les distributeurs ou les festivals français depuis longtemps, ignorant honteusement Vital, Haze, A Snake of June. Kotoko, voisin nippon de Repulsion, est une merveille qui chuchote et qui crie à la fois, désespéré et beau comme du Céline.

CHAOSROUPHILIPPE ROUYER

LES RAPACES (Erich von Stroheim, 1924)

UN CHIEN ANDALOU (Luis Buñuel, 1928)

LA SOUPE AU CANARD (Leo Mc Carey, 1933)

SHOCK CORRIDOR (Samuel Fuller, 1963)

LA HORDE SAUVAGE (Sam Peckinpah, 1969)

MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE (Tobe Hooper, 1974)

POSSESSION (Andrzej Zulawski, 1981)

LOST HIGHWAY (David Lynch, 1997)

SEUL CONTRE TOUS (Gaspar Noé, 1998)

MELANCHOLIA (Lars von Trier, 2012)

profchaosPROFESSEUR FRÉDÉRIC THIBAUT

DEAFULA (Peter Wechsberg, 1975)
Certainement un des films les plus improbables jamais faits. Deafula est une adaptation ou plutôt une variation contemporaine de Dracula tournée en… langage des signes. Une voix-off a été ajoutée pour rendre la chose plus accessible aux entendants. Soyons clairs, ce n’est pas bon mais l’étrangeté qui s’en dégage me fascine complètement. J’ai cherché vainement le film pendant de nombreuses années pour finir par croire que c’était un fake. Jusqu’à ce qu’un ami m’en dégote une copie vhs dans un magasin de fournitures médicales à New York au milieu des années 90.

Les films du Docteur Eugène-Louis Doyen (France, 1900-1902)
A la fin du 19ème siècle, Eugène-Louis Doyen était une superstar de la chirurgie aussi célèbre pour ses opérations que pour sa vie mondaine. Très vite, il compris l’intérêt du cinématographe et filma ses opérations (séparation de soeurs siamoises, craniectomie,…) à des fins pédagogiques. Comme il utilisait la plupart du temps le plan large, il fut accusé par ses confrères de se mettre en scène. Ses films lui furent volé par un assistant qui les revendit à des forains et ces projections très brutales de cinéma scientifique rencontrèrent un immense succès. Aujourd’hui encore, ces petits films primitifs sont difficilement soutenables, renvoient directement à la fragilité du corps humain mais diffusent aussi une fascinante poésie macabre.

BLACK DEVIL DOLL FROM HELL (Chester Novel Turner, 1984)
Historiquement le premier direct-to-video de l’histoire du « cinéma ». Certains prétendent que c’est là le seul intérêt du film. On peut comprendre. Tourné en VHS, probablement monté à la gâchette de la caméra ou ‘’à la pause’’ en se servant de deux magnétoscopes, Black Devil Doll From Hell remet en cause les fondements même du cinéma. Une poupée rasta de 80 centimètres de haut possédée par un esprit maléfique terrorise son acquéreuse, une jeune bigote ! Vulgaire, misogyne, primitif et interminable malgré ces soixante-dix minutes, cette version cracra de Chucky s’impose comme une oeuvre d’Art Brut proprement indispensable. Un peu ce que le rock garage est au rock’n’roll.

ADIEU AFRIQUE (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966)
Si Mondo Cane du tandem Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi (1962) définissait les fondements du Mondo Movie, Adieu Afrique allait être le Citizen Kane de ce genre particulièrement ambigu. Sous prétexte d’observer impartialement la décolonisation africaine, Jacopetti et Prosperi livre un film enquête, véritable carte postale en provenance de l’enfer, véhiculant les pires clichés sur l’Afrique tout en offrant une tétanisante leçon de cinéma. L’Afrique s’effondre en Cinémascope et couleurs, Jacopetti et Prosperi enchainent épouvantables massacres et safaris putassiers, le duo retardant même l’heure d’une exécution pour capter la bonne lumière. Parait-il une anecdote qui tiendrait de la légende…

REFLECTIONS OF EVIL (Damon Packard, 2002)
Aux débuts des années 2000, Damon Packard pétait littéralement les plombs en pressant vingt trois mille exemplaires de son éprouvant film underground, Reflections of evil, alors que le cinéaste vivait dans sa voiture. Une partie allait être offert gratuitement via son site internet, le reste aboutissait dans les boîtes aux lettres du gratin hollywoodien !!! Reflections of evil n’est rien de moins qu’une descente aux enfers dans un Los Angeles cauchemardesque peuplé de chiens et de clochards agressifs, une marche forcée qui s’achève symboliquement dans le parc d’attraction des studio Universal. Entre temps, Packard aura eu le temps d’illustrer un chaos social, de railler Steven Spielberg et de régurgiter toute une sous-culture télévisuelle sous la forme d’images d’archive insérées dans son voyage au bout de l’enfer.

THREADS (Mick Jackson, 1984)
Threads est un faux documentaire réalisé pour la BBC en 1984. Le téléfilm de Mick Jackson observe l’avant, le pendant et l’après du désastre nucléaire. Des faits, des faits et encore des faits. Epaulé par une batterie de consultants, Jackson reconstitue minutieusement et cliniquement le parcours et la lutte pour la survie de deux familles de Sheffield tout en prenant soin de bannir tout effet spectaculaire. Au fur et à mesure des cartons annonçant le nombre de victime et au rythme d’une voix-off relatant les effets à court et long terme des radiations sur le corps, Threads s’abîme doucement dans un marécage de noirceur qui confine à la suffocation chez le spectateur. Treize ans plus tard, le même Jackson réalisait à Hollywood l’anti-thèse de sa bombe télévisuelle avec l’insupportable Volcano. Ce coup-ci c’est sûr, le chaos règne !

L’HEURE DU LOUP (Ingmar Bergman, 1968)
Encore aujourd’hui l’oeuvre d’Ingmar Bergman est considéré avant tout comme cérébrale. Mais après tout peut être que le cinéma du bonhomme n’est au final qu’une question de ressenti comme en témoigne cette Heure du loup qui n’a pas dû déplaire à David Lynch et Lars Von Trier. Essai anxiogène parfaitement transformé, ce premier et unique film d’horreur de son auteur observe le naufrage d’un couple assailli par des enfants vampires, des vieilles dames inquiétantes et autres démons. Ici, les globes oculaires baignent dans des verres, la peau des visages s’arrachent et les aristocrates marchent au plafond. La texture des mauvais rêves parasitent toute tentative de sauvetage du couple. La réalité se fissure. C’est bel et bien l’heure du loup. Celle  »… où celui qui n’a pas pu s’endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance.’’

THE WORLD’S GREATEST SINNER (Timothy Carey, 1962)
La tête à Timothy Carey, la petite sphère cinéphile la connait bien puisqu’il jouait l’un des braqueurs dans L’ultime razzia de Stanley Kubrick. Par la suite, il allait devenir un second couteau difficilement gérable enchaînant série B et A aussi bien que téléfilms et séries tv. En 1962, Carey finançait et réalisait lui même cet inclassable et très, très étrange The world’s greatest sinner. Un agent d’assurance désabusé forme un groupe de rockabilly garage qu’il transforme fissa en parti politique puis en culte religieux. Grisé par le succès et les groupies, il finit par défier Dieu en personne ! Carey en transe, impensable croisement entre Gene Vincent et James Brown, pousse la chansonnette trash et disserte sur le bien et le mal dans ce voyage existentialiste mis en musique par Frank Zappa. Faut-il en dire plus ?

NIGHT OF FEAR (Terry Bourke, 1972)
Il semblerait que peu de monde ait relevé les similitudes flagrantes entre le supra connu Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper et le très obscur Night of fear de Terry Bourke. Pourtant deux ans avant l’électrochoc de Hooper, Bourke concevait le tout premier film d’horreur moderne engendré par l’industrie du cinéma australien. A vrai dire un téléfilm, ou plutôt le pilote d’une série qui ne vît jamais le jour où, après un accident de voiture, une jeune femme est traqué dans les bois par un gigantesque bouseux balafré armé d’une pelle. Dissonance de la musique, culture du gros plans, reliques zarbis accrochées aux arbres, têtes de chevaux pourrissantes et bien sûr des cris, des cris et encore des cris au sein d’un film sans aucun dialogue. A vrai dire, il ne manquerait plus que toute la famille de redneck s’attable pour le repas du soir.

LES HEURES BRULANTES DU PLAISIR (Jean Bastia, 1967-1975)
Disons le tout de suite, Les heures brulantes du plaisir n’est pas un bon film. C’est même franchement le contraire. Mais quand même quand on sait que Réseau secret de Jean Bastia, un film d’espionnage daté de 1967 et atteint de jamesbondite aigüe, se verra transformé par son distributeur en Heures brulantes du plaisir grâce à l’insertion de scènes hardcore dans le métrage, l’entreprise à de quoi éveiller l’intérêt. A l’arrivée, on ne sera pas déçu puisque la bête cousue de séquences additionnelles, ramenée de ses lointaines sixties se saisit à la fois comme un porno seventies nonsensique et comme une involontaire manifestation Dadaïste.

lars chaos 1

On souhaitait conclure notre dossier CHAOS avec de la bonne zique. Donc avec le dernier clip des Enfoirés.

mimmie

Finalement, on n’avait pas envie d’écouter Mimie Mathy et Pierre Palmade nous asséner que notre génération de feignasses devait se bouger le cul pour sauver notre monde occidental en crise. Pour combler votre déception, on a appelé Evelyne Leclercq !

evelychaos

Non. On déconne. On a appelé la sculpturale DANUTA ! Elle, et elle seule, pouvait conclure dignement ce dossier.

lars chaos 2

lars présentation

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About the Author

C'est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime "le chaos règne" dans "Antichrist" de Lars Von Trier qu'il a eu l'idée de créer ce blog.



3 Responses to LES 10 FILMS LES PLUS CHAOS DU MONDE

  1. vento says:

    Chouette, des listes!
    Merci.

  2. vento says:

    Chouette des listes.

  3. Landais Nicolas says:

    Forgotten silver documenteur de Costa Botes et Peter Jackson

    Les diables/Crimes of passion de Ken Russel

    Le convoi de la peur de Friedkin

    La vie à l’envers d’Alain Jessua

    Sileni de Jan Svankmajer

    Fitzcarraldo de Werner Herzog

    If…. de Lindsay Anderson

    Desperate living de John Water

    Forbidden zone de Richard Elfman

    Rage de Cronenberg

    Bonus :

    Dune de Jodorowsky ( Pas le docu )
    Parce qu’il n’y a pas plus chaos qu’un film qui n’existe pas

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