Le coin du cinéphile

Published on mai 4th, 2017 | by Jeremie Marchetti

0

#399. LA NUIT, UN RÔDEUR. Jim Sharman, 1978

Si on vous dit que Jim Sharman n’était pas l’homme d’un seul film, vous me direz «Jim qui?». Ou au pire des cas, vous confondrez avec Jim Sheridan (vous avez le droit). Derrière ce nom qu’on retient sans retenir, se cache le réalisateur de The Rocky horror picture show, tenant les commandes juste au-dessus du créateur Richard O’Brien. Et si vous pensez (comme on l’a tous pensé alors) que Sharman était un faiseur tombé un peu là par hasard, vous vous gourez: après avoir filmé le cauchemar érotique le plus cultissime du cinéma (et qu’il avait déjà mis en scène sur les planches), l’homme a continué sa route avec trois super bizarreries, toutes devenues rares (en particulier les deux premières): Summer of Secrets, The night, the prowler, et Shock Treatment, suite loupée mais très intéressante de The Rocky horror picture show. Mais pour le coup, on causera du second, passé en vitesse grand V au festival d’Avoriaz en 1979, où il fut pris en sandwich par deux autres compatriotes australiens: Patrick et Long-Week End. Côté pile, c’est le moins bon des trois qui repartira avec le Grand Prix, à savoir Patrick et son légume télépathe. Côté face, Long-Week End repart avec l’Antenne d’or (ah ces prix alternatifs pour satisfaire tout le monde…) et La nuit, un rôdeur s’envole avec une «mention spéciale» (traduction: «bon ok les gars, c’était bien mais on a plus de prix en stock»). Le film, par la suite, disparaît. Pouf. Pour dire les choses franchement, il n’avait hélas pas grand-chose à faire au défunt festival du cinéma fantastique. Mais pour être chaos, pas de doute possible.

Mal dans sa peau et couvée par des parents toujours aux petits soins (comprendre: très chiants), Felicity, une brune rondelette d’une vingtaine d’années, voit sa vie basculer le jour où un inconnu se glisse dans sa chambre pour la violer. Virginité envolée, ragots de quartier, mariage compromis: bref, l’image, le paraître, toujours. Mais sa réaction n’est pas exactement celle qu’attendait ses parents, forcement effondrés. Le métrage revient alors sur l’enfance de Felicity, qui est loin d’être celle que l’on imagine. Et heureusement.

Ce qui saute aux yeux à la vision de ce film inclassable et magistral, c’est la passion de Sharman pour le camp. Non, The rocky horror picture show n’était définitivement pas un hasard dans sa filmographie. On y voit ici une parade de bourgeoises poudrées, narcissiques, grimaçantes, couvertes de perles et de laque, dévorant les ruelles et les villas d’un patelin des années 60. The night, the prowler carbure à la passion pour le grotesque ou les outsiders, en l’occurrence cette Felicity, incarnée par une Kerry Walker démente, annonçant parfois la Sweetie de Campion. On ne sait pas si Sharman aime John Waters (et vice versa), mais difficile de ne pas voir en son personnage une Divine au premier degré, fausse vieille fille, mais vraie révoltée, déambulant dans les quartiers malfamés comme un tueur de giallo en quête de sa vraie nature. Un thriller? Une farce rétro? Un rape and revenge? Une comédie glauque? Sharman prend tout ça, malaxe et vire au drame vertigineux dans un épilogue cras, quasi magique, qui n’a peur de rien.

Spread the chaos

Tags: ,


About the Author

Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !