Mon CHAOS à MOI

Published on février 18th, 2017 | by Baptiste Liger

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J’AI ENVIE DE DÉFENDRE LE SOLDAT GORE VERBINSKI

Baptiste Liger Notre journaliste BAPTISTE LIGER a envie de défendre A CURE FOR LIFE, le nouveau film de Gore Verbinski.

cureCher Chaos,

A la mort d’un supérieur terrassé par une crise cardiaque, Lockhart (Dave DeHaan) est envoyé par sa hiérarchie retrouver Pembroke (Harry Groener), l’un des dignitaires de la compagnie qui l’embauche. Ce dernier s’est en effet réfugié dans un très réputé – et néanmoins mystérieux – établissement de remise en forme, dans les Alpes suisses. Le jeune homme ambitieux retrouve sa trace et trouve l’atmosphère des lieux, un peu hors du temps et avec des pensionnaires aux airs de momies, résolument bizarre. Mais un accident de voiture – une collision avec un cerf – vaudra à Lockhart d’avoir une jambe dans le plâtre et de devoir rester dans ce centre médical, tenu par le Professeur Volmer (Jason Isaacs). Mais qui est donc cette jeune fille blonde, Hannah (Mia Goth), qui semble errer dans le domaine comme un fantôme? Et quelle est la véritable nature du traitement conféré à toutes ces riches personnes en peignoir ici réunies? L’eau aurait-elle des vertus magiques? Une chose est sûre: tout cela n’a pas grand rapport avec un séjour thalasso à Cabourg..
La carrière de Gore Verbinski relève tout de même de l’énigme pour thriller ésotérique, passant du divertissement pour enfants (La Souris) au film d’horreur (Le Cercle) en passant par la saga d’aventures fantastiques (Pirates des Caraïbes), le long-métrage d’animation (Rango), le drame psychologique (le sous-estimé The Weather man) ou le western pour toute la famille (Lone ranger). L’école Howard Hawks de la polyvalence, dira-t-on.
Si l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous et si on peine à voir une certaine cohérence thématique, la forme s’avère toujours soignée, chez cet artisan peut-être plus rétro qu’il n’y paraît et qui propose avec A Cure for Life (notez la nuance avec le titre original, A Cure for Wellness…) son projet le plus résolument barré. A l’image de sa durée atypique – près de deux heures trente ! – pour ce qui s’apparente à une série B old school. Le film, bien sûr, est long, très long, trop long, mais cela lui confère un côté difforme, malade – à l’instar de ses protagonistes – qui, en fin de compte, lui va plutôt bien.
On saisit rapidement la volonté de Verbinski de vouloir refaire un coup à la Shutter Island – il est d’ailleurs troublant de noter la ressemblance, sur certains plans, entre Dane DeHaan et Leonardo diCaprio chez Scorsese! La comparaison s’arrête cependant là, car les projets n’ont finalement rien à voir. S’il est gangréné par un scénario aux rebondissements parfois poussifs et aux clichés lourdauds (la Suisse rurale appréciera…), A Cure for Life n’en est pas moins passionnant dans sa manière d’agencer différentes écoles du fantastique. Le metteur en scène se montre suffisamment malin pour distiller au fil de son intrigue les clés de son œuvre, descendant aussi bien des productions Roger Corman que de la Hammer (ou sa descandance ibéro-italienne), des monstres classiques Universal, de l’horreur américaine des années 70 ou, évidemment, de Brazil (tiens, Arnon Michlan a aussi produit le film…) et de Shining – il y a même l’apparition d’un Robocop en jouet, évoquant la possibilité offerte par la science d’une nouvelle vie après la mort! Le thème est bel et bien présent dans A Cure for Life, tout comme l’éternelle jeunesse, les rapports de classe ou la marchandisation des corps – on en passe -, mais ces sujets comptent sans doute moins que la manière dont ils sont, formellement, traités à l’écran. Et s’il ne tient pas forcément bien son récit, déjà un peu pataud, et si certaines scènes tombent dans le ridicule (la virée à la taverne, aïe…), le metteur en scène s’en donne heureusement à cœur joie.
Avec la complicité d’un Bozan Bazelli qui pète le feu – les dégradés de blanc sont tout bonnement somptueux -, Verbinski multiplie les scènes saisissantes et s’offre même quelques moments incroyablement déviants pour un film estampillé Fox. Constatez: un héros qui étouffe dans un grand réservoir plein de créatures à écailles alors que le garde supposé le surveiller s’astique en matant une infirmière aux seins flasques, l’irruption dans une piscine très It follows d’une belle vierge en période de ragnagnas dont le sang va attirer des anguilles ayant très faim, on arrête là, on vous en laisse… Le film distille par ailleurs un érotisme troublant, qui doit beaucoup au côté freak de Mia Goth, à laquelle Verbinksi réserve une séquence finale autrement plus frappante que les nunucheries satinées de Cinquante nuances de Grey
La figure récurrente du bain – amniotique par excellence – se révèle alors la métaphore parfaite – et la raison d’être – d’A Cure for Life, celle d’un plongeon dans les grandes eaux de l’histoire du fantastique et de l’horreur, source de tous nos cauchemars. Loin de la dictature de l’ironie saignante potache et des jumpscares à la con, voilà un hommage sincère aux origines, pour ne pas dire un salutaire coup de vieux. Qui se révèle paradoxalement régénérant.

Cordialement,
BL

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