Interview tomsavini

Published on janvier 3rd, 2017 | by Thierry Conte

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[INTERVIEW] TOM SAVINI VOUS SOUHAITE UNE BONNE ANNÉE 2017

tom-savini-et-setephen-kinPassionné par la magie et autres arts de l’illusion, Tom Savini est entré par vocation (et après avoir visionné quelques films d’horreur) à la Carnegie Mellon University. Il s’est ensuite enrôlé pour la guerre du Vietnam en tant que photographe de guerre. Avant son départ, il est pressenti pour travailler pour George Romero sur La Nuit des morts-vivants. Un parcours tellement chaos qu’une interview carrière Skype s’imposait avant les fêtes.

Tom, racontez-nous comment on passe du métier de photographe de guerre à celui de maquilleur en effets spéciaux?
Tom Savini: Je faisais déjà des effets de maquillage avant de partir au Vietnam, mais être photographe sur place a surtout été une grande leçon sur l’aspect du réalisme et de l’anatomie humaine. Outre l’aspect émotionnel qui me marquera pour toujours, parce que passer des journées près des cadavres est une expérience intense, toute cette violence a un peu fait ma réputation parce que je fais partie des rares du métier à avoir vu toutes ces choses en vrai. J’ai également pu comprendre ce qui n’allait pas dans certains trucages, les miens comme ceux des autres, et ce qui les rendait si faux.

Comment avez-vous réussi à faire accepter tout cet aspect gore et réaliste aux producteurs et aux gens qui ont investi dans vos films ?
Tom Savini: Ils ont toujours demandé du réalisme, il n’y en avait jamais assez. Ce sont les réalisateurs qui demandaient généralement le plus de choses dégueulasses, et ce sont souvent eux qui ont été freinés par les producteurs. Mais à moi, on me demandait toujours de faire des choses très détaillées et très précises, et c’est souvent pour cela que ça effraye les gens. Si vous prenez une scène de cannibalisme où un rockeur se fait dévorer par dix zombies, vous allez trouver ça sale mais vous garderez à l’esprit que c’est physiquement impossible de déchirer aussi facilement un abdomen à mains nues. En revanche, lorsque vous égorgez quelqu’un en gros plan, cela vous touchera beaucoup plus parce que malheureusement ces choses-là arrivent souvent, c’est représenté de manière fidèle au cinéma et le spectateur le sait. Quand j’égorge une fille au cinéma, il n’y a pas 10 litres de sang qui gicle partout mais c’est plus effrayant que si l’on en faisait beaucoup trop. En général, tout le monde me parle des plaies qui s’ouvrent plutôt que du sang qui en surgit.

Comment votre famille ou vos amis réagissent-ils à ce que vous avez conçu pour le cinéma ?
Tom Savini: Figurez-vous qu’ils sont fans, et ils en sont très fiers même. Je n’en ai pas spécialement conscience, mais mes proches voient là-dedans une manière artistique d’exhiber ce que l’on peut avoir au fond de soi. Que l’on créé une mélodie ou un monstre en latex, ce qui compte je pense c’est que l’on y mette le cœur à l’ouvrage et les gens qui vous connaissent vraiment bien reconnaîtront toujours une part de vous dans ce que vous concevez. Lorsque j’en parle avec des confrères comme Rob Bottin, Rick Baker ou Stan Winston, ils me confient exactement le même sentiment: le gens vont au-delà du simple fait que ce l’on voit à l’écran est sale esthétiquement parlant.

L’image de synthèse n’est pas une menace pour le maquillage et le latex ?
Tom Savini: Non. Ça a même plutôt tendance à l’améliorer. Ça facilite notre travail, ça permet de combler certains petits détails qu’il nous est impossible de concevoir et l’on y gagne en réalisme. J’adore les effets spéciaux de synthèse quand ils sont bien utilisés, et lorsqu’ils sont combinés avec des trucages plus traditionnels. Le tout c’est de ne pas basculer dans la facilité totale et ne faire que de la 3D, mais plutôt de l’utiliser à bon escient avec le maquillage ou des maquettes, sinon le spectateur se rend vite compte de la supercherie. Il y a des résultats formidables: La momie, par exemple, qui a d’abord été conçu en latex puis numérisé en 3D et qui bénéficie d’une esthétique fabuleuse. Il y a aussi Terminator 3 qui combine vraiment le genre de travail que je cautionne à 100%, le visage de Schwarzenegger à la fin est un mélange de maquillage et de 3D, c’est époustouflant de créer un visage pareil. Ce serait impossible de le faire uniquement avec du maquillage.

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Quelles ont été les répercussions de Zombie sur votre carrière ?
Tom Savini: Ce n’est même plus une histoire de répercussions, le film a fait ma carrière! C’est grâce à celui-ci que j’ai atterri sur Vendredi 13, et c’est grâce à celui-ci que l’on s’est intéressé à moi sur beaucoup de productions plus importantes. Ensuite c’est comme toute carrière dans le cinéma, une chose en entraîne une autre, je suis devenu acteur, réalisateur etc. Sans Zombie, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. Depuis, je ne fais plus d’effets spéciaux de maquillages aujourd’hui. Je ne les pratique que dans mon école d’effets spéciaux lorsque je fais des démonstrations à mes étudiants. Ce sont eux qui prennent le relais désormais, et j’essaie de les fidéliser à mes méthodes. La plupart sont considérés comme des valeurs sures auprès des producteurs et j’en suis très fier.

C’est un peu pour le même genre de motif que vous avez atterri sur Une nuit en enfer?
Tom Savini: Oui. Là c’est Quentin Tarantino qui m’a contacté parce que c’est un grand fan, et surtout un fan de films d’horreur. Vous avez certainement dû cerner sa personnalité, c’est un garçon qui a grandi avec le cinéma et maintenant qu’il est en bonne position, il se permet de contacter les gens qui ont bercé son adolescence. Des gens qui ne sont plus nécessairement des têtes d’affiches aujourd’hui. Faire ce film ça m’a permis de me faire une popularité sur les plus jeunes spectateurs qui ne me connaissaient pas, ou qui ne connaissaient pas Zombie ou Vendredi 13, et c’est en même temps un clin d’œil à ce genre de cinéma. Et mes premiers fans étaient ravis de me voir dedans. J’ai travaillé trois fois avec lui. Une fois sur Killing Zoe, une autre sur Mr Stitch, deux films de Roger Avary, et donc sur Une nuit en enfer.

Sinon, comment êtes-vous devenu le réalisateur du remake de La nuit des morts-vivants?
Tom Savini: Je pense que Georges Romero a apprécié mon travail sur la série Tales from the dark side. J’ai réalisé trois épisodes et il m’a dit qu’ils faisaient partie de ses préférés. Ensuite c’est un honneur lorsque ce monsieur vous propose ce poste, je ne pouvais pas refuser.

Ok, merci Tom. Et bonne année.
Tom Savini: Bonne année, man!

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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