Interview

Published on février 9th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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[INTERVIEW] MARTIN SCORSESE : « Silence raconte qui je suis aujourd’hui »

SILENCE AFFMARTIN SCORSESE était de passage à Paris mi-février pour rencontrer des journalistes lors d’une conférence de presse consacrée à son SILENCE. Le CHAOS vous propose de la suivre comme si vous y étiez.

XVIIe siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.
Ceux qui pensent découvrir en ce nouveau Martin Scorsese une méditation dans la veine de Kundun (1998) risquent d’être déroutés. Ceux qui attendent une réponse blasphématoire à La Dernière Tentation du Christ (1988), aussi. S’il fallait trouver la définition exacte de Silence, il faudrait plutôt chercher du côté du Jardin des supplices d’Octave Mirbeau pour les descriptions horrifiantes des supplices et les considérations sur la cruauté humaine ainsi que sur la pulsion scopique. Mais aussi du côté de Kurosawa, maître-à-penser de Scorsese, pour la volonté de filmer les paysages nippons à la manière de tableaux somptueusement composés.
Ce qui fascine tant dans Silence, que bon nombre de cinéphiles jugeront à tort comme mineur dans la filmographie de Scorsese, c’est à quel point le beau et l’atroce cohabitent dans le même espace-temps. Ce qui résume le mieux cet oxymore, c’est la sophistication suprême des tortures. Rien de surprenant à ce que cette violence douce interpelle Scorsese; sa fascination rappelle d’ailleurs celle éprouvée par Georges Bataille devant le supplice chinois des Cent morceaux. De manière plus générale, on regarde ce Scorsese sous hypnose, avec cette impression que faire un cinéma aussi beau, aussi exigeant et aussi halluciné (toutes les scènes dans lesquelles joue Shinya Tsukamoto, notre ami réalisateur de Tetsuo, sont redoutablement physiques) coule de source. Et que cette beauté peut à tout moment disparaître. Vous voilà prévenus.
Plus que jamais, Scorsese avait besoin de faire ce film-là, cette adaptation du roman de Shusaku Endo publié en 1966, projet fantasmé pendant 20 ans. Devant pareil sacerdoce, tout devient très vite une question de vie ou de mort. Le Silence du titre, c’est évidemment celui de Dieu muet face à la souffrance des hommes plaintifs. Une présence divine que l’on croit percevoir dans les reflets, dans la nature belle et dangereuse. Que l’on appelle de toutes ses prières dans toutes les situations inhumaines et qui ne vient jamais. Un silence que l’on n’a jamais entendu aussi fort.

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