Interview

Published on janvier 3rd, 2017 | by Jean-François Madamour

0

[INTERVIEW] JUAN ANTONIO BAYONA: « Le monstre n’est pas le problème, c’est la solution »

goyaPour Quelques minutes après minuit, le réalisateur Juan Antonio Bayona s’est souvenu d’une gravure de Goya: Le sommeil de la raison engendre des monstres. Selon les mots du peintre, «l’auteur rêve. Son seul but est de bannir des idées dangereuses et répandues, et de perpétuer grâce à l’œuvre des Caprices le témoignage solide de la vérité.» Bayona confirme que l’imagination abandonnée par la raison engendre des monstres impossibles; quand elle y est unie, elle est la mère des arts et la source de leurs merveilles. CHAOS

Quel genre de cinéphile êtes-vous?
Juan Antonio Bayona: Carlos Saura a fait mon éducation cinéphile. J’ai vu bon nombre de ses films très jeune mais je ne les comprenais pas tous et du moins, je n’arrivais toujours à saisir ce qu’ils cherchaient à me dire. J’étais très sensible au travail sur la forme: le son, la lumière, la musique ou son absence. Ensuite, il y a eu la découverte du cinéma français, celui de François Truffaut – je pense à La Peau Douce. Enfin, celui qui reste mon cinéaste préféré: Steven Spielberg. Je ne me suis jamais remis de E.T. Cela vient sans doute de l’enfance, du fait que je me suis toujours senti très proche de Eliott, le personnage principal.

Est-ce la découverte de films fantastiques qui vous ont donné envie de faire votre premier long métrage L’orphelinat, reprenant la tradition d’un personnage féminin (Belen Rueda) confronté à des fantômes?
Juan Antonio Bayona: Il y a aussi la volonté de travailler la maternité comme la régression. L’orphelinat était une manière de retrouver cet état d’enfance et ses peurs inhérentes. Des films comme La Maison du Diable et Les Innocents ont été des influences. Mais je pense que le film ayant été la vraie influence sur L’orphelinat, c’est Poltergeist.

Le genre vous obsède, non?
Juan Antonio Bayona: Le fantastique est le seul moyen pour le personnage principal d’affronter la vérité. Le monstre est la solution et non le problème. Le genre, c’est l’étiquette qu’un spectateur peut coller sur les films. Si on résume The Impossible à un film-catastrophe par exemple, je dirai que c’est faux. Il ne respecte aucune des conventions. La force de mes films, c’est justement de transgresser les lieux communs. Quelques minutes après minuit joue plus sur l’émotion que le spectaculaire, aux antipodes des blockbusters américains. Ce que je veux, c’est créer l’identification, l’empathie, la compréhension. Ce n’est pas un film discursif avec un message à la fin mais une expérience. Je voulais aussi que la réflexion vienne après et que le spectateur se demande: quel est le sens de tout ce que j’ai ressenti au cinéma ?

Est-ce que vous aviez envie de concurrencer le cinéma Hollywoodien justement en faisant un film 100% européen avec des moyens de productions américaines ?
Juan Antonio Bayona: Nous vivons dans une société mondialisée. Et nous avons tous grandi en voyant des films américains comme européens. Le langage qui m’intéresse, c’est celui du cinéma. Et pour moi, un travelling c’est un travelling. Pas un travelling espagnol ou américain.

Il y a quand même beaucoup de références à Steven Spielberg dans vos films…
Juan Antonio Bayona: En ce qui concerne Spielberg, nous avons quelques goûts en commun: le point de vue de l’enfant, le processus de maturation, le récit initiatique, comment on est confronté à la mort et à la disparition. Il a réalisé un film sur Peter Pan (Hook) et si ce n’est pas son meilleur film, il est révélateur des obsessions de Steven Spielberg. Peter Pan m’obsède, depuis toujours. On ne réalise pas à quel point c’est un conte d’horreur. Nous avons l’impression que c’est quelque chose de gentil, parce que l’on a tous en tête le film de Walt Disney, mais quand on lit l’original, c’est très différent. Et comme dans toutes les histoires et tous les bons contes de fées, il y a des symboles très puissants. Quelque part, cette nostalgie d’une enfance perdue, cette impossibilité de rester toujours enfant est également évoquée dans les films de Spielberg et notamment dans E.T., où l’on voit à quel point on est triste de quitter ce monde protégé de l’enfance.

Comment appréhendez-vous Jurassic World 2?
Juan Antonio Bayona:
Le plus compliqué lorsque l’on réalise un cinquième film, c’est comment amener des nouveautés tout en respectant l’héritage laissé par ses prédécesseurs. Tout est question d’équilibre entre l’ancien et le neuf. Je trouve que Colin Trevorrow a fait du très bon boulot sur le premier Jurassic World et a justement su trouver ce parfait équilibre. J’ai donc été très surpris lorsqu’il m’a expliqué où il souhaitait amener Jurassic World 2, c’est-à-dire à des endroits jamais vus pour le moment, tout en conservant les fondamentaux des précédents épisodes de la franchise. Après ce second chapitre de la trilogie, vous en voudrez encore plus à la fin.

Spread the chaos

Tags:


About the Author

Ours plumitif.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑