Interview

Published on septembre 15th, 2017 | by Thierry Conte

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[INTERVIEW CARRIÈRE] ROGER CAREL

ROGER CAREL, c’est sans doute le doubleur le plus célèbre en France. Les voix de Astérix, Peter Sellers, C6-PO ou Benny Hill, c’est lui. Une interview avec la légende s’impose.

Comment avez-vous débuté votre carrière ?
Roger Carel: Lorsque j’ai fini mes études au Quartier Latin, mon père voulait absolument que je devienne ingénieur. Moi ça ne me plaisait pas du tout, donc je suis rentré dans les cours d’arts dramatiques René Simon. Je suis sorti de là, et j’ai tout de suite commencé au théâtre, et j’ai joué tous les soirs pendant 40 ans. Pendant ce temps on est venu me chercher pour jouer au cinéma, à la radio, pour les doublages, etc.. Tout s’est enchaîné.

Quel était le premier film que vous ayez doublé ?
Roger Carel: Ninotchka où je doublais Peter Lorre, celui d’M Le Maudit

On vous assimile souvent à la voix d’Astérix dans les dessins animés… Comment êtes-vous arrivé sur ce projet?
Roger Carel: Uderzo et Goscinny étaient de bons copains. Astérix a débuté d’abord ses aventures sur les ondes radios avant d’arriver sur les grands écrans. Ensuite les belges ont décidé de faire une série TV, et Gaumont est arrivé en proposant d’en faire un long métrage: Astérix le Gaulois. Et je les ai suivi tout le long, en doublant Astérix à la radio.

Vous avez aussi une grande carrière comme doubleur chez Disney…
Roger Carel: Oui, le premier c’était le rôle de Jiminy Cricket dans Pinocchio (1940). Winnie L’Ourson est arrivé très vite, il y a eu Les 101 Dalmatiens, Bernard et Bianca, Robin des Bois, Le Livre de la Jungle, le tout parallèlement à ma carrière au cinéma, à la tv, au théâtre, les feuilletons à la radio, et au cabaret. Je faisais de tout !

Comment êtes-vous arrivé sur le doublage de Star Wars en 1977?
Roger Carel: A l’époque Michel Gast qui dirigeait la société SND [Société Nouvelle de Doublage] avec qui j’avais déjà doublé beaucoup de grand films, a été contacté par la Fox lui annonçant qu’ils avaient un gros film qui leur arrivait, «un truc énorme», «du jamais vu». Michel est allé le voir et était tellement emballé qu’il a signé immédiatement. Il a convoqué alors les acteurs qui travaillaient beaucoup pour lui, dont moi, Georges Aminel (Dark Vador), le petit Maurin (Dominique Maurin, Luke Skywalker), puis nous a soumis le film, et a confié les dialogues à Eric Kahane. On découvrait ce western intergalactique avec émerveillement, ces histoires de chevaliers, mais on ne pensait pas que ce film et ces personnages allaient connaître une si longue pérennité… Le public a finalement réservé le même accueil que nous à Star Wars.

Une anecdote revient souvent: la Fox ne croyait pas du tout au film en 1977, ce qui a permis à Lucas de racheter les droits complets avant sa sortie. Vous aviez ressenti ça à l’époque?
Roger Carel: Pas du tout, je n’étais en contact qu’avec Michel Gast qui, lui, était très enthousiaste. C’est un battant, il a toujours aimé s’occuper de grands films et aller jusqu’au bout. Pour le premier Star Wars nous avons tous vu le film ensemble, et nous l’avons doublé de concert. Toute l’équipe, Francis Lax et les autres, nous étions tous très enthousiastes, émerveillés. Nous étions habitués aux grosses productions plus traditionnelles. Mais là, c’était vraiment quelque chose de nouveau. En ce qui concerne les effets spéciaux, c’était le summum. On était un peu comme les gens qui ont découvert le cinéma parlant. Et je trouve C6-PO très attachant, il a un impact fort sur le public. On m’en parle très souvent, on me demande de faire sa voix! Bien que ce soit un droïde et malgré son côté figé, il arrive dans sa gestuelle, ses expressions et sa voix, à dégager une humanité. Il a toute cette tendresse pour R2-D2, qui le plonge dans tous ses états dès que ce dernier va mal.

Vous avez travaillé directement avec Benny Hill?
Roger Carel: On s’est rencontré une fois en France, et il m’a annoncé que j’aurais pas mal de travail prochainement puisqu’il partait aux États-Unis. Malheureusement, il est mort trois mois après…

Sur votre carrière, vous retenez un doublage difficile en particulier?
Roger Carel: Oui, sur un film anglais où je doublais l’acteur Ronald Pickup qui interprétait Einstein. J’ai fait ça avec mon casque sur les oreilles pour ne pas rater une seule intonation de l’acteur. C’est un acteur de théâtre prodigieux, qui a interprété cet Einstein à 35 ans avec un accent allemand formidable. Et je l’ai reproduit à l’oreille exactement. C’est quelque chose que je fais souvent. Par exemple quand on m’a demandé de doubler Alberto Sordi, les producteurs m’ont expliqué qu’il parlait français, se doublait lui-même d’habitude, mais n’avait pas le temps cette fois-ci. Et comme ils ne voulaient pas qu’on pense qu’il était doublé, ils m’ont demandé de reproduire exactement sa voix! Accepter de prendre n’importe quel accent, c’est ça qui m’a ouvert la porte de nombreux doublages, entre autres celui de Benny Hill.

En 1997, il y avait eu une crise dans le milieu du doublage…
Roger Carel: Oui, parce qu’on utilisait nos voix sur des cassettes, sur des DVD, sans même nous demander notre avis. Les comédiens ont demandé à être intéressés, mais les américains sont intraitables. Il y a eu une grande grève, ça portait un sacré coup à comédiens les moins reconnus.

Quelle est votre plus grande fierté dans votre carrière?
Roger Carel: D’avoir joué au théâtre. Vous savez, un acteur ça s’intéresse d’abord au théâtre. J’adore tourner des films ou séries, car on voyage, et c’est presque des vacances. Mais le vrai bonheur c’est d’être face au public, d’avoir ses réactions.

Il y a une pièce de théâtre que vous retenez particulièrement?
Roger Carel: Un véritable triomphe: L’Amour des quatre colonels, qu’on a joué cinq ans de suite, de Peter Ustinov, qui ait devenu un ami depuis, et que j’ai d’ailleurs souvent doublé.

Si on vous demandait de retenir un doublage en particulier sur votre carrière, ce serait lequel?
Roger Carel: Sans conteste Charlie Chaplin sur Le Dictateur. Charlot, c’était toute mon enfance, j’étais donc très ému quand il m’a choisi lui-même pour le doubler. Les meilleurs souvenirs sont toujours reliés à notre enfance d’ailleurs. Quand j’ai commencé le théâtre, ma première pièce était avec Albert Préjean, qui était un peu le Belmondo de l’époque et une de mes idoles quand j’étais enfant. Là aussi c’est un de mes meilleurs souvenirs…

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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