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Published on juin 13th, 2018 | by Theo Michel

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« Hérédité » : famille, tu me fais flipper

Ce classique instantané de Hérédité aborde à travers son récit le thème de l’héritage et le fait qu’on est prisonnier de sa situation familiale. Il n’est pas le premier, ni le dernier mais il le fait mieux que les autres.

Nous le savons, le cinéma d’horreur ou ses sous-genres sont de bons moyens pour véhiculer des messages, des idées ou même des discours politiques. Ils peuvent être habités, dans le fond, par des sujets actuels lors de la sortie du film. Par exemple, le racisme dans La nuit des morts-vivants de George A. Romero. « J’ai toujours utilisé le zombie comme le personnage d’une satire ou d’une critique politique« , expliquait-il au site Big Issue en 2013. Le film d’horreur peut également – comme nous l’a montré des films récents – être le reflet ou la critique d’une Amérique Post-Obama, en lien avec l’actualité, comme Get Out de Jordan Peele ou It comes at night de Trey Edward Shults – dont le réalisateur disait: “Ce n’est un scoop pour personne mais l’Amérique de Trump me terrifie […] si le film parle de la mort et de la peur de l’inconnu, il aboutit pour moi à une plus grande horreur: la mort de notre humanité”. Nous pouvons en citer d’autres, à l’instar de Rec de Paco Plaza et Jaume Balagueró ou Dernier train pour Busan de Sang-Ho Yeon sur la question de la solidarité. The Neon Demon de NWR sur le monde du mannequinat, de la mode et plus généralement sur la beauté. Pour en venir au cœur du sujet, le cinéma horrifique à cette tendance aussi de parler au sens large de la famille, plus particulièrement du couple, des enfants. C’est finalement, presque un genre en soi. Cela est traité le plus souvent comme un sujet sensible et intimiste où les valeurs essentielles de la famille sont quasi détruites – et où, en l’espace d’une heure et demie de film, le chaos règne.

Le film le plus important, celui qui nous vient généralement en tête en premier quand on parle du dysfonctionnement familial est Shining de Stanley Kubrick. Là où Stephen King écrivait une histoire centrée particulièrement sur le genre du fantastique et sur l’identification du lecteur aux personnages (la famille Torrance), Kubrick lui ne s’intéressait pas à cela mais plutôt aux dysfonctionnements de la famille et entretient une distance émotionnelle avec eux. Ce qui fait la force de l’œuvre de Kubrick est cette intention constante de l’enfermement du personnage dans cette folie. Passant par une mise en scène allant de la symétrie des plans aux motifs labyrinthiques. C’est une œuvre mêlant projection mentale, réflexion sur l’image et tension horrifique. Dans le film, le passé du personnage de Jack – qui était très important dans le livre – est volontairement effacé. L’alcoolisme de jack présente dans le livre a disparu ici tout comme le fait qu’il ait été violent avec son fils. Pour King, cela permettait d’exposer le mal-être de Jack, et de jouer sur les non-dits. Kubrick, lui, semble ne pas vouloir lui trouver de circonstances atténuantes, accentuant ainsi la complexité du personnage et évitant les parcours clichés et schématisées. Les personnages sont enfermés dans cet hôtel, un endroit clos, coupé du monde, pendant l’hiver. Ici, les protagonistes habitent un espace mental, ils sont enfermés dans leurs propres intériorités, dans lequel les spectateurs sont plongés. Le dysfonctionnement familial ce fait par le dérèglement progressif collectif ou chacun semble peu à peu sombrer dans une sorte de chaos ou le seule échappatoire sera la rupture. Ces histoires de famille, nous les retrouvons dans pléthore de films : l’absence du père dans Conjuring 2, Ouija 2, Mister Babadook, Babycall. L’absence des deux parents: Mama, Véronica, Dans la Forêt. Enfin, le thème du cocon familial qui est menacé dans Amityville et Insidious.

Le dysfonctionnement familial transforme l’épouvante en épreuve psychologique et l’horreur comme parcours psychanalytique. Le centre même de la dramaturgie est cette épreuve à surmonter, cette force horrifique à vaincre qui en fait le nœud dramatique central de ses films. Le cinéma d’horreur est rempli de personnage de mère aux allures de femme forte. Le scénario y développe une trajectoire initiatique, et métamorphosant du caractère féminin vers l’aboutissement ultime d’une bataille, celui de l’imposition face au mal. Si le rôle de la femme fait largement débat aujourd’hui, c’est dans le cinéma horrifique qu’on y retrouve parfois les rôles les plus forts. Ces rôles qu’on aimerait voir plus souvent au cinéma. De Scream à Ghostland en passant par It follows, c’est girl power. Dans le genre, le rôle de la mère-célibataire est abondamment présent. C’est un personnage en évolution et dont le spectateur suit sa trajectoire. Shining, Poltergeist, The Ring 1 et 2, The Reaping, Dark Water, Bless the Child, The Cell, Mister Babadook… Sa trajectoire est celle de sa lutte contre le mal, une entité maléfique et dont sa principale préoccupation est de vaincre ses peurs, protéger ses enfants et réussir à s’imposer en héroïne. De quoi amplifier l’absence du père créant des traumatismes qui se traduisent par l’épouvante et l’incarnation de démon ou d’hallucinations. Nous pouvons citer Mister Babadook de Jennifer Kent, Conjuring 2 de James Wan ou encore Véronica présenté précédemment. Dans Mister Babadook, le père est mort dans un accident de voiture. La mère n’arrive pas à faire le deuil et voit constamment des flashs de cet accident lui revenir. Dans ce film, c’est cette mort (et donc cette absence) qui enclenche l’horreur. Le père a été tué dans un accident de voiture au moment où il emmenait d’urgence la mère à la maternité pour accoucher. Samuel est né le jour de la mort de son père. Le film n’est pas sans rappeler le style visuel de l’expressionnisme allemand (les ombres, les décors, l’incarnation du monstre) où encore une fois de plus, le lieu central du film est le reflet de cet espace mentale et oppressant. La maison où (pour reprendre les mots de la réalisatrice) la psychologie et l’émotion cohabite avec la frayeur. Depuis cette mort, la mère ressent le sentiment de ne pas aimer son fils ainsi elle a cette volonté de vouloir le tuer. Mettre en doute l’amour d’une mère fait naître l’horreur. La figure maternelle, symbole d’amour et de protection se transforme en une force terrible de destruction meurtrière nous explique la réalisatrice a propos du film. La maison familiale dans le cinéma d’horreur (dans Mister Babadook, Conjuring 1 et 2, l’Exorciste, Insidious, Amytiville… ) se transforme alors en maison hantée où les murs porteurs de la famille sont menacés d’écroulement. Mais tout ça, c’était avant Hérédité.

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On se soucie beaucoup trop de la réalité.



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