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Published on mai 7th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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Guillaume Nicloux donne ses 10 films noirs préférés au monde

Le cinéaste Guillaume Nicloux revient au Festival de Cannes avec son nouveau film Les confins du monde, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Immense cinéphile, il a transmis au Chaos le top 10 de son choix: sa sélection des meilleurs films noirs au monde.

Les rapaces (Eric Von Stroheim, 1924)
«Cette fin assez hallucinante, avec les deux types qui meurent, attachés l’un à l’autre, montre l’importance du désert. Il agit de façon assez curieuse, à l’instar de Mad Max où on retrouve quasiment le même plan. Il y a donc quelque chose d’assez radical dans le lieu, de très stressant même car c’est quasi sans fin, très vaste. Les Rapaces est un drôle d’objet car finalement c’est le seul avant Welles ayant eu cette dimension, d’acteur, de réalisateur démesuré, avec un film qui s’inscrit vraiment totalement dans le naturalisme, qui a été ensuite récupéré par le film noir dans les années 40.»

Gilda (Charles Vidor, 1946)
«Dans plusieurs films noirs on peut parler d’intensité amoureuse, comme dans Les amants de la nuit, là on est dans l’ambiguïté des rapports amoureux. Comment l’homosexualité s’introduit dans un film noir. C’est quand même extrêmement surprenant à l’époque puisqu’on se situe juste après guerre. C’est quelque chose de très excitant de pouvoir découvrir qu’à travers un film de major, on arrive à distiller un trouble sur les rapports amoureux de trois personnages. Même si la jalousie y tient une part importante, on y découvre quand même une facette qui avait rarement été exploitée au cinéma. Celle du trouble amoureux homosexuel. Il y a d’ailleurs toute une imagerie symbolique dans le film qui est assez marrante.»

Les amants de la nuit (Nicholas Ray, 1948)
«Ça fait un moment que je ne l’ai pas vu. C’est le premier film de Nicholas Ray. Commencer un film comme cela était faire preuve de beaucoup d’audace à l’époque. Il y a un rapport, un lien étroit avec La balade sauvage, où un jeune couple va de façon inéluctable se perdre, Farley Granger sous l’emprise du type qui a un œil un peu creusé… Cette passion amoureuse qui va vers un chaos qui n’appartient qu’au film noir. Ce qui est intéressant dans ces films là, c’est de voir une intensité terrible dans la description des relations amoureuses, et due à l’environnement. C’est ce qui se passe dans la plupart des films que j’ai cités. Même au travers de Blade Runner où ce sont deux personnages qui sont finalement détruits par ce qui les entoure, par leur passion amoureuse. C’est l’entourage qui révèle leur mal-être. Dans Blade Runner on s’aperçoit simplement que les deux sont peut-être des replicants, pour la fille on en est sûrs, mais peut-être même le personnage principal. Donc s’il n’y avait pas tout cet environnement, personne ne les emmerderait et ils pourraient vivre leur passion amoureuse malgré cette découverte.»

Les forbans de la nuit (Jules Dassin, 1950)
«C’est une histoire d’amour totale, on est dans l’amour passion, filmé, et je pense donc qu’il a dû se faire dans un état d’esprit assez nerveux, et le film a ça en lui. On voit bien le personnage de Widmark extrêmement tendu. Il est hyper rare d’ailleurs de montrer à l’époque un personnage qui avait cette facette de lâcheté, de juvénilité privilégier autant l’aspect visuel et sonore était finalement assez rare dans le film genre.»

La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955)
«C’est un film que j’ai dû découvrir au cinéclub quand j’avais une douzaine d’années, et qui fut extrêmement marquant par la peur qu’il a suscité. Les héros sont des enfants, poursuivis par une espèce d’être malin, donc il y a quelque chose de très enfantin. Ce film fait appel quasiment aux contes horrifiques pour enfants. Ce sont des images qui hantent pendant plusieurs années. La découverte des morts dans la voiture, la figure monolithique de Mitchum. C’est un film maîtrisé de bout en bout.»

La soif du mal (Orson Welles, 1958)
«Il y a un plan séquence au début de La soif du mal absolument magistral, qui à lui seul mérite qu’on revoie le film. Ce plan illustre le début du métrage et continue je pense d’impressionner et de nourrir de nombreux réalisateurs.»

La Balade Sauvage (Terrence Malick, 1973)
«Il appartient à l’univers du film noir pour moi, même s’il est en contradiction car extrêmement ensoleillé, mais réunit tout le pessimisme et le désespoir amoureux qui reviennent généralement dans le genre. On y trouve un naturalisme qui cherche vraiment à retranscrire la nature humaine au plus près. Ce souci surtout de ne pas tomber dans la banalité de la rationalité. On est dans la richesse, parfois du non-dit, mais en tout cas de la volonté d’accéder à ce que sont réellement les gens. Sans forcément penser que c’est une histoire qui les guide.»

Meurtre d’un bookmaker chinois (John Cassavetes, 1976)
«Dans n’importe quelle liste de films il faut toujours qu’il y ait un Cassavetes, car il a une liberté totale avec ce genre, dans lequel l’improvisation intelligente prend sa place et donc nourrit un film. J’entends par improvisation intelligente une improvisation répétée. Je pense que ce film, avec Le Privé d’Altman, sont des films qui ont réintroduit une donnée qu’avait un peu amorcé Bonnie & Clyde à un moment donné, créée à la fin des années 60 pour les Américains, de s’approprier l’apostille des auteurs dont on parlait tant en France; ce qui du coup leur a permis dans le film de genre d’introduire toute une part de créativité qui n’était pas autorisée auparavant. Une créativité qui dorénavant n’appartenait qu’au choix du metteur en scène et non pas ce qu’on imposait dans le scénario. Permettre à un comédien d’aller au fond d’une salle pour aller chercher un disque, revenir au comptoir et payer, les cinéastes américains se l’interdisaient par exemple. Il fallait ellipser, et montrer seulement ce qui servait l’intrigue. Ou alors camoufler, tricher, et comme dans Gilda se servir de choses beaucoup plus subtiles pour faire naître des sentiments contradictoires et troublants.»

Blade Runner (Ridley Scott, 1982)
«Je pense que c’est vraiment un des très grands films qui a été fait. On peut s’amuser à décortiquer l’œuvre et à ce moment là il faut prendre trente pages et on peut en parler pendant des heures, mais pour faire court, je crois que dès le générique, même si la musique est un peu datée en termes d’orchestration, on sent une puissance émotionnelle qui se dégage immédiatement. Les premières images avec cette musique nous imposent tout de suite l’idée qu’on va assister à quelque chose d’extraordinaire. Et ça, c’est tenu jusqu’au bout. Pas simplement parce que c’est une histoire qui appartient à l’univers de K. Dick, je pense qu’il y a un ensemble de choses qui rentrent dans le stéréotype de genre du film noir, le privé, l’enquête, une personne qui nous amène à une autre… Le principe est assez simplifié mais on est clairement dans le film noir et dans une histoire d’amour impossible.»

Blue Velvet (David Lynch, 1986)
«Blue Velvet comme Blade runner appartiennent à un certain naturalisme du film noir. Ils n’entrent pas dans l’expressionnisme du cinéma, mais sont plutôt dans la quête d’une véracité. Même en termes de naturalisme pictural, on est souvent dans la description d’un lieu, où ce dernier est aussi un langage dans le récit. Dans Les forbans de la nuit par exemple, le Londres qui est montré possède presque une ampleur documentaire. Le lieu a donc évidemment une empreinte de jeu saisissante et capitale pour ce qui est raconté et montré. Ce qu’on retrouve d’ailleurs dans La balade sauvage où les décors sont extrêmement forts, et le film existe aussi parce qu’il est filmé dan ces décors là, de cette façon là. C’est l’immensité du lieu face à deux individus en fuite et en perdition dans leur amour passionnel. Blue velvet rentre un peu dans la catégorie de Blade Runner dans la mesure où ce sont des réalisateurs qui se sont servis de l’héritage du film noir pour lui ouvrir de nouveaux horizons. L’un s’est développé à travers le film d’anticipation, l’autre au travers du film fantastique donc il s’agit de deux nouvelles branches qui ont ouvert le champ pour d’autres réalisateurs et d’autres scénaristes. Il y a dans Blue Velvet beaucoup d’étrangeté, mais on est toujours dans l’affectif, car qu’est-ce qui fait avancer l’histoire? Encore une histoire d’amour, à l’intérieur d’un film qu’on présente comme une intrigue policière. Blue Velvet est différent parce que pour la première fois on découvrait l’étrangeté et un climat extrêmement envoûtant. Avec un érotisme malsain très prégnant, ce qui finissait par créer une fascination pour ce film aussi. Finalement on s’apercevait qu’on pouvait être autant intéressé par l’atmosphère d’un film que par son intrigue.»

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