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Published on décembre 5th, 2016 | by CHAOS REIGNS

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GOTLIB, ASTÉROÏDE TRAGI-COMIQUE DE LA BD

gotlibLe dessinateur Marcel Gotlib, mort dimanche à 82 ans, a ravi des générations de lecteurs avec ses personnages loufoques et son imagination délirante, qui ont fait de lui l’un des auteurs phares de la BD européenne. Hommage chaos.

Plus qu’un maître chaos, Gotlib a été le père spirituel de milliers de jeunes gens qui ont découvert avec lui la dérision et la liberté de rire de tout. Mais c’est aussi un homme blessé, par son histoire familiale, son enfance sous l’Occupation et la perte d’amis disparus trop tôt. Ce petit homme gouailleur, pudique et chaleureux, ne dessinait pratiquement plus depuis le milieu des années 1980, fatigué d’avoir trop donné. Avant de baisser les crayons, il avait passé plus de 30 ans de sa vie, dix heures par jour, à sa table à dessin pour créer sa progéniture de papier. Gotlib a appris à rire avec les films des Marx Brothers, ses frères d’humour et de dérision. Une statue de Woody Allen trônait dans son bureau.

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Marcel Gottlieb – son nom sera francisé plus tard – était né le 14 juillet 1934 à Paris dans une famille d’origine juive hongroise. Son père, Ervin, est mort en déportation à Buchenwald et le petit Marcel passe l’Occupation caché dans une ferme normande pour échapper aux rafles anti-juives. Au lendemain de la guerre, il veut faire du dessin animé et prend de plein fouet l’influence des dessinateurs américains, comme Harvey Kurtzman et l’équipe du magazine satirique Mad. Il crée Gai-Luron dans l’hebdomadaire Vaillant en 1962. Puis rejoint le Pilote de René Goscinny, où il lance en 1968 sa Rubrique à brac, incontournable best-seller des cours de récré.

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Du fringant Gai-Luron, le plus lymphatique des héros de BD, en passant par Superdupont, la coccinelle, Isaac Newton et Pervers Pépère, Marcel Gotlib, décédé dimanche, a créé une flopée de personnages inoubliables. Né en 1964 dans l’hebdomadaire Vaillant (l’ancêtre de Pif Gadget), Gai-Luron, un Droopy à la française, est sans doute le personnage auquel on associe immédiatement Gotlib. Au départ, ce devait être un personnage de passage. Le chien du père Laglume, un voisin des enfants Nanar et Piette, les vrais héros de la série. Les deux enfants ont un renard, Jujube, qui tente désespérément de faire rire le cabot. Peine perdue, ce chien ne rit jamais (ou presque). Les lecteurs sont séduits par ce curieux clébard dont le passe-temps favori est la sieste. Les autres personnages de la série s’effacent progressivement. Seul reste Jujube, principale victime des gags hilarants imaginés par Gotlib. Plus tard viendront de nouveaux personnages: une souris insolente et surtout l’irrésistible Belle-Lurette dont est secrètement amoureux Gai-Luron.

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Récemment, la série, interrompue il y a 30 ans, a été reprise (avec un grand bonheur) par Pixel Vengeur (dessin) et Fabcaro (scénario). En 1968, Gotlib crée la Rubrique-à-brac. On y trouve de nouveaux personnages comme le professeur Burp, caricature de scientifique, Isaac Newton qui n’arrête pas de prendre des pommes sur la tête, le commissaire Bougret et l’inspecteur Charolles, les moins futés des enquêteurs et surtout la coccinelle, qui, un peu comme la souris de Gai-Luron, commente de manière caustique ce qui se passe dans les cases. Un autre personnage, typiquement gotlibien, apparaît en 1971 (dans Rock & Folk), Hamster Jovial, un chef scout d’une stupidité jubilatoire. L’année suivante voici Superdupont qui avec son béret et ses charentaises va utiliser toute son énergie pour lutter contre « l’anti-France ». Superdupont est sans doute le personnage le plus politique de Gotlib. Grâce à lui, le dessinateur dont le père est mort dans le camp nazi de Buchenwald, se moque d’un pays replié sur lui-même, dénonce le racisme… Vieux et moche, une éternelle goutte au nez, Pervers Pépère est né en 1975 dans Fluide Glacial. Obsédé par le sexe, exhibitionniste, Pervers Pépère s’avère surtout être un farceur. Ce fut la dernière création de la carrière de Gotlib.
En quatre ans, Gotlib dessinera plus de 500 planches pleines d’animaux bizarres et de personnages hilarants. Mais avec un seul vrai héros : lui-même. Car Gotlib est le premier auteur de BD que les lecteurs reconnaissent dans la rue parce qu’il se dessine en personne dans ses planches. De préférence sur un trône, avec une couronne de lauriers. Un truc pour exorciser sa timidité : « je suis extrêmement complexé. J’avais l’impression de me venger en faisant le con, en me montrant magnifique sur mon trône ». C’est l’époque de la coccinelle, son personnage fétiche qu’il dessine dans les coins. De temps en temps, Gotlib s’offre « une planche plus sérieuse », comme ces deux pages sur la famine au Biafra, dont Goscinny dira: « Je suis fier d’être le directeur d’un journal dans lequel il y a deux pages comme ça« . Pilote est bientôt trop petit pour lui. En 1972, il crée L’Écho des savanes, avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka. Le magazine souvent considéré en France comme celui qui a permis à la BD de passer à l’âge adulte.
Trois ans plus tard, il lance Fluide glacial. Un mensuel d’humour d’esprit libertaire qui deviendra l’un des plus importants du genre. Aux États-Unis, Robert Crumb révolutionne les comics. En France, Gotlib et ses copains dynamitent la BD. Dans le genre scato-rigolo. Le style sobre de Gotlib va à l’essentiel, le délire et la provocation. Mais la gestion du journal lui pompe son énergie et il délaisse peu à peu le dessin. Dans sa maison du Vésinet, le dessinateur a longtemps gardé un oeil sur Fluide glacial et continué de bricoler des scénarios. Un dessin de Gotlib à la une du journal de temps en temps suffisait à relancer les ventes. En 2014, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme de Paris lui a consacré une grande rétrospective pour son 80e anniversaire. Pour saluer « l’artiste, le juif athée et l’anticonformiste », son goût du gag et sa maîtrise du récit. En forme d’hommage, un astronome amateur a même donné son nom à un astéroïde (le N°184878). Une astéroïde tragi-comique de la BD, oui.

Voici les grandes dates du dessinateur de BD, Marcel Gotlib, décédé dimanche à l’âge de 82 ans:
14 juillet 1934 : naissance à Paris.
1942 : Son père, juif, est arrêté et déporté.
1962 : Entre au journal Vaillant où il crée les personnages de Nanar et Jujube, puis de Gai-Luron.
1965 : Entre à Pilote, où il crée (avec René Goscinny), les Dingodossiers, puis la Rubrique-à-Brac, révolution dans la BD comique.
1972 : Lance L’Echo des savanes (avec Mandryka et Claire Brétecher).
1975 : Lance son propre journal, Fluide glacial.
1986 : Sortie de son dernier album, la Bataille navale ou Gai-Luron en slip.
1991 : Grand prix du Festival d’Angoulême.
1993 : Publie son autobiographie : « J’existe, je me suis rencontré ».
2013 : rétrospective de son œuvre à Saint-Malo.

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