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Published on février 5th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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GERARDMER 2018 : BILAN CHAOS

Sous la neige faisant passer les paysages vosgiens de Twin Peaks à Morse, Fantastic’Arts a soufflé ses 25 bougies. On a venu, on a vu et on a vaincu, traversant retour en grâce du cinéma de genre français, ghost story sous perfusion et bouillons de sang crémeux.

Ghostland
POUR. Attendu comme le loup blanc, Ghostland a de Pascal Laugier a obtenu le Grand Prix du jury du 25e Gérardmer. C’est totalement mérité. C’est du cinéma offensif et rêche, sale et mal élevé qui donne le bâton pour se faire battre et gratte ce qui doit être gratté. Du cinéma qui, sous couvert de genre, nous rappelle d’une part la nécessité dans l’art de montrer l’horreur du monde, des gens, des choses au risque de scandaliser (Pasolini le faisait fort bien dans les années 70) et, d’une autre, de ne pas se fier aux jugements hâtifs : au fond, les codes du home invasion, les jump scare, le décorum façon chocottes à l’ancienne ne sont que des illusions pour raconter quelque chose d’infiniment personnel et d’expiatoire où la poésie, la jouissance et la mélancolie découleraient de la monstruosité. Grand film d’horreur. (RLV)
CONTRE. Le voici le voilà, la grosse bébête de festival, d’ailleurs en première mondiale. Cinq (longues) années après The Secret, Laugier revient et il n’est pas content. Nous non plus à vrai dire. Division apocalyptique dans le chaos (et ce n’est que le début!), le film dérange, bouscule, griffe et mord (beaucoup). Dans le cas de votre serviteur, difficile d’y voir autre chose qu’une production Blumhouse un poil plus déviante (la fameuse scène de la «poupée») saturée par des jumpscares indignes de son auteur. ACHTUNG on vous dit, on a pas fini d’en parler. (JM)

Le secret de Marrowbone
Qu’attendre d’un film réalisé par le scénariste de L’orphelinat? Eh bien, un film réalisé par le scénariste de L’orphelinat. Ni plus ni moins. On joue la carte de l’élégance, du casting bien croqué, de la (fausse) ghost story rétro, du méli melo, des jumpscares qui donnent envie de jeter une canette sur l’écran et des twists interdits. Malgré l’emballage «boite à biscuit», on se rend vite compte que le contenu a tourné depuis quinze ans. Et c’est beaucoup, quinze ans.

The Lodgers
Curieuse impression, diffuse mais tenace, d’assister au remake du film précédent. Pendant un moment du moins. Malédiction familiale à la Lovecraft et manoir décrépi: les premières minutes ont un sentiment de cauchemar affolé follement excitant, nous rappelant que le réalisateur Brian O’Malley avait signé un méconnu et bien costaud Let us Prey. On ne peut pas lui reprocher de se répéter et en même temps… on aurait presque voulu. Acteurs têtes à claques, dialogues redondants et fantoches humides comme une serviette moisie: l’expérience est un minimum soignée (esthétiquement surtout), mais on baille un peu.

El Habitante
Dans la famille du home-invasion en chausse-trappe (comme Ghostland d’ailleurs), il est très difficile de parler de El Habitant sans en déflorer son contenu (le premier plan, très troublant, est assez clair d’emblée). Une fratrie de jeunes femmes y cambriole la villa d’un politicien véreux mais on le malheur d’entendre des bruits bizarres au sous-sol. Surprise, ladite fratrie y découvre une gamine ligotée dans un état pitoyable (le premier qui dit Martyrs a perdu!). Parce qu’on l’aime bien autant qu’on lui fait un peu la gueule, ce home invasion satanique se lance à corps perdu dans un possession-flick singulier, assez premier degré, apportant parfois en catastrophe des idées surprenantes comme l’origine du mal. A l’inverse de son cousin espagnol Veronica, El Habitante va hélas exactement où l’on attend un film de cette trempe, avec toutes les gueulantes, les langues tirées et les flaques de vomis de rigueur. Mais la réalisation solide et le nihilisme ambiant donnent un peu envie de susurrer «wait and see» pour son auteur. Et bien que facile, le sursaut final se délecte d’une malice perverse à la Buñuel.

Tragedy Girls
What’s up bitcheeeeeeeeeeeeeeees ?? XOXO Voilà en bref le gros gros mood de ce meta-slasher plein d’énergie et de bonne volonté, avec ses élans gores bien dosés et ses deux ados accros à Twitter rêvant de têtes coupées et de gerbes de sang. Les ados de American Pie voulaient baiser à tout prix avant de grimper à la fac, ici les lolitas veulent faire un joli carnage avant de dire bye bye. Un choix de vie chaos, avouons. Déglinguant sans subtilité les ravages des réseaux sociaux, Tragedy Girls a le mérite de remplir le cahier des charges de la «sucrerie sanguinolente» qu’elle est. Le hic, c’est qu’on a vu largement plus drôle, plus inspiré, plus malin et mieux réalisé (en vrac Scream Queens, Final Girls, Detention, Stage Fright). On se rassure avec la pirouette immorale et deux actrices en feu: Alexandra Shipp, une Angela Bassett junior croustillante et Brianna Hildebrand, fusion incroyable de Jennifer Jason Leigh et de Winona Ryder.

Les bonnes manières
On vous en dira des choses sur ces bonnes manières bien velues: engagé, merveilleux, inspiré, original… Sur un fil, le tandem Dutras et Rojas osent, inventent, alternent entre poésie fragile et bizarrerie carton-pâte. Tout ne fonctionne pas, mais il y a un plaisir de voir un thème rebattu (le loup-garou) traité par le prisme d’un couple de femmes atypique et ne réfutant jamais le genre auquel il appartient. Là ou le bât blesse, c’est que la seconde partie perd en équilibre, suit un chemin plus attendu, tout en posant un fond passionnant (on peut voir la lycanthropie enfantine comme une métaphore de l’homosexualité).

La nuit a dévoré le monde
Des zombies?? Français?? Mais vous êtes fous?? (oh oui). On vous entend bien crier dans le fond mais ça ne couvrira pas assez le silence troublant qui règne sur ce premier film abordant le siège zombiesque sous un mode intimiste, comme un versant parisien du mésestimé Berlin Undead. Tendue comme un arc et assourdie par une mélancolie noire, la surprise en est d’autant plus grande, évitant soigneusement les écueils et les passages obligés du genre pour en faire un beau huis-clos plus proche de Polanski que de Walking Dead. Sublime.

Revenge
Ce premier long musclé a t-il l’ambition de révolutionner le rape and revenge? Pas vraiment. En livrer un de ses représentants, totalement crado, improbable et concon? Oui. Et ça fait du bien, si on est un minimum client. De l’exploitation pure, qui pue et qui saigne, rencontre pop entre le body horror à la française et le survival australien, qui remplit son cahier des charges avec une réalisation rutilante. On peut regretter la durée un poil trop conséquente pour une série b qu’on aurait préféré dans un format plus carré: pas fin pour un sou, le tout bave dans la poussière et la bière, jusque dans un final sauvage transformant une villa design en labyrinthe gore et abstrait. Snipe ton porc.

Housewife
Barbare et d’une dégueulasserie sans bornes, Baskin, le premier film de Can Evrenol, avait quelque chose d’attachant en pur film détraqué de fan boy turque. Pour ce deuxième essai, cette fois financé en partie côté France, rien ne va plus. On garde les éclairages NWR/Argento, les références très (très) appuyées, puis on part sur un chemin de croix mêlant glouglou lovecraftiens, rosemarybabisme et psychanalyse de bazar. On ne comprend rien, on ne veut plus rien comprendre, et malgré un minimum de soin dans l’emballage (zik et photo, et c’est touw), on veut un peu oublier aussi.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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