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Published on juin 17th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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GÉNÉRATION FASSBINDER

Rainer W. Fassbinder nous quittait il y a 35 ans. Le 10 juin 1982, très précisément. Qui de mieux que François Ozon pour parler de ce fabuleux colosse du cinéma allemand de l’après-guerre mort?

Ils sont nombreux, les fans de Rainer Werner Fassbinder. Des cinéastes comme John Waters (qui le cite dans Cecil B. Demented) et Gaspar Noé (qui arbore son patronyme en tee-shirt) ne manquent jamais une occasion de citer RWF comme parangon de liberté artistique et ils ont bien raison. Ses films dépassent les bornes du chaossement correct. Certaines de ses pièces ont d’ailleurs directement été adaptées au cinéma par d’autres que lui. Comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, de François Ozon – que Fassbinder avait écrit à l’âge de 19 ans. Un exercice de style pastiche, regroupant des caractères typiques de l’univers Fassbinderien allant de l’homme despotique au transsexuel amoureux sorti de L’année des treize lunes, dans un huis clos psychologique encore plus tordu que celui de Les Larmes amères de Petra von Kant. Ozon était la personne idéale pour nous parler de Fassbinder.

#DÉCOUVERTE
«Je faisais allemand première langue et un jour, j’ai découvert La femme du chef de gare, un film très bizarre que je n’ai pas totalement compris. Au moment où je l’ai vu, tout le monde ne jurait que par Wim Wenders qui était considéré comme le dieu du cinéma allemand. C’est à partir de ce moment que je me suis intéressé à son travail. Au bout du compte, je me suis rendu compte que je me sentais plus proche de Fassbinder que de Wenders et j’ai commencé à voir tous ses films. Wenders ne m’intéressait pas trop, je trouvais ces films apatrides parce qu’ils fuyaient l’Allemagne. Fassbinder y allait à fond, en comparaison : même s’il avait le rêve de partir à Hollywood, il parlait toujours de son pays. Il faisait Hollywood à Munich.»

#STYLISATION
«Je partage avec Fassbinder ce même goût pour la stylisation, cette même volonté de réutiliser des codes pour les moderniser et voir comment ils fonctionnent sur le spectateur d’aujourd’hui. Il y a le même recours à une mise en scène qui utilise des effets visuels qu’on n’utilise plus forcément.»

#DOUGLAS SIRK
«Depuis mes débuts, des cinéastes comme Rainer W. Fassbinder ou Douglas Sirk m’ont aidé à trouver ce que j’aimais au cinéma. Ils m’ont poussé à accepter des influences assez variées. Surtout Fassbinder qui à travers des goûts hétéroclites avait la possibilité de faire des projets qui a priori pouvaient paraître contradictoires. J’aime autant Fassbinder que Sirk. Les films de Douglas Sirk sont magnifiques mais ils restent corsetés dans une époque, dans un genre, dans le système Hollywoodien des studios. Chez lui, tout est fait au premier degré. Alors que chez Fassbinder, il y a une liberté totale. Ses films sont faits à petit budget, avec peu de moyens. Fassbinder n’a peur de rien. Dans les contraintes de l’époque, les films de Sirk restent tout aussi magiques. Le cinéma de Fassbinder me touche peut-être plus aujourd’hui. Les deux personnages principaux chez lui sont incarnés par un étranger et une femme âgée. Cela me parle plus facilement que le film de Sirk où il s’agit d’une bourgeoise et d’un jardinier.»

#GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES
«J’avais découvert la pièce originelle de Fassbinder grâce à un ami qui m’avait conseillé de la voir. Elle était montée dans un théâtre de banlieue parisienne, dans mes souvenirs. A l’époque, j’avais beaucoup aimé tout en la trouvant inaboutie. Je la trouvais un peu bâclée sur la fin. Mais tout le début était incroyable. Je l’avais un peu oubliée. Quelques temps plus tard, j’ai commencé à écrire un scénario sur le couple du point de vue d’un adolescent. L’ado découvrait l’expérience du couple et la désillusion que cela peut amener. En l’écrivant, j’avais du mal parce qu’à ce moment-là, le sujet m’était sans doute trop proche. J’ai repensé à la pièce de Fassbinder, je l’ai relue et je me suis dit qu’il y avait déjà là-dedans tout ce que je voulais raconter. Autant l’adapter directement, d’autant que je m’y retrouvais totalement. J’ai donné plus d’importance au personnage secondaire incarné par Anna Thomson [NDR. Qui joue un transsexuel]. Pour lui donner de la consistance, je me suis inspiré du personnage d’Elvira (Volker Spengler) dans L’année des treize lunes qui change de sexe par amour pour un autre homme. Une fois qu’il s’est fait opéré, l’autre finit par le rejeter. Je me suis servi de l’œuvre postérieure de Fassbinder pour raconter quelque chose qu’il n’avait pas encore raconté lorsqu’il avait 19 ans. En même temps, j’ai revu Berlin Alexanderplatz. Et là, je me suis rendu compte à quel point le personnage de Leopold joué par Bernard Giraudeau dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes l’avait poursuivi. De manière générale, tous les films de Fassbinder tiennent dans Berlin Alexanderplatz

QUAND SOUDAIN UDO KIER…
«Rainer et moi étions amis depuis l’adolescence. On passait notre temps à écumer les bars louches avec des gens saouls qui se roulaient par terre et vomissaient partout. C’était magnifique. Puis, nous nous sommes perdus de vue. J’ai ensuite appris qu’il était devenu metteur en scène, et il m’a proposé un rôle dans La Femme du chef de gare. Fassbinder m’a beaucoup appris, il m’a régulièrement pris comme acteur et même assistant réalisateur. Ses comédiens appartenaient à une troupe, comme chez Paul Morissey : ils se retrouvaient le soir et discutaient de la trame à suivre pour le lendemain. J’aurais tellement aimé jouer dans Querelle, son dernier film.» Lire l’interview de Udo Kier

> GASPAR FASSBINDER

> TRIVIA FASSBINDER
Sous influence, l’œuvre de Fassbinder navigue entre les interrogations formelles et thématiques de la Nouvelle Vague et la rigueur flamboyante du classicisme Hollywoodien. A la croisée des genres et des styles, Fassbinder mélange tout ce beau monde pour en tirer l’impact authentique d’un cinéma politique. Beaucoup de cinéastes se réclame de la Nouvelle Vague tant est si bien qu’on ne sait plus réellement à quoi elle ressemblait alors. La génération de Fassbinder, contemporaine de l’émergence du mouvement, est l’héritière la plus directe des différents jalons posés. Les noms de Jean-Luc Godard, Eric Rohmer, Claude Chabrol ou encore Jean-Marie Straub reviennent souvent dans la bouche du cinéaste, bien qu’il s’en soit défendu («Godard commence à ne plus m’intéresser avec Bande à Part» déclarait-il).

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