Story

Published on avril 18th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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FRANÇOIS OZON STORY

Alors que son prochain film L’amant double est en compétition au prochain Festival de Cannes, François Ozon est-il pour autant un cinéaste chaos?

SITCOM
Court-métragiste de renom, François Ozon passe au long après le moyen (Regarde la mer, 1997). Le titre : Sitcom. L’intrusion d’un rat de laboratoire dans une famille bourgeoise révèle les personnalités et les désirs secrets de chaque membre. On note quelques influences – Pier Paolo Pasolini (Théorème) et John Waters (Multiple Maniacs). Les cinéphiles découvrent Marina de Van, muse de la première période de sa filmographie, qui deviendra la réalisatrice de Dans ma peau (2003) et Ne te retourne pas (2009).

LES AMANTS CRIMINELS
Ozon avait écrit le scénario des Amants Criminels avant Sitcom, mais il n’a pu le réaliser qu’après. Au-delà de la dimension morale du conte (deux adolescents tuent un camarade de classe et se font punir par un ogre pervers dans les bois), il s’agit avant tout d’un fantasme d’adolescent toqué de Buñuel (Tristana) qui, à travers un effet Rashomon, évoque la découverte de l’homosexualité, des premières pulsions interdites à l’acceptation apaisée. Son film le plus détesté, à tort.

GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRULANTES
L’adaptation cinématographique d’une pièce inédite que Fassbinder avait écrit à l’âge de 19 ans, illustrant les rapports de force sadomaso entre un loup despotique et trois brebis égarées. Entre pastiche ironique et raideur théorique, Ozon ressuscite Fassbinder, confie à Bernard Giraudeau un rôle qu’il aurait sans doute refusé vingt ans plus tôt, descend du grenier un vieux tube de Tony Holiday (Tanze Samba Mit Mir) et révèle Ludivine Sagnier, alors lumineuse comme un rayon de soleil après la pluie.

SOUS LE SABLE
Entre suspense de couple, drame intime virtuel et autopsie du désir, Sous le sable recèle comme argument en or le retour de Charlotte Rampling. Passé une première partie de calme plat et de petits riens qui font un couple (une somme d’habitudes acquises et d’attentions renouvelées), Ozon raconte le deuil, le choc d’une nouvelle impossible, la lente agonie d’un couple mortel où l’un ne peut pas vivre ni se reconstruire sans l’autre. Ozon renoue au passage son nouveau genre de prédilection : le film de plage, déjà dans son court métrage Une robe d’été.

8 FEMMES
Avec son casting cinq étoiles (Huppert, Deneuve, Darrieux, Sagnier, Ardant, Ledoyen, Béart…), Huit Femmes reste le plus gros succès populaire de François Ozon (3,7 millions d’entrées en salles). Le revers de la médaille, c’est une absence de reconnaissance dans le milieu (pas de récompense à la cérémonie des César). Dans cette partie de Cluedo enchantée et rose bonbon, Ozon rend hommage au métier de comédienne avec une photo de Romy Schneider au rang de celles qui manquent.

SWIMMING POOL
Présenté en compétition officielle au festival de Cannes en 2003, Swimming Pool possède les atours d’un divertissement ludique (un thriller ensoleillé avec twist final) qui cache des abîmes existentiels (comment rebondir en art? comment échapper à la redite?). Charlotte Rampling en romancière à succès qui souhaite innover. Ludivine Sagnier en muse fantasmée dans une villa du Lubéron qui raconte des histoires. Impossible de ne pas voir dans la relation de l’éditeur et l’écrivaine celle unissant alors Fidélité Productions à François Ozon.

5X2
Cinq moments de la vie d’un couple d’aujourd’hui, de la séparation à la rencontre. De la première scène (atroce) à la dernière (sublime), Ozon raconte une idylle à rebours et la décortique comme cellule anxiogène. Ce procédé de narration n’est pas nouveau (Memento, de Christopher Nolan ; la pièce Betrayal, d’Harold Pinter ; Irréversible, de Gaspar Noé). Mais Ozon l’utilise pour bouleverser les étapes essentielles (la naissance d’un enfant, un mariage), enchaîner les chromos de roman-photo et tuer le bonheur aseptisé. Il fait une nouvelle fois sienne de la citation d’Aragon à la fin de Huit femmes : il n’y a pas d’amour heureux.

LE TEMPS QUI RESTE
Le temps qui reste peut se voir comme la version longue de son court-métrage La Petite mort (la relation père-fils, la difficulté d’aimer, la maladie, la photographie). Melvil Poupaud, incarnation du bellâtre chez Rohmer, transfiguré dans le rôle de sa vie : un jeune mec rongé par un cancer. Autour de lui, un père à qui il n’a jamais parlé, une sœur qui l’a toujours attendu, une mère qui ne le reconnaît plus, une grand-mère qui l’écoute, un couple mort qui renaît… Comme s’il filmait ce que l’on voit avant de mourir (les souvenirs qui remontent sporadiquement à la surface), Ozon se dévoile comme jamais, au plus près de ses obsessions.

ANGEL
Adaptation d’un roman d’Elizabeth Taylor, Angel dure plus de deux heures (ce qui est plutôt rare chez Ozon) et les personnages s’y expriment dans la langue de Shakespeare. Grandeur et désillusion d’une écrivaine en avance sur son époque. A travers une success story désincarnée, Ozon traite de sexualité, de création et relaie le réalisme, aussi bien que la réalité, au second plan. Après Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, il continue de partager avec Fassbinder ce goût pour la stylisation kitsch afin d’expérimenter le cinéma d’hier sur le spectateur d’aujourd’hui. On pense beaucoup à Truffaut (Isabelle Adjani dans L’histoire d’Adèle H.) pour la célébration des amours mortes et des rencontres manquées.

RICKY
Un bébé qui vole, c’est Dumbo chez Larry Cohen (Le monstre est vivant). Dans Ricky, on pense à un mélange entre les frères Dardenne (pour la toile de fond sociale) et M. Night Shyamalan (pour le merveilleux). L’histoire mise sur la capacité du spectateur à croire en une invraisemblable vérité. Plus l’histoire évolue, plus la photo devient lumineuse (de la grisaille initiale aux rayons du soleil), plus le ton devient léger (du mélodrame des premières images vers la tonicité burlesque). Pour la première fois, Ozon utilise des effets spéciaux pour cerner un événement extraordinaire dans un contexte ordinaire.

LE REFUGE
En apparence, Le Refuge ressemble à un autre film de François Ozon : Le temps qui reste, qui pouvait déjà se voir comme une version longue de son court-métrage, La petite mort. Entre les trois, il y a une transmission de thèmes qui parcourt tout son cinéma. Une seconde fois, Melvil Poupaud incarne jusqu’à la destruction le double maléfique de ses personnages rêveurs chez Eric Rohmer et disparaît en abandonnant son corps overdosé de toxico qui suinte la mort. Il faut compter sur Isabelle Carré, enceinte pendant le tournage, pour combler le vide. Ozon poursuit le travail de Fassbinder en lui confiant le rôle d’une femme en marge, déconnectée du monde (Romola Garai dans Angel, Charlotte Rampling dans Sous le sable et Swimming Pool), observant les garçons s’aimer entre eux sans jouir de leurs étreintes (Marina de Van dans Sitcom, Natacha Régnier dans Les amants criminels, Anna Thomson dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, Sacha Hails dans Regarde la mer, Valeria Bruni-Tedeschi dans 5X2). Dans Ricky, son précédent long, déjà axé sur une maternité sans homme, Ozon donnait la clef du mystère dans la toute dernière scène, ramenant tout ce qui avait précédé au fantasme d’une petite fille malheureuse. Dans Le Refuge, il accentue l’ambivalence à la fois apaisante et terrifiante d’une femme enceinte. Qui voit ce qui sort d’elle, ce qui demeure inconnu et qu’elle préfère laisser s’échapper.

POTICHE
Première scène: Catherine Deneuve court dans les bois en jogging, avec ses baskets et son brushing impec, avant de prendre une pause pour retrouver ses amis de la forêt (une biche, un écureuil) auxquels elle dédie quelques poèmes niaiseux. Cette comédie, librement adaptée d’une pièce de boulevard de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy naguère tonifiée par Jacqueline Maillan, va carburer au millième degré. Sans raideur théorique, François Ozon renoue avec une veine théâtrale plus proche de Gouttes d’eau sur pierres brulantes (encore une scène de danse et un tube aux sonorités teutonnes genre Baccara) que de Huit Femmes. L’univers stylisé de Potiche se situe quelque part entre Rainer W. Fassbinder, Jacques Demy et John Waters. Deneuve, divine en potiche qui fait passer le bonheur des autres avant le sien et devient beaucoup moins tarte lorsque l’on découvre sa jeunesse dévergondée à travers des flashbacks hilarants. Celle qui, au départ, fredonnait du Michèle Torr seule dans sa cuisine, en remplissant le lave-vaisselle et en se contentant de sa solitude ahurie, devient une femme des années 80 plus adroite que gauche voulant résoudre les fléaux par les bons sentiments et, si possible, faire bander la France.

DANS LA MAISON
Avec Dans la maison, adaptation d’une pièce de théâtre de Juan Mayorga, le réalisateur François Ozon dissèque la relation trouble entre un professeur de français (Fabrice Luchini) et Claude, un jeune lycéen (Ernst Umhauer) qui s’immisce dans la maison d’un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions. pour son treizième long métrage, Ozon refait le pari du thriller Hitchcockien de l’un de ses précédents films, Swimming Pool, en reprenant exactement les mêmes ficelles : une star (Fabrice Luchini à la place de Charlotte Rampling), un personnage rabougri et endormi qui au contact d’une étrange créature réveille des sentiments endormis, une réflexion sur la création artistique (comment s’inspirer du réel pour nourrir l’imagination), un sous-texte ambigu et une pirouette finale semant le doute. Au final, la même approche ludique/théorique.

JEUNE ET JOLIE
Sur ce coup, le réalisateur de Sitcom a privilégié le mystère opaque, la perversité élégante et la mélancolie maladive pour raconter au gré de quatre saisons et de quatre (belles) chansons de Françoise Hardy ce qui se passe dans la tête d’une adolescente de 17 ans issue des beaux quartiers. S’il avait dû traiter Jeune et Jolie à cette époque (plus de dix ans), le traitement aurait été différent, plus trash, abrasif et rentre-dedans. C’est aussi la preuve du changement d’un cinéaste en constante évolution mais qui court aussi après son grand film. Petit Ozon donc mais grande révélation au regard triste et au corps indécis: Marine Vacht. Nouvelle révélation d’Ozon, aussi lumineuse que Ludivine Sagnier dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes.

UNE NOUVELLE AMIE
François Ozon aimerait renouer avec l’esprit sale gosse de son premier film, Sitcom (ah, le sexe postiche !) dans ce conte transgenre et farcesque pastichant les soap, se gaussant des mœurs de la bourgeoisie hétéro-normée et taclant incidemment les partisans de la Manif pour tous. Mais, arrivant des années après Fassbinder (L’année des 13 lunes), Blier (Tenue de soirée), Aranda (Cambio de sexo) et Almodovar (Tout sur ma mère), auxquels on pense beaucoup, le résultat très bancal fait un peu dans la subversion à la petite semaine.

FRANTZ
Ozon se prend pour Almodovar (sic) et De Palma réunis avec une volonté de brasser une foultitude de thèmes poids lourd (la culpabilité, le deuil, le mensonge) à travers la forme du thriller intime. Frantz ne diffère en rien du téléfilm Antenne 2: sans la moindre ambiguïté ni le moindre trouble. En gros, de la poussiéreuse adaptation de pièce de théâtre pour collégiens allemand première langue avec acteurs compassés, et c’est presque moins trépidant qu’un épisode de La Bicyclette Bleue. Merci d’être venu, bisou à Cyrielle Clair et surtout ne revenez pas.

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