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Published on octobre 7th, 2016 | by CHAOS REIGNS

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FIFIB 2016 : Indépendant en forme chaos

LEOSOEPour sa 5ème Édition, le « FIFIB » (Festival International du Film Indépendant de Bordeaux) ouvre ses portes du 13 au 19 octobre 2016. LEO SOESANTO, le directeur de la programmation du FIFIB, nous en dit plus.

Comment s’est passée la précédente édition?
Leo Soesanto:
Pour l’édition 2015, nous sommes très satisfaits. D’abord sur le plan comptable : la fréquentation fut de 14000 festivaliers contre 11000 en 2014. Chaque année, elle croît, preuve que nous avons des fidèles et de nouveaux curieux. Le FIFIB s’est bien implanté dans le paysage culturel global. Sinon artistiquement, c’est toujours grisant de réunir des invités aussi divers que, entre autres, Arnaud Desplechin, Corneliu Porumboiu, Saverio Costanzo, le collectif corse Stanley White ou Valeria Golino. Cela offre une palette de plaisirs différents pour le public et crée des rencontres sympathiques. L’Italie, la Corse, la Roumanie… Nous avons même eu la visite surprise de Valéria Bruni-Tedeschi, venue à la dernière minute présenter une séance des Larmes Amères de Petra Von Kant de Rainer W. Fassbinder et discuter de la mise en scène de la pièce (matrice du film) par Thierry de Peretti.

fifib_2016De manière générale, comment se porte le cinéma indépendant mondial?
Leo Soesanto:
Je ferais le même commentaire que l’an dernier sur la masse de films de films bien faits auxquels il manque le feu sacré. Je rajouterais par contre deux choses. Sur la production française d’abord : on ouvre cette année une nouvelle compétition baptisée Contrebandes, qui accueille des films (courts, moyens, longs) français à micro-budget et sans distributeurs. On a reçu de très belles propositions qui montrent qu’on peut faire un film avec peu — le tout est ensuite de le diffuser, de l’exposer au public et le FIFIB sert à ça. Le niveau est bon: ce sont des films générationnels, souvent faits en bande (UFE (unfilmévènement) de César Vayssié, HEIS (Chroniques) d’Anaïs Volpé…), qui parlent de la crise (Réponses au Brouillard de François Hebert et Olivier Strauss), de fin d’un monde (Petit Cosmos de Selim Bentounès, Overlanders de Nelson Bourrec Carter), d’envie d’un autre monde (Kuwait de Pierre Feytis) ou de la pression d’un groupe (The Fox is not a Coward d’Ephrem Koering). Des anxiétés d’aujourd’hui, la peur de manquer (de) quelque chose mais sublimées par le cinéma. Le film The Open de Marc Lahore pousse même ce sentiment de manque à l’absurde : un match de tennis post-apocalyptique où les joueurs jouent avec des raquettes sans cordes et sans balle. Ensuite, on fait un focus sur le cinéma algérien aujourd’hui, totalement méconnu et qui rend bien compte des problématiques d’indépendance au cinéma. Ces cinéastes algériens doivent faire entre débrouille, financements de l’état et étrangers, mais font de très belles choses, souvent poétiques, à partir d’un quotidien plutôt dur. Si ce n’est pas de l’indépendance… Il y a notamment ce film Dans Ma Tête Un Rond Point de Hassen Ferhani, où des employés d’un abattoir à Alger confessent leurs rêves. L’Humanité en parlait comme d’une oeuvre où «la poésie tranche». Tout est dit.

Comment déterminez-vous les jurys?
Leo Soesanto:
On essaie d’avoir des points de vue les plus divers possibles. Pour le jury de la compétition «principale», c’est important d’avoir des cinéastes comme Jonathan Nossiter ou Mikhaël Hers, une actrice comme Roxane Mesquida. Leurs points de vue sont à la fois français et internationaux. Mais on aime aussi l’idée d’avoir un pur musicien (Oxmo Puccino cette année, Yuksek l’an dernier) qui va peut-être davantage «écouter» les films. Et notre présidente Elli Médeiros rassemble tout ça, en étant à la fois musicienne et actrice. Ensuite, pour le jury de Contrebandes et de courts métrages, on voulait quelque chose de plus ouvert — sans doute à cause de la facture plus «expérimentale» des films de Contrebandes: il y a Benoit Forgeard, Dounia Sichov qui est actrice et monteuse, Fabrizio Mosca est producteur et Céline Tran actrice, auteur de BD et DJ. Cela devrait être très intéressant.

Quelle est la couleur de la compétition et comment se définit-elle?
Leo Soesanto:
Cette année célèbre les cent ans du dada et les quarante ans du punk. Cela se ressent dans les films, un poil énervés ou mal élevés, aussi bien en compétition que hors comme Compte tes Blessures de Morgan Simon ou Les Derniers Parisiens de Hamé et Ekoué (du groupe La Rumeur). Après, ce n’est après coup que l’on ressent certaines lignes de forces mais dans les dix longs métrages de la compétition, on trouve des histoires de femmes comme Grave de Julia Ducournau, Satan Said Dance de Kasia Roslanec, Hair de Mahmoud Gaffari, Nelly de Anne Emond… des démonstrations qu’on ne nait pas femme mais qu’on le devient en luttant coûte que coûte. Animal Politico de Tião est ce qu’on a de plus dada avec sa vache en pleine rumination existentielle. Hedi de Mohamed Ben Attia et Bonheur Académie d’Alain Della Negra sont des quêtes du bonheur assez différentes — la première en Tunisie et produite par les frères Dardenne et la seconde chez les Raëliens. Et Fear Itself est un objet très intime, fait à partir d’extraits de films d’horreur mais c’est encore la preuve qu’on peut faire du cinéma avec tout et que, comme pour Grave, on ne cantonne pas le genre aux séances de minuit mais qu’on le prend au sérieux au FIFIB. Un film est un film. L’affiche du festival cette année est marquée par le rouge — on a une compétition assez sanguine donc.

Les nuits du FIFIB sont plus belles que les jours?
Leo Soesanto:
Les nuits du FIFIB sont aussi belles que les jours: les films continuent après le coucher du soleil, très colorés: avec une séance «rouge» où le grand Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque Française, présentera Colorado de Sergio Sollima, inestimable mais méconnu western-spaghetti au niveau de n’importe quel Sergio Leone; il y aura une «Nuit Rose» en collaboration avec le Festival de Film de Fesses, où l’on passera des films sexy et intelligents. Il y aura aussi des concerts gratuits, dont une soirée en hommage à la French Touch, avec la programmation de la série documentaire Touche Française sur ce précieux produit musical d’exportation et des sets de musiciens affiliés comme Doubleuté ou Demon.

La séquence la plus chaos du festival, à ton avis?
Leo Soesanto:
Les films «chaos» ne manqueront pas: j’ai l’impression qu’il y en a une au minimum par projection — entre les séquences carnées de Grave ou les hommages décalés à Kubrick dans Animal Politico. Ou le court-métrage Notre Héritage de Jonathan Vinel et Caroline Poggi qui fait l’exploit d’allier un imaginaire un peu rose Pimkie acide et les castings du réalisateur X Pierre Woodman. Olivier Assayas présentera aussi un programme cinéma punk/new wave où il a choisi des monuments chaos comme Scorpio Rising de Kenneth Anger ou Videodrome de David Cronenberg. Mais le moment le plus chaos du FIFIB est quelque chose à venir: la rencontre entre Denis Côté et Arnaud des Pallières, avec un hommage croisé où on montre leurs films et l’un aura vu les films de l’autre et les commentera. Deux filmographies riches en images et idées étranges et deux cinéastes impressionnants en carrure et en intellect…

Fifib, le festival international du film indépendant de Bordeaux, du 13 au 19 octobre 2016
En savoir plus: http://fifib.com/edition-2016

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